DE JEAN-B.\I'TISTE RACINE A LOUIS RACINE
Ce 29 juin [1741].
Je passai avant-hier au soir chez M. de Saint, qui me montra la lettre que vous lui avez écrite, et me conta tout ce qui s'étoit passé au sujet de votre privilège. Comme la chose devient sérieuse, je vous conseille aussi d'y penser sérieusement, et de bien examiner si vous croyez l'ouvrage en état de paroitre; car il ne sera plus temps de vouloir y revenir, quand une fois il sera lâché; car vous devez vous attendre à quantité de critiques que vous attireront la mauvaise humeur et l'envie, et surtout le nom que vous portez. De Saint m'a dit que vous souhaitiez (|u'il le donnât à examiner à MM. Coffln et Crevier, et que, comme il s'étoit dessaisi actuellement de votre manuscrit, il étoit bon que je lui prêtasse le vôtre. Je lui ai répondu que je ne le pouvois pas sans votre consentement, et que, me l'ayant confié, il ne sortiroit point de chez moi sans votre ordre : ainsi vous me ferez savoir