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A Paris, le dernier octolire [1098].
Vous pouvez vous assurer, mon cher lils, que ma santé est. Dieu merci, en train de se rétablir entièrement. J'ai été purgé avant-hier pour la dernière fois, et mes médecins ont pris congé de moi, en me recommandant néanmoins une très-grande diète pendant quelque temps, et beaucoup de règle dans mes repas pour toute ma vie, ce qui ne me sera pas fort difficile à observer : je ne crains seulement que les tables de la cour; mais je suis trop heureux d'avoir un prétexte d'éviter les grands repas, auxquels aussi bien je ne prends pas un fort grand plaisir
Su2 CORRESPONDANCE.
depuis quelque temps. J'ai résolu même d'être à Paris le plus souvent que je pourrai, non-seulement pour y avoir soin de ma santé, mais pour n'être point dans cette horrible dissipation où l'on ne peut éviter d'être à la cour. Nous partirons mardi rpii \ient ' pour Melun, votre mère, votre sœur aînée, et moi, pour la profession de ma chère fdle Nanette, que je ne veux pas faire languir davantage. ^ous ne menons ni les deux petites ni Lionval. Les chemins sont horribles à cause des pluies continuelles. Je prendrai même des chevaux de louage qui me mèneront jusqu'à Essonne, où je trouverai mes chevaux qui me mèneront de là jusqu'à Melun. Monsieur l'arclievêque de Sens veut absolument faire la cérémonie. J'aurois bien autant aimé qu'il eût donné cette commission au bon M. Chapelier : cela nous auroit épargné bien de l'embarras et de la dépense. Monsieur l'abbé Boileau-Bontemps a voulu aussi, malgré toutes mes instances, y venir prêcher, et cela avec toute l'amitié et l'honnêteté possibles. Nous ne serons que trois jours à Melun. La cérémonie se fera apparemment le jeudi, et nous en repartirons le vendredi.
Nous allâmes l'autre jour prendre l'air à Auteuil, et nous y dînâmes avec toute la petite famille, que M. Despiéaiix régala le mieux du monde ; ensuite il mena Lionval et Madelon dans le bois de Boulogne, badinant avec eux, et disant qu'il vouloit les mener perdre. 11 n'entendoit pas un mot de ce que ces pauvres enfants lui disoient. Enfin la compagnie l'alla rejoindre, et cette compagnie c'étoit ma femme avec sa fdle, M. et M"^ de Frescheville, qui avoient aussi dîné avec nous. La mère se trouvoit fort incommodée; ce sont les meilleures gens du monde.