‹ Œuvres complètes de Racine (volume 2)Chapitre 120 sur 154 · Ou plulot Croiiius · texte numérisé non relu

Ou plulot Croiiius

nu TRAITE DE LUCIEN. 39b

comme pourroii l'aiie un poëte, et tombent tout à coup dans de basses expressions. C'est un liouinic (|ui a un pied cliaussé d'un brodequin, et une sandale à l'autre pied.

Il y en a qui mettent de magnifiques prologues audevant d'une histoire fort peu inqiorlanle. Le cas(iue est d'or et la cuirasse est de baillons ; et tout le monde s'écrie : Lu iiionlagiic accouche.

Un autre entrera d'abord en matière, et croira imiter Xénophon, qui commence d'abord : « Darius et Parysatis eurent deux fils. » Mais il ne voit pas qu'il y a des prologues qui sont imperceptibles, et qui sont pourtant de véritables ])rologues.

Ils conl'ondcnt toute la géographie. Ils décrivent curieusement et fort au long de petites choses, et passent légèrement sur les grandes. Ils ont grand soin de bien examiner le piédestal, et ne disent presque rien de la statue.

Un qui n'étoit jamais sorti de Corinthe commençoit ainsi son histoire : « Les yeux sont de plus sûrs témoins que les oreilles ; » et après cela décrivoit la Perse et tout ce qui s'y rencontroit d'extraordinaire.

Un autre avoit fait un prologue prophétique, promettant d'écrire le triomphe dans un temps où la guerre n'étoit pas encore terminée.

Voilà les principales fautes où peut tomber un historien ; voici les principales qualités qu'il doit avoir :

Les deux plus nécessaires, ce sont un bon sens pour les choses du monde et une agréable expression, cuvectv Tî TToT.iTt/.r.v y.y.\ i^ûva^aiv fpa7,v£'jTav,v. La première est un don du ciel ; l'autre se peut acquérir par un grand travail et une grande lecture des anciens.

Un historien doit être capable d'agir lui-même et de

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commander en un besoin. 11 faut qu'il ait vu l'armée ; des soldats fanges en bataille et faisant l'exercice ; ce que c'est qu'une aile, qu'un front, des bataillons, des escadrons ; qu'il ait vu de près des machines de guerre, et qu'il ne s'en rapporte pas aux yeux d'autrui.

Surtout il doit être libre, n'espérant ni ne craignant rien, inaccessible aux présents et aux récompenses; appelant figue une figue, etc. ; ne faisant grâce à personne, et ne respectant rien ])ar une mauvaise honte; juge équitable et indifférent, sans pays, sans maître, et sans dépendance, aTCo^iç, aÙTOvou.a;, à€aci>v£UT0Ç ; qu'il dise los choses comme elles sont, sans les farder ni les déguiser; car il n'est paspoëte, il est narrateur, et par conséquent n'est point responsable de ce qu'il raconte. En un mot, il faut qu'il sacrifie à la seule vérité, et qu'il n'ait pas devant les yeux des espérances aussi courtes que celles de cette vie, mais l'estime de toute la postérité. Qu'il imite cet architecte du phare d'Egypte, qui mit sur du jjlàtre le nom du roi qui l'employoit, mais sous ce plâtre son propre nom, sachant bien que le plâtre tomberoit après sa mort, et que son nom se verroit éternellement sur la pierre.

Alexandre a dit plus d'une fois : u Oh ! (|ue ne puis-je revenir dans trois ou quatre cents ans pour entendre de quelle manière les hommes parleront de nous ! »

11 ne faut point se mettre en tête d'avoir un style si magnifique et si guindé : il faut s'y prendre plus familièrement. Que le sens, à la vérité, soit pressé, c'est-à-dire que ce ne soient point des paroles vagues, et qu'il y ait du sens et des choses partout ; mais que l'expression soit claire, et comme parlent les honnêtes gens. Car, comme l'historien ne doit avoir dans l'esprit que la liberté et la vérité, il faut aussi qu'on n'ait pour but dans le style que

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