IV INTRODUCTION
Mais, avec fous les égards qu'exige laiihé d'Olivet, on ne peut dissimuler que son opinion est fort exagérée et dénient la sagesse ordinaire du goût de ce judicieux académicien. L'Abrégé de l'Histoire de Port-Royal est recommandable par la clarté, la simplicité, la douceur, le natun^i, et toutes les qualités d"uD bon esprit qui n'écrit que pour instruire, et semble ne chercher que la vérité. L'histoire d'une communauté religieuse n'est pas un sujet brillant : l'auteur s'est conformé à la modestie du sujet. »
VAbrhji! de l'Histoire de Port-Royal ne vit le jour que longtemps après la mort de Racine. Comme on vient de le voir, l'abbé d'Olivet, dans son Histoire de l'Académie française (1729), parle de cet ouvrage qu'il connaissait en partie. Il écrit à M. de Valincourt : « Par reconnaissance pour l'éducation qu'il avoit reçue à Port- Royal -des-Ghamps, Racine employa les dernières années de sa vie à écrire l'histoire de cette fameuse abbaye. Vous savez qu'à sa mort l'histoire dont je veux parler fut déposée par ses ordres entre les mains de gens intéressés à la conserver. »
La première partie parut sous ce titre : Abrégé de l'Histoire de Porl-Royal par feu M. Racine de l'Académie française, à Cologne, aux dépens de la Compagnie, M. DCC.XLII. (Un volume in-12.) On lit dans l'Avertissement : « Ce beau morceau d'histoire, qui est demeuré trop longte.nps dans l'obscurité, est de feu M. Racine. C'est déjà en avoir fait l'éloge que de vous nommer son auteur. La grande réputation que cet ouvrage avoit acquise d'apris le jugement des plus célèbres connoisseurs le faisoit ardemment désirer et avait inspiré à diverses personnes le zèle de suivre toutes les traces qui pouvoient y conduire. Les recherches qu'on avoit faites inutilement dans la famille de l'auteur, parmi ses amis et dans tous les cabinets,' donnoient lieu de craindre que cène fût un trésor perdu pour
1. Voyez OEiares complèles de Muliere dans cette collection, tome IV, page G8, note 2.
INTRODUCTIOIV. ' v
le public, lorsqirriirui la l'i'iniili'iiro a fait tomi)in' ce précieux dépôt cnlrc les iniiiH d'une piTsuaiic auiio des lettres et di' la vérité. C'est ce di)ul)ie objet (pi'oii a en vue en publiant un écrit dont M. lîoileau- Despréaux disoit que c'étoil le plus parfail morceau d'Iiisloircqae nous eussions dans noire langue, n (Voyez le Suppléuieul de Moréri,au mol Racine, p. 163. colonne 1.)
Après la publication de celte première partie, il parait que Louis Racine écrivit à son frère aîné Jean-Baptiste que la seconde partie avait été également imprimée, ce qui n'était pas exact. A cet avis erroné, Jean-Baptiste Racine répondit : « Je ne suis pas moins surpris que vous de la nouvelle que vous me mandez. Je savois que la première partie, de louvrage en question éloit irapriinée ; mais je ne savois pas que la seconde le fut. et je doutois même (pfellc existât. On m'apporta, il y a environ trois mois, une copie de Isipremière partie, pour savoir de moi si elle étoit de mon père. Je répondis que je ne pouvois rien assurer là-dessus, n'ayant jamais eu aucune connoissance de cet ouvrage; qu'il étoit vrai que j'en avois souvent entendu parler à M. Despréaux, qui le vantoit fort, comme un morceau parfaitement bien écrit; mais que c'étoit tout ce que j'en savois. J'étois extrêmement jeune quand je perdis mon père, et il ne m'a jamais lâché le moindre mot de cela. 11 est vrai que, deux jours avant de mourir. M. Dodart éiaiu au chevet de son lit, il me dit d'aller chercher dans son cabinet une petite cassette noire que j'ai encore, et qu'il en tira devant moi un manuscrit petit in-folio, qu'il remit entre les mains de M. Dodart. Je me retirai, et ils furent lonjjtemps à parler ensemble. M. Dodart emporta le manuscrit en lui disant qu'il espérait le lui rendre. Voilà ce que j'entendis. On m'a dit depuis que ce même M. Dodartavoit remis le manuscrit entre les mains d'un de ses amis qui avoit actuellement quatre-vingts ans, mais qu'il n'avoit jamais voulu le communiquer à personne. Mais de quoi ne viennent pas à bout les Jansénistes, et surtout les Jansénistes impri-