Voyez la première note de la lettre précédente
de matière, l'absence de tous mes amis et la solitude où je suis en ont été cause. Je ne me suis rien trouvé à vous mander sur VHisloire en question. Il me semble qu'on n'en parle plus, et la seconde partie, qui ne paroît point, nous justifie assez. Ce que vous m'avez mandé de M. C. pourroit bien être vrai, et il seroit homme à ne l'avoir point lue et l'avoir fait imprimer; car il en mouroit d'envie, et il est lié d'ailleurs avec tous les colporteurs jan^^sénistes]. J'ai été sur le point de lui écrire là-dessus; mais réflexions faites, j'ai cru qu'il valoit mieux garder le silence. A l'égard de ce que vous me mandez, c'est une cliose qui mérite réflexion. C'est à vous d'abord à faire les vôtres sur la suite qu'on veut ajouter aux œuvres de mon père , et ce n'est pas à moi à vous rien dire là-dessus. Laissons faire les libraires : ce n'est que leur intérêt qui les mène. Pour moi, je ne suis pas d'humeur à y contribuer en quoi que ce soit : je les connois trop bien. Quand on me donnera un privilège pour les œuvres de mon père, et qu'on aimera mieux me le donner qu'à ces misérables-là, à qui 11 n'appartient en aucune façon, alors je m'y emploirai de toutes mes forces pour donner au public une édition digne de lui, dont sa Vie feroit une partie. Je pourrois même l'augmenter de quantités d'autres choses, qui feroient plus de plaisir au lecteur que toutes ces dissertations, jugements, réflexions critiques, etc , dont il n'a que faire, non plus que des satires qui peuvent avoir été faites contre lui, et dont l'impertinent libraire est toujours charmé, parce qu'elles grossissent son volume. Je me bornerois à donner simplement ce qu'il a donné {11 n'a pas besoin de compagnie), et à donner un texte bien correct où il n'y eiit pas un mot qui ne fût de lui. Pour ce qui regarde la Vie, je serois plus en état qu'un autre de la donner, et elle est même bien ébauchée; mais je veux y dire la vérité, et faire connoltre surtout l'infidèle ami qu'il a eu dans Valincour, qui après avoir rampé toute sa vie auprès de lui, comme auprès d'un homme à qui il devoit tout, s'est avisé de faire le seigneur après sa mort, et de se donner comme un homme à qui mon père en un besoin faisoit sa cour, et pour confident de toutes ces impertinences va clioisir un abbé d'Olivet, qui n'a cherché qu'à m'attraper, et pour lequel je me ferai toujours honneur de déclarer mon profond mépris. Il n'y a pas un
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mot de vrai dans ce (|uc vous me mandez de l'exclamation de mon père sur la douleur. Jamais homme ne l'a plus crainte, et même soufferte plus iiiipaticinnient, ot jamais homme ne l'a reçue de la main de Dii'ii avec plus de soumission : si bien que quelques jours avant sa mort il me dit ces belles paroles sur ce que je lui disois que tous les méilecins esp«'!roient de le tirer d'affaire : « Ils diront ce qu'ils voudront, laissons-les dire. Mais vous, mon fils, voulez-vous nie tromper, et vous entendez-vous avec eux? Dieu est le maître; mais je puis vous assurer que s'il me donnoit le choix ou de la vie ou de la mort, je ne sais ce que je choisirois. Les frais en sont faits. » Ce furent ses propres paroles. Ju|ïez si c'est là le langage d'un homme qui succombe à la douleur. Aussi M. Dospréaux ne pouvoit se lasser d'admirer l'intrépidité chrétienne avec laquelle il étoit mort, et le dit même au Roi, qui lui dit : « Je le sais, et cela m'a étonné, car je me souviens qu'au siège de Gand vous étiez le brave des deux. » Je vous mande tout ceci pour vous faire voir que j'en sais autant qu'un autre; mais je me garderai bien de rien donner que je ne puisse dire la vérité, et surtout bien instruire la postérité du respect ou pour mieux dire de la passion qu'il avoit pour M. Arnauld, dont j'ai plusieurs lettres où il le traite de son « cher ami ». Vous voyez bien que je ne pourrois rien dire de tout cela sans parler de A'alincour comme du plus grand misérable ' et du plus fat personnage qu'il y ait eu au monde ; car pour l'abbé d'Olivet, ce seroit lui faire trop d'honneur que de le nommer. Voilà mes sentiments, ot je n'ain-ois envie de parler de mon père que pour instruire le public de la piété dans laquelle il est mort et nous a tous élevés. Pour ses ouvrages, leur procès est fait : le public
1. Valiiicour, dans sa lettr.', sur Jean Racine, adressée à Va.hh6 d'Olivet et insérée par celui-ci dans son Histoire de l'Académie française, avait dit : u 11 lui perça tout à coup à la région du foie une espèce de petit abcès... Un matin, étant entré dans son cabinet pour prendre son thé selon sa coutume, et s'apercevant que cet abcès éioit séché et refermé, il fut frappé d"ofrroi et s'écria qu'il étoit un homme mort. Il descendit dans sa chambre, et se mit au lit, d'où en effet il n'est pas relevé depuis. On reconnut bientôt que c'ctoit un abcès formé dans le foie. Ses douleurs devinrent si cruelles qu'une fois il demanda s'il ne seroit pas permis do les faire cesser en terminant sa maladie et sa vie par quelque remède. »
ne demande qu'à les lire, et n'en demande pas d'autre histoire; et ce n'est pas à nous à être les critiques et les juges de notre père. Adieu : j'ai envoj'é à ma sœur de Variville sa petite pension, et elle me mande que voire fille est en bonne santé. J'ai, comme vous savez, votre argent. iV" de Romanet est ici, bien occupée de son fils. Je vois que vous êtes eH grand commerce ensemble. Je le suis de même avec M. A., qui m'a mandé tout le détail de sa troupe. Mes compliments à toute la famille. Vous ne me dites rien de notre locataire. N'oubliez pas de lui faire faire un commandement, si elle continue à ne rien donner.
Suscriptioîi : A Monsieur Monsieur Racine, directeur des fermes du Roi, à Soissous.