Lo jeune Racine avait songé à se faire chartreux
2i8 CORRESPONDANCE.
(Commencée par M'"' Racine.)
Ce 13 octobre [IC98].
Votre père et moi sommes en peine de l'état fie votre santé et de celle de monsieur l'ambassadeur, [y] ayant quinze jours que nous n'avons reçu de vos nouvelles. Votre père croit que vous avez été à Amsterdam, et que c'est la cause qu'il n'a point reçu de vos lettres. J'espère en rece- \oir ce soir, qui est le jour d'ordinaire que nous les recevons. Votre père croit quelquefois que vous avez pris le parti de venir faire un tour ici : quoiqu'il auroit bien de la joie de vous voir, il seroit fâché que vous eussiez pris cette l'ésolution sur les lettres que je vous ai écrites .sur sa maladie, puisque, Dieu merci, les médecins la croient entièrement sans péril, mais qu'elle pourra tirer en longueur, car votre père conserve toujours une petite fièvre, et il paroît un petit redoublement les après-midi. Sa douleur de côté est beaucoup diminuée. Nous avons passé hier une partie de l'après-dinée sur la terrasse, à nous promener; c'est pour vous marquer la meilleure disposition de votre père. Pour le voyage de Fontainebleau, il ne faut pas espérer que votre père puisse y aller. Ses meubles y sont. Nous avons seulement fait revenir le coffre qui y étoit. 11 y a la profession de votre sœur qui nous embarrasse; mais il faudra bien qu'elle souffre avec patience d'être retardée. Vos sœurs vous font mille amitiés. Je vous prie de témoigner à monsieur l'ambassadeur la peine où nous sommes de ne point recevoir de ses nouvelles, en l'assurant de ma reconnoissance de toutes les bontés qu'il
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a pour vous. Faite mes compliments à M. de Bonac, et me croyez, mon lils, toute ;ï vous.
( Hacino contimic.j
Je me porte beaucoup mieux, Dieu merci. J'espère vous écrire, par le premier ordinaire, une longue lettre, qui vous dédommagera de toutes celles que je ne vous ai point écrites. Je suis fort surpris de votre long silence et de celui de monsieur l'ambassadeur; peu s'en l'ant que je ne vous croie tous plus malades que je ne l'ai été. Adieu, mon cher (ils; je suis tout à vous.
Sitsrription de lu main de J/""" Bacine : A AFonsieur Monsieur Racine, gentilhomme ordinaire du roi, chez monsieur l'ambassadeur de France, à La Haye.
A Paris, le 21 octobre [IC'.IS].
Enfin, mon cher fils, je suis. Dieu merci, absolument sans fièvre depuis cinq ou six jours. On m'a di-jà purgé une fois, et je m'en suis bien trouvé, et j'espère que je n'ai plus qu'une médecine à essuyer. J'ai pourtant la tète encore bien foible; la saison n'est pas fort propre pour les convalescents, et ils ont d'ordinaire beaucoup de peine en ces temps-ci à se rétablir. Ma maladie a été considérable; mais vous pouvez compter néanmoins que je ne vous ai point trompé, et que lorsque je vous ai mandé qu'elle étoit sans péril, c'est que, dans ces temps-là, on m'assuroit qu'elle l'étoit en elTet. Je suis fort aise que vous n'ayez point fait de voyage en ce pays-ci; il auroit été fort inutile, vous auroit coiité beaucoup, et vous auroit détourné
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du train où vous êtes de vous occuper sous les yeux de monsieur l'ambassadeur. Je souhaiterois de bon cœur que Basante fût aussitôt rétablie que la mienne. J'espère toujours que nous pourrons nous trouver, lui et moi, à Saint- Amand le printemps prochain; car on a en tête que ces eaux-là me seront très-bonnes, aussi bien qu'à lui. M. de Cavoye s'en est trouvé à merveille, et on me mande qu'il ne s'est jamais porté si bien qu'il fail, et qu'il a repris, non-seulement toute sa santé, mais même toute sa gaieté. Il se conduit pourtant avec une fort grande sagesse, fait sa court fort sobrement, et ne mange presque jamais hors de chez lui.
La profession de votre sœur Manette a été retardée, de quoi elle a été fort affligée. Elle a mieux aimé pourtant retarder, et que je fusse en état d'y assister. Je lui ai mandé que ce seroit pour la première semaine du mois de novembre, c'est-à-dire immédiatement après la Toussaint. Je serai si près de Fontainebleau que d'autres que moi seroient peut-être tentés d'y aller; mais j'assisterai seulement à la profession de votre sœur, et reviendrai dès le lendemain coucher à Paris.
Votre mère est en bonne santé, Dieu merci, quoiqu'elle ait pris bien de la peine après moi pendant ma maladie. Il n'y eut jamais de garde si vigilante ni si adroite, avec cette différence que tout ce qu'elle faisoit jjarioit du fond du cœur, et faisoit toute ma consolation. C'en est une fort grande pour moi que vous connoissiez tout le mérite d'une si bonne mère; et je suis persuadé que, quand je n'y serai plus, elle retrouvera en vous toute l'amitié et toute la reconuoissance qu'elle trouve maintenant en moi. M. de Valiucour et monsieur l'abbé Renaudot m'ont tenu la meilleure compagnie du monde; je vous les nomme entre
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autres, parce qu'ils n'ont presque bougé de ma rlianibre. M. Despréaux ne m'a point abandonné dans les grands périls; mais quand l'occasion a été moins vive, il a élé bien vite retrouver son cher Auteuil, et j'ai trouvé cela très-raisonnable, n'étant pas juste qu'il perdît la belle saison autour d'un convalescent qui n'avoit [pas] même la voi\ assez jbrie |)our l'entretenir longtemps. Du reste, il n'y a pas un meilleur ami ni un meilleur homme au monde. Faites mille conqiliments pour moi à moiisieur l'ambassadeur et à M. de Bonac. Je leur suis bien obligé de l'intérêt ([u'ils ont pris à ma maladie. Je suis aussi fort touché de toutes les inquiétudes qu'elle vous a causées; et cela ne contribue pas peu à augmenter la tendresse que j'ai eue pour vous toute ma vie. Je vous manderai une autre fois des nouvelles.
Siisrripli'oii : A Monsieur Monsieur Racine, gentilhomme ordinaire du roi, chez monsieur l'ambassadeur de France, à la Haye.