‹ Œuvres complètes de RacineChapitre 138 sur 249 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

A Paris, le 10 novembre (1C98).

Nous revînmes de Melun vendredi dernier, et j'en suis revenu fort fatigué. J'avols cru que l'air me fortifieroit ; mais je crois que l'ébranlement du carrosse m'a beaucoup incommodé. Je ne laisse pourtant pas d'aller et de venir, et les médecins m'assurent que tout ira bien, pour\u que je sois exact à la diète qu'ils m'ont ordonnée; et je l'observe avec une attention incroyable. Je voudrois avoir le temps de vous rendre compte du détail de la profession de votre sœur; ' mais, sans la flatter, vous pouvez compter que c'est un ange. Son esprit et son jugement sont extrêmement formés; elle a une mémoire prodigieuse, et aime passionnément les bons livres. Mais ce qui est de plus charmant en elle, c'est une douceur et une égalité d'esprit merveilleuses. Votre mère et votre sœur ainée ont extrêmement pleuré, et pour moi je n'ai cessé de sangloter, et je crois même que cela n'a pas peu contribué k déranger ma foible santé. Nous n'avions point mené ni les petites ni Lionval à cause des mauvais chemins. Votre sœur aînée est revenue avec des agitations incroyables, portant grande envie à la joie et au bonheur de sa sœur, et déplorant son propre malheur de ce qu'elle n'a pas la force de l'iiniler.

Je suis bien fâché que mon voyage m'ait privé jus-

1. Anne Racine n'avait pas encore dix-liuit ans quand elle fit profession; mais alors l'Age requis par les ordonnances n'était que de seize ans.

CORRIÎSPONDANCE. .v.âSS

qu'ici (lu [ilaisir do voir M. de lîonac; mais je i'allcnds tous les jours. Tout ce que je vous puis dire par avance, c'est que vous lui avez des obligations incroyables. Madame la comtesse de Gramont m'a dit qu'il lui avoit dit mille biens de vous, et qu'il ne tarissoit point s.ur ce chapitre, (l'est à vous de répondre à des témoignages si avantageux, et de justifier le bon goût de M. de Bonac, qui est lui-même ici dans une approbation générale. Madame la comtesse est charmée de lui. Je ne vous écris pas davantage; je serai plus long quand j'aurai entretenu M. de Bonac.

J'enverrai cette après-dînée chez M, Marguery.' Ne vous chagrinez point contre moi si je ne l'ai pas fait plus tôt. En vériié je n'étois pas en état de songer à mes affaires les plus pressées. Votre mère et toute la famille vous embrasse. Votre sœur Nanette, présentement la mère de Sainte-Scholastique, vous embrasse aussi de tout son cœur. C'est à pareil jour que demain que vous fûtes baptisé, et que vous fîtes un serment solennel à Jésus- Christ de le servir de tout voire cœur.

Siisiriptioii : A Monsieur Monsieur Bacine , gentilhomme ordinaire du roi, chez S. E. monsieur l'ambassadeur de France, à la Haye.

A Paiis, le il novembre [109XJ.

Je crois qu'il n'est pas besoin que j'écrive à monsieur l'ambassadeur, pour lui témoigner l'extrême plaisir que je

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