‹ Œuvres complètes de RacineChapitre 123 sur 249 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

de tout sur M. Bombarde, ' comme si, en arrivant cà Bruxelles, vous n'aviez pas dû courir d'abord chez lui, et ne vous point coucher que vous n'eussiez fait vos aflaires pour être en étal de partir le lendemain de bon matin. Je ne sais pas ce que dira là-dessus M. de Bonrepaux ; mais je sais bien que vous avez bon ]:)esoin de réparer, par une conduite sage à la Haye, la conduite peu sensée que vous avez eue dans votre voyage. Pour moi, je vous avoue que j'appréhende de retourner à la cour, et surtout de paroitre devant M. de Torcy, à qui vous jugez bien que je n'oserai pas demander d'ordonnance pour votre voyage, n'étant pas juste que le roi paye la curiosité que vous avez eue de voir les chanoinesses de Mons et la cour de Bruxelles. Vous ne me dites pas un mol de M. Robert, chanoine à Mens, pour qui vous aviez une lettre, et qui vous auroit donné le moyen de voir k Bruxelles un homme - pour qui vous savez que j'ai un très-grand respect. Vous ne me parlez point non plus de nos deux plénipotentiaires pour qui vous aviez une dépêche. Cependant je ne comprends pas par quel enchantement vous auriez pu ne les pas rencontrer entre Mous et Bruxelles.

Comme je vous dis franchement ma pensée sur le mal, je veux bien vous la dire aussi sur le bien. M. l'archevêque de Cambrai paroît très-content de vous, et vous m'avez fait plaisir de m' écrire le détail des bons traite-

1. Baïuiuier de Bnixollcs. Son fils a été trésorier de rélecteur de Bavière.

2. Cet homme est le célèbre P. Qucsnol, qui, on 1085, ayant été forcé de s'expatrier pour la querelle du Formulaire, s'était retiré à Bruxelles auprès d'Antoine Arnauld, son ami, que la mort lui enleva eu IG94. La persécution vint à bout d'atteindre Quesnel jusc[ue sur cette terre étrangère. 11 fut arrêté et emprisonné à Bruvelles on t703, et, étant peu après sorti de sa prison, il mourut à Amsterdam on 1710.

inents que vous avez rerus do lui, doiii il ne m'avoil pas mandé un mol, témoignanl nu'me du déplaisir de ne vous avoir pas assez bien fait les honneurs de son palais brùlé. '

Cela m'a obligé de lui écrire une nouvelle lettre île remerciement. Vous trouverez dans les ballots de monsieur l'ambassadeur un étui où il y a deux chapeaux pour v[ou]s, c'est ta [savoir] un castor fin et un demi-castor, et vous y trouverez aussi une paire de souliers des Frères. - Votre mère vous avertit qu'ayant examiné ce qu'elle doit à Henry, elle a trouvé qu'elle ne lui devoit plus que vingt francs, sur quoi il faut en donner quatorze au cocher. Vous devez savoir que vous ne lui donnez que dix fi-ancs de gages par mois, et c'est à vous de ne lui rien av;incer mal à propos. Mon oncle Racine est mort depuis votre départ, et nous en porterons le deuil trois mois; mais comme vous êtes si loin d'ici, cela ne fait pas une loi pour vous. J'envoyerai jnn- M.l'ierret les papiers que vous savez pour monsieur l'ambassadeur, et mes tragédies poiu' M. son neveu. Au nom de Dieu, faites un peu plus de réflexion sur votre conduite, et défiez-vous sur toutes choses d'une certaine fantaisie qui vous porte toujours à satisfaire votre propre volonté au hasard de tout ce qui en peut arriver. Vos sœurs vous font bien des compliments, et surtout Nanette. Mandez-nous de vos nouvelles le plus souvent que vous pourrez.

1. Fûnclon avait été disgracié l'année précédente, et envoyé dans son diocèse. Peu de temps avant cotte disgrâce, le feu avait pns à son palais de Cambrai, et y avait consumé, avec tout le mobilier, une très-riche bibliotlièquo. C'est à ce sujet qu'il dit à l'abbé de Langeron : « Ce serait bien pis si le fou eût pris à la maison d'une pauvre famille. »

2. Il existait dans Paris, à cette époque (1098), deux communautés des frères Cdrdonniers, et une des frères tailleurs d'babits.

Suscription : A .Monsieur Monsieur Racine, gentilhomme ordinaire du roi, chez monsieur l'ambassadeur de France, à la Haye.

A Paris, 31 janvier |1098J.

Votre mère et toute la famille a eu une grande joie d'apprendre que vous étiez arrivé en bonne sauté. Je n'ai point encore été à la cour depuis que vous êtes parti, mais j'espère y aller demain. Je crains toujours de paroître devant M. de Torcy, de peur qu'il ne me fasse des plaisanteries sur la lenteur de votre course ; mais il faut me résoudre à les essuyer, et lui faire espérer qu'une autre fois vous ferez plus de diligence si l'on veut bien vous confier à l'avenir quelque chose dont on soit pressé d'avoir des nouvelles. Je vois que M. de Bonrepaux a pris tout cela avec sa bonté ordinaire, et qu'il tâche même de vous excuser. Du reste, vos lettres nous font beaucoup de plaisir, et je serai bien aise d'en recevoir souvent. Je vous écrirai plus au long à mon retour de Marly, me trouvant aujourd'hui accablé d'aiïaires au sujet de l'argent qu'il faut que je donne pour ma taxe. Faites mille compliments pour moi à M. de Bonac. J'ai donné à M. l'ierret mes œuvres pour les lui porter.

Siisrriptioji : A Monsieur Monsieur Racine, gentilhomme ordinaire du roi, à la Haye.

A .Mai-ly, le 5 [février 1693).

11 est juste que je vous fasse part de ma satisfaction, comme je vous ai fait soufTrir de mes inquiétudes. Monseulement .M. de Torcy n'a point pris en mal votre séjour à Bruxelles, mais il a môme approuvé tout ce que vous y avez fait, et a été bien aise que vous ayez fait la révérence à M. de Bavière. Vous ne devez point trouver étrange que, vous aimant comme je fais, je sois si facile à alarmer sur toutes les choses qui ont de l'air d'une faute, et qui pourroient faire tort à la bonne opinion que je souhaite qu'on ait de vous. On m'a donné pour vous une ordonnance de voyage : j'irai la recevoir quand je serai à Paris, et je vous en tiendrai bon compte. Mandez-moi bien franchement tous vos besoins.

J'approuve au dernier point les sentiments où vous êtes sur toutes les bontés de M. de Bonrepaux, et la résolution que vous avez prise de n'en point abuser. Faites, bien mes compliments à, M. de Bonac, et témoignez-lui ma reconnoissance pour l'amitié dont il vous honore : sou extrême honnêteté est un beau modèle pour vous; et je ne saurois assez louer Dieu de vous avoir procuré des amis de ce mérite. Vous avez eu quelque raison d'attribuer l'heureux succès de votre voyage, par un si mauvais temps, aux prières qu'on a faites pour vous. Je compte les miennes pour rien ; mais votre mère et vos petites sœurs prioient tous les jours Dieu qu'il vous préservât de tout accident; et on faisoit la même chose à Port-Royal. Il avoit couru un bruit, qui aura peut-être été jusqu'à

VOUS, qu'on avoit permission de recevoir des novices dans cette maison; mais il n'en est rien, et les choses sont toujours au même état. Je doute que votre sœur puisse y demeurer longtemps, à cause de ses fréquentes migraines, et à cause qu'il y a si peu d'apparence qu'elle y puisse rester pour toute sa vie. Vous avez ici des amis qui ne vous oublient point, et qui me demandent souvent de vos nouvelles, entre autres le petit M. Quentin, M. d'EstouyetVI. de Saint-Gilles.

Je ne sais si vous savez que M. Corneille, notre confrère, ■ est mort. Il s'étoit confié k un charlatan qui lui donnoit des drogues pour lui dissoudre sa pierre. Ces drogues lui ont mis le feu dans la vessie. La fièvre l'a pris et il est mort. Sa famille demande sa charge pour son petit-cousin, fils de ce brave M. de Marsilly qui fut tué à Leuze, et qui avoit épousé la fille de Thomas Corneille. Le jour me manque, et je suis paresseux d'allumer de la bougie. Je vous écrirai une autre fois plus au long. Vous ne sauriez m'écrire trop souvent si vous avez envie de me faire plaisir. Vos lettres me semblent très-naturellement écrites; et plus vous en écrirez, plus vous y aui-ez de facilité. Adieu, mon cher fils. J'ai laissé votre mère en bonne santé. Vous ne sauriez lui faire trop d'amitiés dans vos lettres; car elle mérite que vous l'aimiez, et que vous lui en donniez des marques. M. de Torcy m'a appris que vous étiez dans la Gazelle de IlolUinde : si je l'avois su, je l'aurois fait acheter pour la faire lire à vos petites sœurs, qui vous croiroient devenu un homme de conséquence. J'ai lu à M. le maréchal de iNoailles voire dernière lettre , où vous témoignez tant de reconnoissance

I. Pierre (lorneille, gentilhomme ordinaire du roi, fils du grand Corneille.

COURESPON'D.VXCE. Isa

pour les bons traitements que vous ave/ reçus de monsieur le prince et de madame la princesse de Stienhusse.' J'ai prié aussi M. de Bournouville et monsieur le comte d'Ayen tie les remercier.

Suscriplion : V Monsieur Monsieur Racine, gentilhomme ordinaire, chez monsieur l'ambassadeur de France, à la ilave.

A Paris, lo 11) février [lGi18].

Je crois que vous aurez été content de ma dernière lettre et de la réparation que je vous y faisois de tout le chagrin que je puis vous avoir donné sur voire voyage. J'ai reçu votre ordoimance au trésor royal; mais, quelques instances que M. de Ghamlay, que j'avois mené avec moi, ait pu faire à M. de Turmenics, je n'en ai jamais pu tirer que neuf cents francs ; on prétend même que c'est beaucoup, et que M. de Turmenics a fait au delà de ce qu'il pouvoit faire. Nous vous tiendrons compte de cette somme, et vous n'aurez qu'à prier monsieur l'ainbassadeur de vous faire donner l'argent dont vous aurez besoin ; j'aurai soin, de mon côté, de le rendre en ce pays-ci aux gens à qui il me mandera de le donner. On me conseille d'en user ainsi, à cause qu'il y auroit trop à perdre et sur le change et sur lesespèces. On croit tous les jours ici être à la veille d'un décri, et cela cause le plus grand désordre du monde, les marchands ne voulant presque rien \endre, ou vendant extrêmement cher. On dit i)ourlant que le décri pourroit

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