‹ Œuvres complètes de RacineChapitre 116 sur 249 · M. de Romanct, frère de madame Racine · texte numérisé non relu

M. de Romanct, frère de madame Racine

166 CORRESrONDANCE.

(le \rai de toutes celles qu'on débite eu ce pays-ci. C'est uue plaisante chose que les provinces : tout le monde y est nouvelliste dès le berceau, et vous n'y rencontrez que gens qui débitent gravement et affirmativement les plus sottes choses du monde.

Je suis bien honteux que M™* d'IIeudicourl vous ait prévenu, et que vous ne l'eussiez pas encore été saluer chez elle. J'apprends tout présentement, par une lettre de Du Fresne, qu'on a apporté de sa part au logis une demidouzaine de jambons. Ne manquez pas, au nom de Dieu, d'aller chez elle, et de lui en faire mes très-humbles remercîments. Je lui écrirois bien volontiers; mais j'espère partir demain, ou tout au plus tard après-demain; et dès que je serai à Paris, je me rendrai à Versailles pour l'aller remercier de toutes ses bontés. Et d'ailleurs, que lui pourrois-je mander de ce pays-ci, à quoi elle pût prendre intérêt? Pour vous, qui devez vous y intéresser davantage, je vous dirai que je suis très-content tles dames de Variville, et que Babet' a une grande impatience d'entrer chez elles. Votre sœur ainée a trouvé ici une compagnie dont elle est charmée, et avec raison; c'est sa cousine de Romanet, qui est très-aimable, très-jolie, et très-bien élevée. îsous allons cette après-dniée à Griviller. J'ai l'ait tous mes comptes avec mon fermier, et j'ai renouvelé bail avec lui. Voilà des nouvelles telles que l'on peut vous en mander de ce pays-ci. J'espère que je recevrai encore une lettre de vous avant que de partir; car si nous partons demain, ce ne sera que l'après-dniée. On fait pourtant tout ce qu'on peut pour nous retenir ici.

i. Klisabcth, la troisii'ine des filles de Racine. Elle fit profession au couvent de Notie-Dame de Variville, dans l'année qui suivit la mort de son pèie. (L. II.)

Je vous sais un très-bon grù des égards que vous avez pour moi au sujet des opéras et des comédies; mais vous voulez bien que je vous dise que ma joie seroit complète si le bon Dieu cntroit un peu dans vos considérations. Je sais bien que vous ne seriez pas déshonoré de\ant les lionniies en y all:iiii: mais ne comptez-vous pour rien île vous déshonorer devant Dieu? Pensez-vous vous-même que les honnnes ne trouvassent pas étrange de vous voir, à votre âge, pratiquer des maximes si dillereutes des miennes? Songez que monsieur le duc de Bourgogne,' qui a un goût merveilleux pour toutes ces choses, n'a encore été à aucun spectacle, et (lu'il veut bien en cela se laisser conduire par les gens qui sont chargés de son éducation. Et quels gens trouverez-vous au monde plus sages et plus estimés que ceux-là? Du reste, mon cher fils, je suis fort content de votre lettre. Faites bien mes compliments à M. de Gavoie et à Mil. Félix, sans oublier M. Vigan.

J'ai décacheté exprès nui lettre pour vous dire de ne point parler de jambons à madame d'IIcudicourt. Ma femme a peur f{ue, comme l'orthographe de Du Fresne est fort mauvaise, ce présent ne nous ait été envoyé par M"" d'Héricourt. \insi n'en dites pas un mot; je ferai moi-même mes compliments à qui il conviendra de les faire. Dites seulement à M"" d'IIeudicourt combien je suis touché de toutes les honnêtetés qu'elle vous a faites, et l'envie que j'ai d'être à Versailles pour la remercier. Tout le monde vous fait ici ses compliments. Votre mère a pris grand plaisir à votre lettre, excepté à l'endroit où vous

1. Ce prince avait alors prèï de treize ans. Il était élevé par Féaelon, Beauvilliers, et le savant abbo Fleury

parliez de la cire qui est tombée sur votre esprit.' Elle a demandé tout aussitôt pourquoi vous laissiez ainsi gâter vos habits. 11 pleut ici et fait assez froid. Je prendrai patience, pourvu que les chemins ne soient pas gâtés.

A Versailles, ce samedi après midi (4 août 109G).

J'avois passé exprès par Versailles pour vous voir, et jjour savoir de vous si vous n'aviez besoin de rien. Je suis fâché de ne \ous avoir pas trouvé, et plus lâché encore d'apprendre que vous avez eu la lièvre. Du reste, je suis bien aise (jue vous ayez été voir Jl. Despréaux et votre mère, qui aura eu, je m'imagine, bien de la joie de vous voir. Je ferai, si je puis, quelque partie pour Moulineau, - et je vous en ferai avertir; mais comme il faut tout prévoir, je suis bien aise de vous dire, au cas que je ne vous voie point cette semaine, que vous êtes le maîlre d'aller passer deux ou trois jours à Paris quand vous voudrez. Vous n'aurez qu'à m "écrire à Marly ce que vous souhaitez, et ma femme ou moi nous vous envoyerons le petit carrosse. Mandez-moi de vos nouvelles à Marly, et si vous recevez quelques lettres pour moi, envoyez-lesmoi en même temps. Vous me ferez toujours plaisir d'être aussi assidu chez M. de Torcy, ^ que votre santé vous le

1. Il y a esprit dans rautograplic. La plupart dus éditeurs ont remplacé esprit par habit, peut-être h tort.

2. Jolie maison entre Meudon et la Seine, qui appartenait à la comtesse de Gramont, et que le comte Ilamilton, frère de cette dame, a souvent chantée dans ses vers.

3. Le jeune Racine travaillait dans les bureaux de M. de Torcy, ministre des affaires étrangères, pour s'instruire dans la diplomatie.

COIUlESrONDANCE . 169

permettra. N'e vous laissez point inaïupiiT d'ariJteiil, l'i niaiiclez-moi franchement si vous ou avez besoin. Adieu, mou cher lils. Je vous embrasse de tout mon caur.

A l'aris, le '20 dctolji'O |lli'.lO].

Je ne vous c'cris (pi'uu mot pour vous dire que je vous envoyerai h} petit carrosse samedi proi iiain pour vous amener ici l'après-dinée, afin que vous passiez les fêtes avec nous. Mon dessein est de vous ramener le jour des morts au malin, parce que j'espère aller Taprès-dînée à Marly. M. de Gavoie a la bontc de vouloir visiter mon nouvel appartement pour voir connue on l'a acconnnodé , et pour prier M. Le Fèvre d'y rajuster ce qu'on aura mal fait. Ainsi ne man(|uez pas de vous trouver samedi prochain à son lever chez lui , sur le ' huit heures et demie, avec la clef de l'appartement, et de bien observer ce qu'il vous dira pour me le redire. Au cas que M. Danet vous presse de lui abandonner la petite écurie, vous demanderez conseil à M. de Gavoie, et vous ferez ce qu'il vous conseillera. Ce ne seroil pas un grand malheur que d'être obligé il'ôter le peu de meubles qu'il y a dans la chambre de la petite écurie, et de les porter dans l'une des deux chambres du château. On a dit à votre mère (pi'il y avait (|uel(jue chose à refaire à votre habit. Si cela est, elle vous mande d'apporter aussi votre autre habit pour le porter pendant qu'on retouchera à l'habit neuf. Henry n'aura qu'à revenir avec vous, et on

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