X INTRODUCTION
au fond, on n'y trouve rien de curieux : ce qui pouvoit lelre du temps de l'auteur a été écrit depuis par différents liistoriens. Quant à la forme, ce ne sont que de courtes observations que l'auteur, qui en devoit faire usage dans la suite, jetoit sur le papier sans style et sans ordre. Cette raison m'oblige encore à n'en donner qu'une petite partie, puisqu'on ignore l'usage qu'un auteur devoit faire des choses qu'on trouve après sa mort, écrites par lui sans ordre, et qu'il n'écrivoit que pour lui seul. 11 peut avoir écrit tel fait, non comme véritable, mais comme débité de son temps, et dans le dessein de le détruire.
« Ce ne sont ici que des membres épars et décharnés que l'historien devoit rassembler et animer : et je n'ai d'autre objet en les faisant connoître que de détromper ceux qui croient qu'il ne s'occupoit point de l'histoire du roi, ou qui! ne vouloit donner qu'un éloge historique de ce prince. 11 paroît, au contraire, par les extraits qu'il a faits de Vittorio Siri et de plusieurs Mémoires, qu'il s'étoit formé un plan trèsvaste, et que, se mettant au fait des affaires étrangères comme de celles de l'intérieur, il embrassoit son grand objet dans toute son étendue et comptoit faire l'histoire du royaume sous Louis XIV. 11 en avoit déjà composé plusieurs grands morceaux ; mais, comme je l'ai dit, ils périrent dans l'incendie par lequel tout ce que M. de Valincourt conservoit dans sa maison de Saint-Cloud fut consumé en un moment, magno cum Musarum mœroir. »
Louis Racine ayant déposé en 1756 à la Bibliothèque du roi les papiers manuscrits de son père, les éditeurs reprirent peu à peu dans ces manuscrits ce que Louis Racine avait laissé de coté. Geoffroy, dans son édition de 1808, ajouta un certain nombre de fragments aux fragments déjà publiés. Aimé Martin fit de même. M. P. Mesnard acheva de recueillir ce qui avait été négligé par ses prédécesseurs et de tout mettre en meilleur ordre. 11 a établi le texte définitif de ces morceaux divers.
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Ces fragments n'ont pas plus d'intérêt que Louis Racine, clans ravcrtisscment que nous venons de transcrire, ne leur en accorde. La personnalité de l'auteur n'y apparaît guère. M. 1'. Mesnard croit apercevoir dans les n"^ 1, 11 et 111 des fragments originaux, parce que le manuscrit y présente des corrections et des ratures. C'est pour cela qu'il les a placés en premier lieu. Le reste se compose de simples notes. Quelques-unes, à en juger par les indications mises à la marge, semblent avoir été prises à la suite de conversations avec des personnages contemporains. Ainsi le fragment IV porte en tête : « .V. le maréchal (rflumières. n Les renseignements qu'il contient ont sans doute été fournis en majeure partie par ce maréchal. On ne s'étonnera donc pas d'y trouver quelques traits peu favorabU's à Turennc, sous les ordres duquel d'Humièrcs n'avait pas voulu servir en 1672.
On remarquera le fragment \L11 qui contient deux anecdotes attribuées au nonce (Jean-Jacques Cavallerini ou Marc-Daniel Delfini qui furent nonces en France sous le pontificat d'Innocent Xll, 1691-1700).
La plupart de ces notes ont été prises au courant de lectures historiques, et ne sont que des extraits. Racine les a principalement empruntées à l'historien italien Vittorio Siri. Les volumes de Siri qu'il indique (fragment Ml cl suivants) sont ceux d'il Mcrcurio ovvero historia de'correnti tempi (t. I l't 11, Casai Venise], 16W, in-^i" ; tome 111, Lyon, 1632; tome IV à X, Casai, 1655-1668: t. XI à XllI, Paris, 1670-167i, t. XIV ot XV; Florence, 1682). Ces quinze volumes in-ït° embrassent l'histoire de 1635 à 1665. Racine cite aussi (fragment V et probablement fragment VI) le tome XVI qui était resté manuscrit. Ailleurs il fait des emprunts à un autre ouvrage du même historien : les Mémoires secrets, Memorie rccondile deW unno 1601 sino al 16^(0 (t. I et II, Ronco, 1676; t. III et IV, Paris, 1677; t. V à Vlll, Lyon, 1679, in-4°)' Vittorio Siri, pensionné du cardinal Mazarin, écrivit en France la plus grande partie de ses
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ouvrages. Peu estimé de nos jours, il jouit d'aliord d'une certaine réputation, et ses œuvres étaient toutes récentes au moment où Racine se consacra à son emploi d'historiographe.
Racine a puisé encore dans Lotychius (fragment XXVll), c'est-à-dire : Jo. Pétri Lolichii rerum Germnnkarum sub Mat- Ihia, Ferdinandis II el III impp. geslarum libri LV... Francoforli ad Mxnum, 16/i6, k vol. in-fol. ; — dans Nani, Hisloria délia republica Vencla, 1679 (fragment XXXIII) — dans Grotius, Epislolœ quotquolrcperiri potucnmt, Amslelodami, 1687 (fragment L), etc.
11 suffît, à notre sens, de donner le texte de ces fragments; nous n'y attacherons que les notes les plus indispensables.
Racine fit partie de l'Académie des Inscriptions de la fin de 1683 jusqu'à sa mort. On sait qu'une des plus importantes fonctions de cette académie fut, à l'origine, d'imaginer et de faire exécuter des médailles qui devaient perpétuer le souvenir des principaux événements du règne de Louis XiV. Les projets, soit pour les types, soit pour les légendes, en étaient discutés dans les assemblées, et les dessins faits par Noël Coypel. Lorsqu'il les rapportait, un des académiciens se chargeait de rédiger la description de la médaille, description qui, lorsqu'elle obtenait l'approbation de l'académie, était transcrite sur les registres. Toutes ces descriptions, au nombre de deux cent quatre-vingt-six, ont été réunies et publiées dans l'ouvrage intitulé Médailles sur les principaux événements du règne de Louis le Grand avec des explications historiques. Par r Académie royale des médailks et des inscriptions. Paris, de l'imprimerie royale, 1702, iu fol. — Magnifique
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ouvrage désigné ordinairement sous le nom de l'Histoire métallique du roi.
Les rédacteurs des descriptions ou explications ne sont pas nommés dans le volume, mais ils le sont souvent dans les registres. M. Berriat Saint-Prix le premier, donnant son édition de Boileau, découvrit, en consultant les registres, que Boileau, qui taisait aussi partie de la Petite Académie, était l'auteur désigné de onze de ces explications; il lésa insérées dans son édition. M. P. Mcsnard, suivant l'exemple du savant éditeur de Boileau, trouva sur les anciens registres de l'Académie cinq explications faisant partie de ÏHistoire vùtalliquc indiquées comme étant l'œuvre de Racine. La part de collaboration de Racine a certainement été plus grande, mais le registre exact des assemblées ne commence que le samedi 3 avril 169Z|, et les renseignements font défaut par conséquent sur le travail antérieur.
M. Mesnard remarque aussi que le texte des explications n'est pas absolument le même dans les registres et dans l7//'.stoii-e mi'lalliquc. Ce texte a été corrigé et retouché avant d'être imprimé, notamment en raison du la loi qu'on s'était imposée de ne jamais dépasser la page. Qui fut chargé de cette révision? A-t-elle été faite par les auteurs eux-mêmes ou par l'abbé Tallcmant, Tourreil et Dacier, chargés, au dire de Saint-Simon, de l'édition de l'ouvrage? C'est une question qu'il est impossible de résoudre. De là la nécessité de publier les deux leçons.
On voit, du reste, par ces registres de l'Académie des inscriptions pendant les années 1694-1699, que Racine prenait une grande part à tout ce travail de VHisloire métallique. jC'est sur les mémoires présentés par lui que la compagnie choisit les sujets qui doivent être traités. 11 propose souvent <ics légendes qui sont acceptées; il fournit les circonstances qui doivent entrer dans la composition. Son imagination et son goût étaient d'un grand secours à ses collègues. L'Hisloire métallique lui est redevable notamment de l'inven-