‹ Œuvres complètes de RacineChapitre 18 sur 249 · VI · texte numérisé non relu

VI

liOILtAU A RACINE.

A Donrlion, 29 juillet I0S7.

Votre lettre^ m''a tiré d'un fort grand embarras, car je doutois que vous eussiez reçu celle que je vous avois écrite, et dont

1. De l'Académie des sciences, mort en 1715, à quatre-vingts ans. Fontcnelle a fait sou i'Ioge.

'l. Marie do Lorraine, morte on lOSS.

3. C'est le dernier mot du feuillet, ainsi la fin de la lettre manque. (B.-S.-P.)

4. L'autographe est à la Bibliothèque nationale, ô. La lettre précédente.

CORUESrOXDANCE. 17

lu réponse est arrivée fort tard ù Uourbon. ' Si la perte de ma voix ne m'avoit fort guéri de la vanité, j'aurois été très-sensible à ce que vous m'avez mandé de l'Iionneur que m'a fait le plus grand prince di- la terre en vous demandant des nouvelles de ma santé; mais l'impuissance où ma maladie me met de répondre par mon travail à toutes les bontés qu'il me témoigne me fait un sujet de cliaijrin de ce qui devroit faire toute ma joie. Les eaux jusqu'ici m'ont fait un fort grand bien, selon toutes les règles, puisque je les rends de reste, et qu'elles m'ont, pour ainsi dire, tout fait sortir du corps, excepté la maladie pour laquelle je les prends. M. Bourdier, mon médecin, soutient pourtant que j'ai la voix plus forte que quand je suis arrivé; et M. Baudière, mon apothicaire, qui en est encore meilleur juge que lui puisqu'il est sourd, prétend aussi la même chose; mais pour moi je suis persuadé qu'ils me flattent, ou plutôt qu'ils se flattent eux-mêmes, et à ce que je puis reconnoître en moi, je tiens que les eaux me soulageront plutôt la dilTiculté de respirer que la difTiculté de parler. Quoi (|u'il en soit, j'irai jusqu'au bout, et je ne donnerai point occasion à M. Fagon et à M. Félix de dire que je me suis impatienté. Au pis aller, nous essayerons cet hiver Yertjsimum. Mon médecin et mon apothicaire, à qui j'ai montré [l'endroit] de votre lettre où vous parlez de cette plante, ont témoigné tous deux en faire un fort grand cas ; mais M. Bourdier prétend qu'elle ne peut rendre la voix qu'à des gens qui ont le gosier attaqué, et non pas à un homme comme moi, qui a tous les muscles de la poitrine embarrassés. Peut-être, si j'avois le gosier malade, prétendroit-il que Verysimum ne sauroit guérir que ceux qui ont la poitrine attaquée. Le bon de l'affaire est qu'il persiste toujours dans la pensée que les eaux de Bourbon me rendront la voix, plus tôt même qu'on ne sauroit s'imaginer. Si cela arrive ainsi, il se trouvera, mon cher monsieur, que ce sera à moi à vous consoler, puisque do la manière dont vous me parlez de votre mal de gorge, je doute qu'il puisse être guéri sitôt, surtout si vous vous engagez en de longs voyages avec M. Hessein. ' Mais laissez-moi faire : si la voix me revient, j'es-

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