M INTRODUCTION
meurs? Us disent que cet ouvrage est de mon père, je le veux bien croire; mais où eu est la preuve, à moins qu'ils ne disent d'où et de qui ils le tiennent? Il est certain que mon père avoit eu dessein d'écrire cette histoire, et cela en faveur de M. le cardinal de Noailles, qui le pria de vouloir bien le mettre au fait des affaires des religieuses de Port-Royal, dont il éloit fort peu instruit. Et c'est ce qui fit qu'après la mort de Monsieur le cardinal je m'adressai au maréchal de Noailles d'aujourd'hui, et lui demandai si, parmi les papiers de monsieur son oncle, il n'en avoit rien trouvé. 11 me répondit que non. J'en fis de même à la mort de M. Dodart, et j'en demandai des nouvelles au premier médecin son fils, qui me dit qu'il n'en avoit jamais entendu parler à son père : si bien que j'ai toujours cru l'ouvrage perdu, et ne puis deviner par quelle voie il peut être tombé entre les mains des imprimeurs. Je m'en vais tâcher h voir cette seconde partie, dont je suis fort curieux; car, entre nous, je doutois fort de son existence, et je croyois que ceux qui nous donnoient la première nous auroient sans doute donné la seconde, à moins que ce ne soit une finesse de libraire pour faire acheter deux fois l'ouvrage, n
Jean-Baptiste Racine se trompait en croyant que la seconde partie avait été publiée. Elle ne le fut que vingt-cinq ans après la première, en 1767, sous ce titre : « Abrégé de l'Histoire de Port-Royal par M. Racine, de l'Académie françoise, ouvrage servant de supplément aux trois volumes des œuvres de cet auteur. Imprimé à Vienne, et se trouve à Paris, chez Lottin, le jeune... M. DCG. LXVll (1 vol. in-12). » L'éditeur disait dans la préface : (( Racine mourut le 21 avril 1699. Depuis ce moment son ouvrage fut enseveli dans des ténèbres impénétrables même à la famille de l'auteur, il n'en sortit qu'en 17/i2. Mais il ne parut pas alors tout entier. Ceux qui avoient procuré l'édition n'avoient que la première partie ; et les rcciKM'ches les plus exactes ne purent faire découvrir la seconde que la prudence obligeoit de dérober au public. M. le
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cardinal de Hoiiry vivoit encore. Le crédit des jésuites, redouial)les sous {"autorité du ministre qu'ils avoient trompé, alarma les personnes ([uiconscrvoicnt ce monument précieux. Feu M. l'abbé Racine, entre les mains duquel une copie de louvrage étoit tombée, se contenta d'en donner des extraits dans son Ahràjè de niistoîrecciihîastiqueK C'est d'après cette même copie qu'on a fait l'édition complète qui paroît aujourd'hui. Les obstacles (pii en ont jusqu'ici retardé la publication n(- subsistent plus depuis les arrêts qui ont proscrit une société ennemie de la France. »
On a élevé quelques doutes sur l'authenticité de cette seconde partie, mais elle est plus incontestable que celle de la première, puisque le manuscrit autographe de l'auteur a été déposé par Louis Racine à la bibliothèque du Roi, où il est encore. Louis Racine l'a fait précéder dune note ainsi conçue : « Ce qui s'est trouvé de l'Histoire de Porl-Roxjal dans les papiiîrs de Jean Racine. Le tout est écrit de sa main, e.xcepté les feuillets 1, 2, 3 et /i qui sont écrits de la main de Roileau. Tout ce morceau est de la seconde partie. On ne trouva rien dans ses papiers de la premii^re partie de cett'i histoire, n
Les feuillets qui sont de la main de Boileau ne sont plus aujourd'hui qu'au nombre de trois, et contiennent le fragment signalé ci-après de la page 131 à la page 137. Le fragment s'encadre parfaitement dans l'ensemble du récit; les premières lignes sont écrites deux fois avec de légères différences par Racine et Boileau ; ce dernier s'est borné sans doute à récrire cette partie du travail de son ami.
Quoiqu'on n'ait pas la copie autographe de la première partie, l'authenticité n'en est pas plus douteuse que celle de
i. L'abbo Racine, qui n'appartenait que de loin à la famille du poëte tragique, avait reproduit la presque totalité de V Abrégé de l'Histoire de Port-Royal, dans son Abrégé de l'Histoire ecclésiastique, 1748-1750, t. X et XI, imprimés en 17Ô4. Il ne mentionnait qu'une fois son auteur, et usait fort librement de l'ouvrage.