‹ Œuvres complètes de Racine (volume 2)Chapitre 42 sur 154 · CARDINAL MAZARIN · texte numérisé non relu

CARDINAL MAZARIN

Siri', en cherchant les raisons pourquoi le Cardinal abandonna le duc de Guise, dit que jieut-ètre ce cardinal songeoit à se faire roi de tapies. Cela est d'autant plus vraisemblable qu'il avoit quelque pratique pour se faire roi de Sicile : témoin une lettre qu'un certain Antoine d'Aglié lui écrivoil de lionie , le l'' juin 1648, qui lui mandoit qu'on avoit fort délibéré en Sicile de mettre la couronne de ce royaume sur la tète ou du prince Thomas, ou du connétable Colonne , mais que le Cardinal avoit été préféré à tout autre ; que, sans partir de Paris, il n" avoit qu'à envoyer une armée pour donner cœur au peuple et à la noblesse , et qu'on lui enveiToit aussitôt des ambassadeurs pour le couronner ; que s'il ne vouloit ])oiut quitter la France, il pourroit laisser en Sicile ou son frère , ou le cardinal Grimaldi , avec la qualité de vice-roi.

L'auteur croit, pour lui, que le Cardinal avoit dessein d'envoyer à INaples Monsieur le Prince, aliu de l'éloigner de France, avec tous les petits-maîtres, et quantité d'autres gens capables de remuer". Cela est si vrai, qu'après

t. Tome XI, p. 587. {liem-oi de la main de liacinc.) 2. Tome XI, p. 588.

!a disgrâce et l'einprisoniienienl du duc de Guise, le Cardinal envoya l'abbé Bentivogiio en Flandres, à l'armée de Monsieur le Prince , un peu devant qu'il assiégeât Ypres, pour le tàter, non pas en traitant directement avec lui , mais avec Châlillon, la Moussaye et les autres petitsmaîtres, qui l'écoutèrenl fort volontiers, se remplissant déjà l'esprit d'idées, l'un se flattant de se faire duc de Calabre , l'autre prince de Tareute. Le Cardinal oflroit à Monsieur le Prince tous les régiments de Coudé et de Conti, et de sa maison, avec une armée navale équipée aux dépens du Roi. Mais les cabales commençoient déjà à éclore ; et Monsieur le Prince, se défiant et de la proposition et de celui qui la faisoit , ne put se résoudre à quitter Paris et la cour*.

Le même auteur dit que le Cardinal étoit maître de toutes ses passions, excepté de Y avaria'-.

Le cardinal de Sainte-Cécile, son frère, étant en mauvaise humeur contre lui, disoit à tous les gens de la cour qui venoient lui recommander leurs intérêts que le moyen le plus sûr d'obtenir de son frère tout ce qu'on vouloit, c'étoit de faire du bruit, parce que son frère étoit un coyon '.

Ces paroles, dit Siri, ne tombèrent pas à terre; et bien des courtisans se résolurent dès lors de le prendre de hauteur avec le Cardinal, et commencèrent à le menacer pour obtenir de lui ce qu'ils vouloient.

Ce cardinal de Sainte-Cécile s'en alla à Rome au sortir de son gouvernement de Catalogne, plein de mauvaise volonté contre son frère, et résolu d'embrasser les inté-

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