‹ Œuvres complètes de RacineChapitre 173 sur 249 · I. Voyez la note I do la lettre .X-WIII · texte numérisé non relu

I. Voyez la note I do la lettre .X-WIII

là-dessus vos intentions. Je crois M. GolTiii et M. Crovior de fort habiles gens ; mais leur croyez-vous l'oreille assez françoise pour juger d'un pareil ouvrage? et je doute que M. RoUin, avec toute son érudition, ail jamais senti l'harmonie d'un vers; mais il pourroit vous donner d'excellents avis sur le plan et la méthode de l'ouvrage, possédant comme il t'ait toute l'économie et les preuves de notre religion.

J'aurois bien des choses à vous dire, mais qui passerolent les bornes d'une lettre; et d'ailleurs je ne me crois pas un assez habile homme pour croire que vous devez vous embarrasser de mes critiiiues. Je ne puis cependant vous dissimuler que ce qui a le plus charmé Rousseau est ce qui m'a charmé le moins. C'est le parallèle de la morale des poètes avec celle de V Évangile : ce ne sont que des contons décousus, sans suite ni sans liaison ; vous êtes aisé à désarmer, si vous vous rendez à si peu de chose. Et, malheureusement, |)ar où finissent-ils? Par la pensée du monde la plus épicurienne :

Je l'attends, cetto mort, sans crainte ni dt'sir;

et tout chrétien au contraire doit et la désirer et la craindre. Les poètes, en vérité, ne sont point des auteurs assez graves pour être de quelque autorité dans une pareille occasion; etTibuUe, Ovide, Martial, etc., ne peuvent y jouer qu'un rôle bien extraordinaire. Cela jette un air de badinerie sur tout votre ouvrage, qui peut faire douter que vous parliez sérieusement; et vos ennemis ne manqueront pas de plaisanter là-dessus. Prenez-y bien garde, et je ne vous parle point en l'air. Abandonnez vos poètes et cherchez quelque chose de plus solide. S'il y a quelque chose qu'on puisse comparer à la morale de VEvangile, c'est sans contredit les Offices de Cicéron, qui, à l'amour de Dieu et la pénitence près, suffiroient presque pour faire un bon chrétien; et il me semble qu'en fait de morale ils sont bien d'un autre poids que les poètes, que d'ailleurs, dans le commencement de votre ouvrage, vous accusez, et avec grande raison, d'avoir été les premiers auteurs des fables et du mensonge :

Pères des fictions , les poiitcs menteurs.

Voilà ci'L'transres casuistes. A propos de cela, pourquoi dans le même endroit dites-vous :

Eussions-nous pu...,

Hardis fabricateurs de mensonges utiles?

Que veut dire cette première personne î car vous n'étiez point dans ce temps-là. Naturellement vous devriez dire : Auroienl-ils pu, etc. Personne n'a entendu cet endroit. L'on croit que c'est une faute; car vous êtes trop sensé pour vous mettre au rang d'Homère. Virgile ne l'a jamais osé faire :

. .. Me quoque vatem Dîcunt pasiores...

Je vous rends compte naturellement de ce que j'ai entendu dire. 11 y a deux vers qui révoltent tout le monde :

Ovide est quelquefois, etc.

Jamais pareil parallèle n'a été fait depuis que le monde est monde. Quand ce que vous dites seroit vrai, ce qui n'est nullement certain, car le fait n'a jamais été prouvé, il y a des noms si respectables qu'on ne sauroit les attaquer sans attaquer pour ainsi dire le genre humain : Parcendum est carilali hominum, dit si bien Cicéron. Avec quels ménagements M. Despréaux en a-t-il parlé, et cela dans un ouvrage purement satirique; et encore avec quels éloges I

Et Socrate, l'honneur de la profane Grèce...

« J'aurois pu, disoit-il, me dispenser de l'attaquer; mais il falloit relever J.-C, et je ne le pouvois jamais faire qu'aux dépens du plus vertueux homme du paganisme. » J'aurois bien des choses à vous dire ; mais n'en voilà déjà que trop. Je vous exhorte seulement à chercher des censeurs plus éclairés et moins intéressés que moi. Je suis ravi que vous ayez trouvé un précepteur pour votre fils : un honnête homme avec quelques éléments suffit pour l'âge où il est. MM. RoUin et ColTin ont mis tous ces petits messieurs-là sur un si haut pied que ce n'est plus des précepteurs,

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ce sont (les maîtres qu'on se; donne. Ne soyez point en peine de m"'- de l;i Ciiapt'llo : elle a reçu vos rentes, à la réserve d'une petite partie, qu'elle n'aura pas plus tôt reçue qu'elle vous envoyera le tout. François Sellier est allé à Lyon. Adieu.

Suscription : \ Monsieur Monsieur Racine, maître des eaux et forêts de Villers-Cottorets et directeur des fermes du Roi, à Soissons.

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