‹ Œuvres complètes de RacineChapitre 131 sur 249 · La Nativité de saint Jean-Baptiste, -24 juia · texte numérisé non relu

La Nativité de saint Jean-Baptiste, -24 juia

CORRHSPONDANCE. 221

oITïces. Comme il estime extrêmement monsieur rami)assadeur, il ajoutera une loi entière aux bons témoignages qu'il lui rendra de vous. Je lui ai lu votre dernière lettre, aussi bien qu'à monsieur le maréchal deNoailles. Ils ont été charmés et eiïrayés de la description que vous y faites du grand travail et de l'application continuelle de monsieur l'ambassadeur. Je lisois ou, pour mieux dire, je relisois ces jours passés, pour la centième fois, les é|)i 1res de Cicéronàsesamis. Je voudrois qu'à vos heures perdues vous en puissiez lire quelques-unes avec monsieur l'ambassadeur :jo suis assuré qu'elles seroient extrêmement de son goût, d'autant plus que, sans le flatter, je ne vois personne qui ait mieux attrapé f[ue lui ce genre d'écrire des lettres également propres à parler sérieusement et solidement des grandes affaires, et à badiner agréablement sur les petites choses. Croyez que, dans ce dernier genre, Voiture est beaucoup au-dessous de l'un et de l'autre. Lisez, par exemple, les épîlres ad Trrbntium, ad Mariium, ad Papyrium Pœtum, et d'autres que je vous marquerai quand vous voudrez. Lisez même celles de Cœlius à Cicéron : vous serez étonné d'y voir un homme aussi vif et aussi élégant que Cicéron même ; mais il faudroit pour cela que vous eussiez pu vous faïuiliariser ces lettres par la connoissance de l'histoire de ces tempslà, à quoi les Vies de Plutarque vous pourroient aider beaucoup. Je vous conseille de faire la dépense d'acheter l'édition de ces épitres par Grœvius, imprimées en Hollande, in-8°, depuis dix ou douze ans .' Cette lecture est excellente pour un homme qui veut écrire des lettres, soit d'affaires, soit de choses moins sérieuses.

1. Les épitres de Cicéron ad faimUai'es, avec les notes do Grajvius, ont été imprimées à Amsterdam en 1693, et font partie do la collection des Variorum.

J'irai domain coucher à Auteuil, et j'y attendrai le lendemain à souper votre mère avec sa famille, et avec celle de M. de Gastigny. Votre sœur est au lit à l'heure qu'il est, et a une fort grande migraine. La pauvre fille en est souvent attaquée, et n'est pas dix jours de suite sans s'en ressentir. Elle est renti-ée dans sa première ferveur pour la piété; mais je crains qu'elle ne pousse les choses trop loin : cela €st cause même de cette petite inégalité qui se trouve dans ses sentiments, les choses violentes n'étant pas de nature à durer longtemps. Le petit Lionval n'a pas manqué de gagner la petite vérole ; mais elle est si légère qu'il n'a pas même gardé le lit, et qu'il ne s'en lève tous les jours que plus matin. Comme il faisoit extrêmement chaud, on n'a pas pris de grandes précautions pour l'empêcher de prendre l'air, et il est déjà presque entièrement hors d'affaire.

Je ferai de petits reproches à M. Despréaux de ce qu'il n'a pas envoyé à monsieur l'ambassadeur sa dernière édition.'Vous jugez bien qu'il la lui envoyerafort vite, et vous n'avez qu'à me mander par quelle voie on la lui pourra faire tenir. Votre mère est très-édifiée de la modestie de votre habit ; mais nous ne vous prescrivons rien là-dessus, et c'est à vous de faire ce qui vous convient et ce qui est du goût de monsieur l'ambassadeur : surtout ne lui soyez point à charge, et mandez-nous à qui il faudra que nous donnions l'argent dont vous avez besoin. Quand je témoigne à tous mes amis les obligations que vous avez à

1. Il no parait pas que Boileau ait doniiù une édition complète do ses œuvres entre les éditions de 1694 et de 1701; mais, en 1797, il avait fait imprimer, par forme de supplément à l'édition de 169i, ses trois dernières épitres, avec une préface qui se trouve rapportée dans rédition de 1747.

M. (le Bonrepaux, je n'oublie pas de leur marquer celles que vous avez à M. (le Donac, et combien je vous trouve lieureux d'être en si bonne compagnie.

Smcriptioii : A Monsieur Monsieur Racine, gentiliioinme ordinaire du roi, à la Ha\e.

A Paris, le 21 juillet |1G98J.

Ce fut pour moi une apparition agréable de voir entrer M. de Bonac dans mon cabinet, jeudi dernier de grand matin; mais ma joie se changea bientôt en chagrin, quand je le vis résolu à ne point loger chez moi, et à refuser la petite chambre de mon cabinet, que ma femme et moi nous le priâmes très-instamment d'accepter. Nous recommençâmes nos instances le lendemain , et je le menaçai même de vous mander de loger à l'auberge de la Haye, et il étoit tout prêt de m'accorder le plaisir que je lui demandois; mais M. d'Usson interposa son autorité en nous disant que nous étions trop loin du quartier de -AI. de Torcy, qui est aussi le sien, et qu'il falloit que lui et monsieur son neveu fussent toujours ensemble, et sussent à point nommé quand M. de Torcy arriveroit à Paris, pour l'aller trouver toutes les fois qu'il y viendroit. Il a bien fallu me payer, malgré moi, de ces raisons, et vous pouvez vous assurer que ma femme en a été du moins aussi chagrine que moi. Vous savez conmie elle est reconnoissante, et comme elle a le cœur fait. Il n'y a chose au monde qu'elle ne fît pour marquer à M. de Bonrepaux le ressentiment qu'elle a de toutes les bontés qu'il a pour

vous. Elle est charmée, comme moi, de M. de Bonac et de toutes ses manières pleines d'honnêteté et de politesse. Elle sera au comble de sa joie si vous pouvez parvenir à lui ressembler, et si vous rapportez en ce pays-ci l'air et les manières qu'elle admire en lui. Il nous donne de grandes espérances sur votre sujet, et vous êtes fort heureux d'avoir en lui un ami si plein de bonne volonté pour vous. S'il ne nous flatte point, et si les témoignages qu'il vous rend sont bien sincères, nous aurons de grandes grâces à rendre au bon Dieu, et nous espérons que vous nous serez d'une grande consolation. 11 nous assure que vous aimez le travail, que vous ne vous dissipez point, et que la promenade et la lecture sont vos plus grands divertissements, et surtout la conversation de monsieur l'ambassadeur, que vous avez bien raison de préférer à tous les plaisirs du monde : du moins je l'ai toujours trouvée telle, et non-seulement moi, mais tout ce qu'il y a ici de personnes de meilleur esprit et de meilleur goût.

Je n'ai osé lui demander si vous pensiez un peu au bon Dieu , et j'ai eu peur que la réponse ne fût pas telle que je l'aurois souhaitée ; mais enfin je veux me flatter que, faisant votre possible pour devenir un parfaitement honnête homme , vous concevrez qu'on ne le peut être sans rendre à Dieu ce qu'on lui doit. Vous connoissez la religion, je puis dire même que vous la connoissez belle et noble comme elle est, et il n'est pas possible que vous ne l'aimiez. Pardonnez si je vous mets quelquefois sur ce chapitre : vous savez combien il me tient à cœur, et je vous puis assurer que plus je vais en avant, plus je trouve qu'il n'y a rien de si doux au monde que le repos de la conscience, et de regarder Dieu comme un père qui ne nous manquera pas dans tous nos besoins. M. Despréaux,

que vous aimez tant, est plus que jamais dans ces sentiments, surtout depuis (]u'il a l'ait son Amour de Dieu; et je vous puis assurer qu'il s'est très-bien persuadé luimême des vérités dont il a voulu persuader les autres. Vous trouvez quelquefois mes lettres trop courtes; mais je crains bien que vous ne trouviez celle-ci trop longue. Nous vous écrirons, ma l'ennne et moi, et peut-être M. Despréaux même, par M. de J3onac.

M. de Torcy m'a dit avec plaisir tous les témoignages avantageux que monsieur l'ambassadeur lui a rendus de vous, et il s'en souviendra en temps et lieu.

SuscrijHion : A Monsieur Monsieur Racine, gentilhomme ordinaire du roi, chez monsieur l'ambassadeur de France, à la Haye.

A Paris, le 24 juillet [1C98J.

.M. de Bonac vous dira plus de nouvelles que je ne vous en puis écrire, et même des nôtres, nous ayant fait l'honneur de nous voir souvent, et de dîner quelquefois avec la petite famille. 11 vous pourra dire qu'elle est fort gaie, à la réserve de votre sœur, qui fut fort triste le dernier jour qu'il dîna chez nous; mais elle étoit alors si accablée de sa migraine qu'elle se jeta dans son lit dès qu'il fut sorti, et y demeura jusqu'au lendemain sans boire ni manger. Je la plains fort d'y être si sujette; cela même est cause de toutes les irrésolutions où elle est sur l'état qu'elle doit embrasser. Je fais mon possible pour la réjouir ; mais nous menons une vie si retirée qu'elle ne peut VIII. 45

guère trouver de divertissements avec nous. Elle prétend qu'elle ne se soucie point de voir le monde, et elle n'a guère d'autre plaisir que dans la lecture, n'étant que fort peu sensible à tout le reste. Le temps de la profession de Nanette s'avance fort, et il n'y a plus que trois mois jusque-là. Nanette a grande impatience que ce temps-là arrive. Babet témoigne aussi une grande envie de demeurer à Variville. Votre cousin le mousquetaire, qui l'a été voir il y a trois jours, en revenant de Montdidier, l'a trouvée fort grande et fort jolie. On est toujours charmé d'elle dans cette maison; mais nous avons résolu de ne l'y plus laisser qu'un an , après quoi nous la reprendrons avec nous pour bien examiner sa vocation. Pour Fanchon , il lui tarde beaucoup qu'elle ne soit à Melun avec sa sœur Nanette, et [elle] ne parle d'autre chose. Sa petite sœur n'a pas les mêmes impatiences de nous quitter, et me paroit avoir beaucoup de goîit pour le monde." Elle raisonne sur toutes choses avec un esprit qui vous surprendroit , et est fort railleuse ; de quoi je lui fais souvent la guerre. Je prétends mettre votre petit frère, l'année qui vient, avec M. Rollin, à qui monsieur l'archevêque a confié les petits MM. de Noailles. M. Rollin a pris un logement au collège de Laon, près de Sainte-Geneviève, dans le pays latin. Il a jiris aussi quelques autres jeunes enfants. M. d'Ernoton, notre voisin, y vouloit mettre son petit-fils le chevalier, et on en étoit convenu de part et d'autre ; mais, quand ce vint au fait et au prendre, on a trouvé ce petit garçon trop éveillé pour le

1. Elle n'avait alors que dix ans, et elle a, dans l'âge do la raison, bien méprisé le monde. Elle ne vonkit ni so faire religieuse ni se marier, et est morte à cinqnante-cinq ans, après avoir toujours voeu dans la retraite et les œuvres de piété. (L. R.)

nicilre avec les autres; de quoi M. d'Eniotou a été fort offensé.

Il faut maintenant vous parler de vos amis. M. Félix le fils est tel que vous l'avez laissé, attendant sans aucune impatience qu'on le marie. Monsieur son ])ère lui veut domier la fille de M. de Montarsis, à qui on donne cinquante mille écus; mais M"" Félix s'y oppose tèle baissée, et pleure dès qu'on lui en parle. Elle a pris, je ne sais pourquoi, cette alliance en aversion, et cela jette un peu de froideur dans le ménage. Tous vos confrères les ordinaires du roi me demandent souvent de vos nouvelles, aussi bien que plusieurs officiers des gardes, entre autres M. Pétau, et tous ces messieurs me témoignent beaucoup d'amitié pour vous. M. de Saint-Gilles s'informe aussi très-souvent de votre santc 11 n'y a que M. Binet qui me paroît fort majestueux. Je ne sais si c'est par indifférence ou par timidité.

M. de Bonac vous pourra dire combien M. Despréaux lui témoigna d'amitié pour vous; mais il attend que vous lui écriviez le premier. Il est heureux comme un roi dans sa solitude, ou plutôt dans son hôtellerie d'Auteuil. Je l'appelle ainsi parce qu'il n'y a point de jour où il n'y ait quelque nouvel écot, et souvent deux ou trois qui ne se connoissent pas trop les uns les autres. Il est heureux de s'acconmioder ainsi de tout le monde. Pour moi, j'aurois cent fois vendu la maison.

Pour nouvelles académiques, je vous dirai que le pauvTe Boyer mourut a\ ant-hier, âgé de quatre-vingt-trois ou quatre [ans] , à ce qu'on dit. On prétend qu'il a fait plus de cinq cent mille vers en sa vie, et je le crois, parce qu'il ne faisoit autre chose. Si c'étoit la mode de brider les morts , comme parmi les Romains , on auroit pu lui

i£8 CORRESPONDANCE.

fairi' les mêmes funérailles qu'à ce Cassius Parmensis' à qui il ne fallut d'autre bûcher que ses propres ouvrages, dont on fit un fort beau feu. Le pau\re M. lîoyer est mort fort clnéùennement : sur quoi je vous dirai en passant que je dois réparation à la mémoire de la Champmeslé , qui mourut aussi avec d'assez bons sentiments , après avoir renoncé à la comédie, très-repentante de sa vie passée, mais surtout fort aflligée de mourir; du moins M. Despréaux me l'a dit ainsi, l'ayant appris du curé d'Auteuil, qui l'assista à la mort; car elle est morte à Auteuil, dans la maison d'un maître à danser, où elle étoit venue prendre l'air. Je crois que c'est monsieur l'abbé Genest* qui aura la place de .M. Ijoyer : il ne fait pas tant de vers que lui, mais il les fait beaucoup meilleurs.

Je ne crois pas que je fasse le voyage de Gompiègne, ayant vu assez de troupes et de campements en ma vie |)(>ur n'être pas tenté d'aller voir celui-là. Je me réserverai pour le voyage de Fontainebleau , et me reposerai cependant dans ma famille, où je me plais plus que je n'ai jamais fait. M. de Torcy me paroît très-plein de bonté pour vous, et je suis persuadé qu'il vous en donnera des marques. Dès que le temps sera venu de vous proposer pour quelque chose, M. de Noailles, M. de Beauvilliers uu'Mie, seront ravis de s'employer pour vous dans les occasions; et vous jugerez bien fine je ne négligerai point

t. C'est ce Cassius de Parme dont Horace a dit :

Capsis quem fama est esse librisquo

Amltustutn propriis.

(Sat. I, lib. I, T. 6 .)

Ce mi rliant poète avait été un des cssassins de César, et on dit qu'il fut

brûlé dans un l)ùclier formé de ses propres ouvrages, par ordre de Quinti-

lius Varus, envoyé par Auguste pour se saisir de sa personne. (Éilil. 1807.)

2. n avait déjà donné au tliéàtrc plusieurs pièces, et entre autres Pénélope.

ces occasions lorsqu'elles arriveront, n'y ayant plus rien qui me retienne à la cour que la pensée de vous mettre en état de n'y avoir plus besoin de moi. Votre mère, qui a vu la lettre que votre sœur vous écrit , dit qu'elle vous y parle des affaires de votre conscience; vous pouvez compter qu'elle l'a l'ait de son chef, et plutôt pour vous faire apparemmeni la guerre que iiour autre chose.

M. de Bonac a bien voulu se charger de trente louis neufs, valant /i'20 livres, que nous l'avons prié de vous diiiHier. Je voulois en donner quarante, sur la grande idée qu'il nous a donnée de votre bomie économie; mais votre mère a modéré la somme, et a cru que c'étoit assez de trente. Nous avons résolu de donner Zi,000 francs k votre soeur Nanctte, avec une pension viagère de 200 francs. Elle n'en sait encore rien, ni son couvent non plus : mais monsieur l'archevêque de Sens, à qui j'en ai fait confidence, m'a dit que cela étoit magnifique, et m'a répondu que l'on seroit très-content de moi; il s'opposeroil même, si je donnois davantage.

Ma santé est assez bonne . Dieu merci , et les grandes chaleurs m'ont entièrement ôté mon rhume; mais ces mêmes chaleurs m'ont souvent jeté dans de fort grands abattements, et je sens bien que le temps approche où il faut un peu songer à la retraite ; mais je vous ai tant prêché dans ma dernière lettre, que je crains de recommencer dans celle-ci. Vous trouverez donc bon que je la finisse en vous assurant que je suis très-content de vous. Si j'ai quelque chose à vous recommander pai'ticulièrement, c'est de faire tout de votre mieux pour vous rendre agréable à monsieur l'ambassadeur, et pour contribuera sa consolation dans les moments où il est accablé de travail. Je mettrai sur mon compte toutes les complaisances que

VOUS aurez pour lui, et je vous exhorte à avoir pour lui le même attachement que vous auriez pour moi, avec cette différence qu'il y a mille fois plus à profiter et à apprendre avec lui qu'avec moi.

J'ai reconnu en vous une qualité que j'estime fort : c'est que vous entendez très-bien raillerie quand d'autres que moi vous font la guerre sur vos petits défauts. Mais ce n'est pas assez de souffrk en galant homme les petites plaisanteries qu'on vous peut faire, il faut les mettre à profit. Si j'osois vous citer mon exemple , je vous dirois qu'une des choses qui m'a fait le plus de bien, c'est d'avoir passé ma jeunesse dans une société de gens qui se disoient assez volontiers leurs vérités, et qui ne s'épargnoient guère les uns les autres sur leurs défauts; et j'avois assez de soin de me corriger de ceux qu'on trouvoit en moi, qui étoient en fort grand nombre, et qui auroient pu me rendre assez difficile pour le commerce du inonde.

Adieu, mon cher fils. Écrivez-moi toujours le plus souvent que vous pourrez. J'oubliois à vous dire que j'appréhende que vous ne soyez un trop gi-and acheteur de livres. Outre que la multitude ne sert qu'à dissiper et à faire voltiger de connoissances en connoissances, souvent assez inutiles, vous prendriez même l'habitude de vous laisser tenter de tout ce que vous trouveriez. Je me souviens toujours d'un passage des Offices de Cicéron,que M. Nicole me citoit souvent pour me détourner de la fantaisie d'acheter des livres : .Ton esse emacem vecîigal esl. « C'est un grand revenu que de n'aimer point à acheter. » Mais le mot d'cmacem est très-beau et a un grand sens.

Votre tante de Port-Royal prie bien Dieu pour vous, et esl fort aise de savoii" que vous aimez à vous occuper.

COHRESPONDANCi!:. ï:i1

Elle m'a dit tle vous l'aire ses compliments. Assurez de mes respects monsieur le comte d'Auvergne, et ne lui laissez pas ignorer la reconnoissance ([uc j'ai de toutes les bontés qu'il a pour vous et pour moi.

Je m'imagine que vous ouvrirez de l'orts grands yeux (|uaiid vous verrez pour la première fois...* Je sais combien les grands hommes excitent \otre attention et votre curiosité. Je m'attends que vous me rendrez bon compte de ce que vous aurez vu.

Lo 27 juillet.

Depuis cette lettre écrite, j'en ai reçu une de vous, où vous me mandez l'accident qui vous est arrivé. Vous avez beaucoup à remercier Dieu d'en être échap|ié à si bon marché; mais en même temps cet accident vous doit faire souvenir de deux choses : l'une, d'être plus circonspect que vous n'êtes, d'autant plus qu'ayant la vue basse, vous êtes obligé plus qu'un autre à ne rien faire avec précipitation; et l'autre, qu'il faut être toujours en état de n'être point surpris parmi tous les accidents qui nous peuvent arriver quand nous y pensons le moins.

Pour votre habit, je suis fâché qu'il soit fait, et l'on vous envoie une veste qui auroii pu vous faire honneur; mais elle ne sera pas perdue. Vous ne demandiez que 200 francs , en quoi je loue votre retenue ; M. de Bonac vous en porte plus de /|()t). (luand vous en aurez besoin, j'aurai recours à M. de Montarsis, avec qui il n'y aura pas tant à perdre qu'avec le banquier dont vous parlez.

Vous avez bien de l'obligation à M. de Bonac de tout le bien qu'il a dit ici de vous. 11 n'auroit pas plus d'ami-

1. Louis Racine supplée ici : u le roi d'Angleterre »; et c'est Uc Guillaume lit qu'il s'agit en clTet.

lié pour son propre frère qu'il ne paroît en avoir pour vous. Je ne doute pas que vous ne lui rendiez la pareille. Votre mère vient de Saint-Sulpice, où elle a rendu le pain bénit. Si vous n'étiez pas si loin, elle vous auroit envoyé de la brioche; mais M. de Bonacen mangera pour vous.

A Paris, le l" août [1698].

Je vous écris seulement quatre lignes, à l'occasion d'un des courriers de M. de Bonrepaux, qui part aujourd'hui. La dernière lettre que vous avez reçue de moi étoit si longue que vous ne trouverez pas mauvais que celle-ci soit fort courte. J'ai été bien aise d'apprendre que l'entrée de monsieur l'ambassadeur étoit reculée ainsi : vous aurez le temps de vous parer de la veste que votre mère vous a envoyée. Il ne s'est rien passé de nouveau depuis le départ de M. de Bonac, que la querelle que monsieur le grand prieur' a voulu avoir avec monsieur le prince de Gonti- à Meudon. Monsieur le grand prieur s'est tenu offensé de quelques paroles très-peu offensantes que monsieur le prince de Conti avoit dites; et le lendemain, sans qu'il fût question de [rien], il le vint aborder dans la cour de Meudon, le chapeau sur la tête et enfoncé jusqu'aux yeux, et lui parla comme s'il vouloit tirer raison de lui

1. Philippe de Vendôme, grand prieur de France, arrière-pelit-fils de Henri IV et de Galirielle d'Kstrées, né le '23 août Itijâ, mort le 'H janvier 17^7. 11 fut le protecteur, ou, pour mieux dire, l'ami de Cliaulieu, de J.-B. Rousseau, de Campistron, de Palaprat, etc.

2. François-Louis, prince de Conti, 6lu roi de Pologne en 1097, n prince, dit l'auteur du Siècle dt Louis Xl\\ dont la mémoire a été longtemps chère à la France, ressemblant, au grand Condé par l'esprit et le courage, et toujours anime du désir de plaire : qualité qui manqua quelquefois au grand Condc. » Il mourut en 1709.

(les paroles (|u'il lui ;iMiil dites. Monsieur le prince de Conti le fit souvenir du respect qu'il lui ilevoit; monsieur le grand prieur lui ré|)ondit qu'il ne lui eu devoil point. Monsieur le prince de Conti lui parla avec toute la hauteur, et en même temps avec toute la sagesse dont il est capable. Comme il y avoii là beaucoup de gens, cela n'eut point alors d'autre suite; mais Monseigneur,' qui sut la chose un moment après, et qui se sentit fort irrité contre monsieur le grand prieur, envoya monsieur le marquis de Gèvres pour en donner avis au roi ; et le roi sur-lechamp envoya chercher M. de Pontchartrain,à qui il doima ses ordres pour envoyer monsieur le grand prieur à la Bastille. Cette nouvelle a fait un fort grand bruit; et je ne doute pas (jue monsieur l'ambassadeur, à qui on l'ama mandée plus au long, ne vous en apprenne plus de particularités. Tout le monde loue monsieur le prince de Conti, et plaint M. de Vendôme, qui sera vraisemblablement très-adligé de cette aventure.

Votre mère et toute la petite famille vous fait ses compliments. Votre sœur demande conseil à tous ses directeurs sur le paiti qu'elle doit prendre, ou du monde, ou de la religion; mais vous jugez bien que, quand on demande de semblables conseils, c'est qu'on est déjà déterminée. Nous cherchons très-sérieusement, votre mère et moi, à la bien établir; mais cela ne se trouve pas du jour au lendemain. A cela près , elle ne nous fait aucune peine, et elle se conduit avec nous avec beaucoup de douceur et de modestie. Adieu, mon cher fils. Je n'ai autre chose à vous recommander, sinon de continuer à faire comme on m'assure que vous faites.

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