I. [•: BAXQLKT DE l'LATON
« rends. Et \ous, mes enfants, apportez-nous donc à nian- « ger : (lonnez-iious ce (|ue \olis a\ez; on vous al)auclonne « l'ordonnance du repas, c'est un soin (|ue je n'ai jamais « pris; ne regardez ici votre maître que conune s'il étoit «du nombi'e des conviés. Faites tout de votre mieux. « et tirez-vous-en à votre honneur, n
« On servit. Nous commençâmes à souper, et Socrate ne venoit point, \gatlion perdoit patience, cl vouloit à tout moment (pi'on Tappelàt ; mais j'enipècliois toujours qu"on ne le fît. Enfin il entra comme on avoit à moitié soupe. Agathon, qui étoit seul sur un lit au bout de la table, le pria de se mettre auprès de lui.
« Venez, dit-il, Socrate, venez, que je m'approche de (I vous le plus (jue je pourrai, pour tâcher d'avoir ma part (I des sages pensées (pie vous venez de trouver ici près : « car je m'assure que vous avez trouvé ce que vous cherce chiez : autrement vous y seriez encore. »
« Quand iSocrate se fut assis, « Plût à Dieu, dit-il, « que la sagesse, bel Agathon, fût quelque chose qui se « pût verser d'un esprit dans un autre, comme l'eau se " verse d'un vaisseau plein dans un vaisseau vide 1 Ce (( seroit à moi de m'estimer heureux d'être auprès de vous, « dans l'espérance que je pourrois me remplir de l'excel- « lente sagesse dont vous êtes plein : car pour la mienne, « c'est une espèce de sagesse bien obscure et bien douce teuse ; ce n'est qu'un songe : la vôtre, au contraire, est « une sagesse magnifique, et qui brille aux yeux de tout « le monde ; témoin la gloire que vous avez acquise à « votre âge, et les applaudissements de plus de trente « mille Grecs, ((ui ont été depuis peu les admirateurs de « votre sagesse.
« Vous êtes toujours moqueur, reprit Agathon, et vous
« n'épargnez point vos meilleurs amis. Nous examinerons <( tantôt quelle est la meilleure, de votre sagesse ou de « la mienne; et Bacchus sera notre juge: présentement ne « songez qu'à souper.
« Pendant que Socrate soupoit, les autres conviés achevèrent de manger. On en vint aux libations ordinaires, on chanta un hymne en l'honneur du dieu Bacchus ; et, après toutes ces petites cérémonies, on parla de boire. Pausanias prit la parole :
« Voyons, nous dit-il, comment nous trouverons le « secret de nous réjouir. Pour moi, je déclare que je suis « encore incommodé de la débauche d'hier ; je voudrois « bien qu'on m'épargnât aujourd'hui. Je ne doute pas que « plusieurs de la compagnie, surtout ceux qui étoient du Il festin d'hier, ne demandent grâce aussi bien que moi. « Voyons de quelle manière nous passerons gaiement la « nuit.
« Vous me faites plaisir, dit Aristophane, de vouloir « que nous nous ménagions : car je suis un de ceux qui « se sont le moins épargnés la nuit passée.
« Que je vous aime de cette humeur ! dit le médecin « Éryximaque. Il reste à savoir dans quelle intention se « trouve Agathon. »
« Tant mieux pour moi, dit Agathon, si vous autres « braves vous êtes rendus ; tant mieux pour Phèdre et « pour les autres petits buveurs, qui ne sont pas plus « vaillants que nous. Je ne parle pas de Socrate, il est « toujours prêt à faire ce qu'on veut.
« Mais, reprit Éryximaque, puisque vous êtes d'avis « de ne point ])ousser la débauche, j'en serai moins im- « portun si je vous remontre le danger qu'il y a de s'eni- <( vrer. C'est un dogme constant dans la médecine, que
« rien n'est plus pernicieux ;i l'homme que l'excès du vin : « je l'éviterai toujours tant que je pourrai, et jamais je ne « le conseillerai aux autres, surtout quand ils se senti- « ront encore la tète pesante du joui- de devant.
« Vous savez, lui dit Phèdre en interrompant, que je (I suis volontiers de votre avis, surtout quand vous parlez « médecine ; mais vous voyez heureusement que tout le « inonde est raisonnable aujourd'hui. »
« Il n'y eut personne qui ne fût de ce sentiment. On résolut de ne i)oint s'incommoder, et de ne boire que pour son plaisir.
« Puisque ainsi est, dit Kryximaque, qu'on ne forcera « personne, et ([ue nous iioirons à notre soif, je suis d'avis, H premièrement, que l'on renvoie cette joueuse de flûte; « qu'elle s'en aille jouer là dehors tant qu'elle voudra, si « elle n'aime mieux entrer où sont les dames, et leur (1 donner cet amusement. Quant à nous, si vous m'en « croyez, nous lierons ensemble quelque agréable conver- (1 sation. Je vous en proposerai même la matière, si vous- (( le voulez.
« Tout le monde ayant témoigné qu'il feroit plaisir à la compagnie, Ëryximaque continua ainsi:
« Je commencerai par ce vers de la Ménalippe d'Euri- « pide : ' Les paroles que vous enirndcz, ce ne sont point « les miennes- ce sont celles de Phèdre. Car Phèdre m'a « souvent dit avec une espèce d'indignation : (c 0 Ëryxi- « maque ! n'est-ce pas une chose étrange que, de tant de « poêles qui ont fait des hymnes et des cantiques en « l'honneur de la plupart des dieux, aucun n'ait fait un « vers à la louange de l'Amour, qui est pourtant un si