DE LA POÉTIQUE D'ARISTOTE
jugent {le la poésie, c'est-à-dire les oreilles et les yeux : car il y a plusieurs manières de les choquer; j'en ai parlé dans d'autres discours où je traite de cette matière.
Nous avons dit ce que c'est que reconnoissance. 11 y en a de plusieurs sortes. La première, qui est la plus grossière, et dont la plupart se servent l'aule d'invention, est celle qui se fait par les signes. De ces signes, les uns sont naturels et attachés dès la naissance à la personne, comme cette lance dont les enfants de la terre sont marqués (c'étoit une famille de Thèbes), ou de petites étoiles comme dans le Thyeste de Garcinus. Les autres sont acfpiis et venus depuis; et de ceux-là, il y en a ([ui sont encore attachés au corps de la personne, comme sont les cicatrices; ou sont tout à fait extérieurs, comme les colliers, et ce petit berceau dans la Tyro.
On peut faire même de bonnes ou de médiocres reconnoissances avec ces sortes désignes. Ulysse, par exemple, à la faveur de sa cicatrice, est reconnu d'une façon par sa nourrice, et d'une autre façon par les porchers : car il y a moins d'art dans cette dernière, où 1,'lysse découvre exprès sa cicatrice pour se faire reconnoître, et pour vérifier son discours. Au lieu que dans l'autre, c'est sa nourrice qui le reconnoît d'elle-même en voyant cette cicatrice. Ainsi, il n'y a point de dessein dans cette reconnoissance ; il y a, au contraire, une surprise qui fait une péripétie; et les reconnoissances de cette nature sont bien meilleures que ces autres qui se font avec dessein. Les secondes.'
La plus belle des reconnoissances est celle qui, étant