‹ Œuvres complètes de RacineChapitre 134 sur 249 · M'"" Hacine écrit: Villiard · texte numérisé non relu

M'"" Hacine écrit: Villiard

(Commencée par M""" Racine.)

Je VOUS écris, mon cher fils, auprès de votre père, qui le vouloit faire lui-même : je l'en ai empêché, ayant un remède dans le corps, et ayant été fort fatigué hier de l'émétique qu'on lui fit prendre, lequel a eu tout le succès qu'on en pouvoit espérer, en telle sorte que les médecins disent qu'il n'y a plus qu'à .se tenir en repos, n'ayant plus rien à craindre dans la maladie, qui est à son retour, n'ayant presque plus de fièvre. Je vous manderai une autre fois le détail de la maladie de votre père. Fiez-vous à moi. N'ayez point d'inquiétude. Toute la crainte qu'a votre père, c'est que l'inquiétude ne nous fasse prendre quelque parti précipité qui vous détourneroit de vos occupations, et ne lui seroit d'aucun soulagement. Votre père espère de vous écrire lui-même vendi-edi, et à monsieur l'ambassadeur, duquel il s'ennuie de ne point recevoir de nouvelles. On conseille fort à votre [père] de prendre ici des eaux de Saint-Amand, en attendant le printemps, qu'il ira sur les lieux avec M. Félix. Je l'y accompagnerois, et ce seroit une joie parfaite, si le temps d'y venir de monsieur l'ambassadeur se trouvoit avec le nôtre, croyant bien que monsieur l'ambassadeur vous y amèneroit. Les médecins qui voient votre père disent qu'il court beaucoup de ces coliques comme les siennes. M. Finol' prétond fort bien

i. Si l'on en croit une satire du temps, intitult'e : Le maréchal de Luxembourg au lit de ta mort, ce Finot passait pour un des médecins les plus ignorants de Paris. {Êdit. de 1807.)

connoître le fempérament de monsieur l'ambassadeur, el dit qu'autant qu'il a nud fait d'aller à Aix-la-Chapelle, autant il est absolument nécessaire qu'il vienne, dès le premier beau temps, à Saint-Amand, et il se prépare à écrire là-dessus à M. Fagon.

(Racine continue.)

J'embrasse de tout mon cœur monsieur l'ambassadeur. Quoiqu'il ne soit nullement nécessaire que vous me veniez voir, si néanmoins monsieur l'ambassadeur avoit, dans cette occasion, quelque dépèche un peu importante à faire porter au roi, il se pourroit faire que monsieur l'ambassadeur lourueioii la chose d'une telle manière rpie Sa Majesté ne trouvcroit pas hors de raison qu'il vous en eût chargé. Dites-lui seulement ce que je vous mande, et laissez-le faire. Adieu, mon cher fds. J'ai bien songé à \ous, et suis fort aise que nous soyons encore en éUil de nous voir, s'il plaît à Dieu.

( M"" Racinp i eprond. )

Ne vous étonnez pas si l'écriture de votre père n'est pas bonne : c'est qu'il est tout couché au fond de son lit; du reste, il vous écriroit à l'ordinaire. Adieu, mon fils. Je vous embrasse, et suis toute à vous.

Ce 0 octiil)ro, jour de Saint-Bruno, votre ancien patron.'

Su^criplion de lu nutiii de M"" lîueine : A Monsieur Monsieur Racine, gentilhonnne ordinaire du roi, chez monsieur l'ambassadeur de France, à lu Haye.

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