Le 4 novembre
J'avois été à Auleuil par ordonnance des médecins; j'y serois retourné plus d'une fois si le temps eût été plus supportable. M. llessein vouloit aussi y venir. Il prétend que toutes ses vapeurs lui sont revenues plus fortes que jamais, et qu'elles n'avoient été que suspendues par les eaux de Saint-Ainand. L'air de Paris surtout lui est mortel, à ce qu'il dit; en quoi il est bien dillérent de moi, et il ne respire que quand il en est dehors. Il a un procès assez bizarre contre un conseiller de la cour des aides, dont les chevaux, ayant pris le frein aux dents, vinrent donner tête baissée dans le carrosse de M'"" Hessein, qui marchoit fort paisiblement sans s'attendre à un tel accident. Le choc fut si violent, que le timon du conseiller entra dans le poitrail d'un des chevaux de M. Hessein, et le perça de part en part, en telle sorte que tous ses boyaux sortirent sur-le-champ, et que le pauvre cheval mourut au bout d'une heure. M. Hessein a fait assigner le conseiller, et ne doute pas qu'il ne le fasse condamner à payer son cheval. Faites part de cette aventure à monsieur l'ambassadeur, et dites-lui qu'il se garde bien d'en plaisanter avec M. Hessein ; car il prend la chose fort tragiquement.
J'ai été fort touché de la mort du pauvre M. Bort ; ' je connoissois son mérite de réputation : il suffit de dire qu'il avoit été dressé par monsieur l'ambassadeur.
Votre mère et toute la famille vous saluent. M. de Cavoye a fait rétablir votre cousin chez M. de Barbezieux.
Susiription : A Monsieur Monsieur Racine, gentilhomme ordinaire du roi, chez S. E. monsieur l'ambassadeur de France, à la Haye.