‹ Œuvres complètes de RacineChapitre 111 sur 249 · Mon frère avait alors la petite vérole. (L. R · texte numérisé non relu

Mon frère avait alors la petite vérole. (L. R

2. C'était un eccliSsiastiquc qui servait de précepteur au jeune Racine.

tièrenient à sa sainte volonté. Assurez-vous qu'on ne jnut pas vous aiinov plus que je vous aime, et que j'ai une fort grande iinpalieiice de vous embrasser.

SuKcriplioii : Pour mon clier fils Racine.

Au camp devant Namiir, le 10 juin [ICOÎ].

Vous pouvez juger, par toutes les inquiétudes que m'a causées votre maladie, combien j'ai de joie de votre guérison. Vous avez beaucoup de grâces à rendre à Dieu de ce qu'il a permis qu'il ne vous soit arrivé aucun fâcheux accident, et que la lluxion qui vous étoit tombée sur les yeux n'ait point eu de suite. Je loue extrêmement la reconnoissance que vous témoignez pour tous les soins que votre mère a pris de vous. J'espère que vous ne les oublierez jamais, et que vous vous acquitterez de toutes les obligations que vous lui avez, par beaucoup de soumission à tout ce qu'elle désirera de vous. Votre lettre m'a fait beaucoup de plaisir; elle est fort sagement écrite, et c'étoit la meilleure et la plus agréable marque que vous pussiez me donner de votre guérison. Mais ne vous pressez pas encore de retourner à l'étude ; je vous conseille de ne lire que des choses qui vous fassent plaisir sans vous donner trop de peine, jusqu'à ce que le médecin qui vous a traité vous donne permission de recommencer votre travail. Faites bien des amitiés pour moi à M. Chapelier, et faites en sorte qu'il ne se repente point de toutes les peines qu'il a prises pour vous. J'espère que j'aurai bientôt le plaisir de vous revoir, et que la reddition du cliâ-

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teau de Namur suivra de près celle de la ville. ' Adieu, mon cher fils. Faites bien mes compliments à vos sœurs : je ne sais pourtant si on leur permet de vous rendre visite; je crois que ce ne sera pas sitôt : réservez donc à leur faire mes compliments quand vous serez en état de les voir.

Suscription : A mon fils Racine.

A Fontainebleau, le i octobre [1G02].

Je suis fort content de votre lettre, et vous me rendez un très-bon compte de votre étude et de votre conversation avec M. Despréaux. Il seroit bien à souhaiter pour vous que vous puissiez être souvent en si bonne compagnie, et vous en pourriez retirer un grand avantage, pourvu qu'avec un homme tel que M. Despréaux vous eussiez plus de soin d'écouter que de parler. Je suis assez satisfait de votre version: mais je ne puis guère juger si elle est bien fidèle, n'ayant apporté ici que le premier tome des Lettres à Atticus, * au lieu du second que je pensois avoir apporté ; je ne sais même si je ne l'ai point perdu ; car j'étois comme assuré de l'avoir ici parmi mes livres. Pour plus grande sûreté, choisissez dans quelqu'un des six premiers livres la première lettre que vous voudrez traduire; mais surtout choisissez- en une qui ne soit pas sèche comme celle que vous avez prise, où il n'est

1. La ville avait iHé prise le 5 juin; le chiteau se rendit le 30. Le 3 juillet, le roi reprit le cliemin de Versailles.

2. C'était son livre favori et le compagnoa do ses voyages. (L. R.)

presque parlé que d'aiïaircs d'inlérèt. Il y en a laiil de belles sur l'état où éloil alors la république, et sur les choses de conséquence qui se passoient à Rome! Vous ne lirez guère d'ouvrage qui soit plus utile pour vous former l'esprit et le jugement; mais surtout je vous conseille de ne jamais traiter injurieusement un homme aussi digne d'être respecté de tous les siècles que Cicéron. Il ne vous convient point à votre âge, ni même à personne, de lui donner ce vilain nom de poltron. Souvenez-vous toute votre vie de ce passage de Quintilion, qui étoit lui-même un grand personnage : ///f. Vf /jro/i'c/.v.sc sciât cui Cicero valde placebit. ' Ainsi vous auriez mieux fait de dire simplement de lui ([u'il n'étoit pas aussi brave ou aussi intrépide que Gaton. Je vous dirai même que, si vous aviez bien lu la vie de Cicéron dans Plutarque, vous verriez qu'il mourut en fort brave homme, et qu'apparemment il n'auroit pas tant fait de lamentations que vous si M. Carméline lui eût nettoyé les dents. Adieu, mon cher fils. Faites mes baisemains à M. Chapelier.

Faites souvenir votre mère qu'il faut entretenir un peu d'eau dans mon cabinet, de peur que les souris ne ravagent mes livres. Quand vous m'écrirez, vous pouvez vous dispenser de toutes ces cérémonies de votre tris-hwnblc serviteur. Je connais même assez votre écriture sans que vous soyez obligé de mettre votre nom.

Siiscription : A mon lils Racine, à l'aris.

1. Qiiintilicii, lit). X, cap. i. — Uoilcau a appliqué aux poënies d'Homère ce que Quiutilien avait dit des écrits de Cicéron :

C'est avoir profité que de savoir s'y plaire.

Art jwét., ch. III,

l.;0 CORRESPONDANCE.

A Fontainebleau, le 5 octobre [109'2].

La relation ' que vous m'avez envoyée m'a beaucoup diverti, et je vous sais bon gré d'avoir songé à la copier pour m'en faire part. Elle n'est pourtant pas exacte en beaucoup de choses, mais il ne laisse pas d'y en avoir beaucoup de vraies, et qui sont écrites avec une fort grande ingénuité. Je l'ai montrée à M. de Montmorency et à M. de Chevreuse. Ce dernier, qui est capitaine des chevau-légers , voudroit bien savoir le nom du chevauléger f]ui l'a écrite, et vous me ferez plaisir de le demander à M. Vuillard , à qui vous ferez aussi mille compliments de ma part. Je suis toujours étonné qu'on vous montre en rhétorique les Fables de Phèdre, qui semblent une lecture plus proportionnée à des gens moins avancés. Il faut pourtant s'en fier à M. Rollin -, qui a beaucoup de jugement et de capacité. On ne trouve les Fables de de M. de La Fontaine que chez M. Thierry ou chez M. Barbin. Cela m'embarrasse un peu, parce que j'ai peur qu'ils ne veuillent pas prendre de mon argent. Je voudrois que vous en pussiez emprunter à quelqu'un jusqu'à mon retour. Je crois que M. Despréaux les a, et il vous les prêtcroit volontiers; ou bien votre mère pourroit aller avec

1. C'était une relation du combat d.; Steinkerqne : il en parut plusieurs en même temps; la plus remarquable fut celle faite par Dubois, depuis cardinal, qui s'était trouvé à la bataille.

2. Il étiiit alors professeur d'éloquence au Collège royal. Il ne fut recteur de l'Université qu'en iG9i.

CORRESPONDANCE. loi

VOUS sans faron chez M. Thierry, cl les lui ileniaiulef en les payant. Adieu, mon cher (ils. Dites à vos sœurs que je suis fort aise (ju'elles se souviennent de moi et qu'elles souhaitent de me revoir. Je les exhorte à bien servir Dieu, et vous surtout, afin que, pendant cette année de rhétorique que vous commencez, il vous soutienne et vous fasse la grâce de vous avancer de plus en plus dans sa connoissance et dans son amour. Croyez-moi, c'est là ce qu'il y a de plus solide au monde : tout le reste est bien frivole.

A FonlainelilcaH, le 9 octobre fl602J.

Je voulois presque me donner la peine de corriger les fautes de voire version, e; vous la renvoyer en l'état où il faudroit qu'elle fût; mais j'ai trouvi' que cela me prendroit trop de temps à cause de la quantité d'endroits où vous n'avez pas attrapé le sens. Je vois bien que ces Éjnires * sont encore trop difficiles pour vous, parce que, pour les bien entendre, il faut posséder parfaitement l'histoire de ces temps-là, et que vous ne la savez point. Ainsi je trouverois plus à propos que vous me fissiez à votre loisir une version de cette bataille de Trasymène , dont vous avez été si charmé, à commencer par la description de l'endroit où elle se donna. - Ne vous pressez point, et tournez la chose le plus naturellement que vous pourrez. J'approuve fort vos promenades d'Auteuil, et vous m'en rendez un fort bon compte; mais faites bien concevoir à

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