‹ Œuvres complètes de Racine (volume 2)Chapitre 2 sur 154 · II INTRODUCTION · texte numérisé non relu

II INTRODUCTION

Il est singulier que, pendant les vingt-sept ans qui avai(>nt suivi la mort de Racine, on n'eûl pas songé à mettre au jour au moins ([uclques-uns de ces morceaux d'histoire, et il faut convenir que la curiosité du public lettré d'alors nous paraît bien calme, lorsque nous la jugeons avec nos sentiments d'aujourd'hui.

Cet incendie nous enleva ce qui eût offert le plus grand intérêt dans les travaux qui occupèrent les années de retraite du poëte tragique. On n'a point laissé de recueillir tout ce qui est sorti de sa plume, même les simples extraits d'ouvrages quelconques, même les moindres notules consignées par lui à la marge des livres de sa bibliothèque. Tout en partageant la piété littéraire qui a inspiré cette sollicitude, il nous semble qu'il y a une juste mesure qu'il ne faut pas dépasser; le lecteur aurait droit de se plaindre si tout cela occupait dans notre édition plus de place que le théâtre même. On ne s'étonnera donc pas si nous apportons une certaine discrétion dans cette partie de notre travail, si nous ne reproduisons pas tout indistinctement, si nous sommes sobres de variantes et de notes, et si nous faisons un plus fréquent emploi des petits caractères d'imprimerie. Commençons par donner la composition du volume, et passer en revue [les morceaux qu'il contient, afin d'en expliquer l'origine, d'en indiquer la date, et de fournir les renseignements dont le lecteur a besoin.

Ce volume comprend la suite des Œuvi-es diverses eu firose, dont l'impression a commenc; dans le volume précédent, et les Œuvres diverses en prose attribuées à liacine, plus les traductions. Il s'ouvre pas ÏAbrégé de l'Histoire de Port- Royal.

INTUODUCTION. m

OEUVRES DIVERSES EN PROSE (suite)

ABREGK DE L HISTOIRE DE PORT-ROTAL.

VAbrègè de l'Histoire de Port-Royal est le travail historique le plus achevé et le plus considérable que Racine ait laissé. « On peut considérer cette Histoire, dit Geoffroy, comme une réparation éclatante des satires échappées autrefois à la jeunesse de l'auteur, dans ses Lettres sur Port-Royal. Les Lettres étincellent d'esprit, de traits enjoués et malins, de fine plaisanterie ; l'Histoire est pleine de simplicité, de sagesse, de gravité : on sent, à l'extrême différence du ton et du style, que les Lettres sont le fruit de la première effervescence d'un talent jeune et brillant, et que l'Histoire est l'ouvrage d'un écrivain mûr et prudent, revenu du monde et des passions, et qui pèse tout dans la balance de la morale et de la vertu. On dit que Boileau regardoit VHistoire de Port-Royal comme le plus beau morceau qu'il y eijt en ce genre dans notre littérature. Il est très-permis de révoquer en doute la plupart de ces mots attribués à Boileau par des compilateurs très-peu scrupuleux sur Texactitude historique. Son jugement sur le mérite de l'Histoire de Port-Royal n'est rapporté que par l'au teur du Supplément de Moréri; et c'est une autorité bien faible. On doit plus de respect au suffrage de l'abbé d'Olivet, qui, dans son Histoire de l'Académie françoise, prétend que cet ouvrage de Bacine lui donne parmi les écrivains en prose le môme rang que ses tragédies lui assurent parmi les poètes.

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