Boileau était no à Paris le 2 novembre 1G
Vin. 21
Quelque temps après, une partie du village fut brûlée, et les registres de l'église ayant été consumés dans cet incendie, lorsque Boileau, dans le temps qu'on recherchoit les usurpateurs de la noblesse, en vertu de la déclaration du à septembre 1696, fut injustement attaqué, il ne put, faute d'extrait baptistaire, prouver sa naissance que par le registre de son père. 11 eut à souffrir dans son enfance l'opération de la taille, qui fut mal faite, et dont il lui resta pour toute sa vie une très-grande incommodité. On lui donna pour logement dans la maison paternelle une guérite au-dessus du grenier, et quelque temps après on l'en fit descendre, parce qu'on trouva le moyen de lui construire un petit cabinet dans ce greniei', ce qui lui faisoit dire qu'il avoit commencé sa fortune par descendre au grenier; et il ajoutoit, dans sa vieillesse, qu'il n'accepteroit pas une nouvelle vie, s'il falloit la commencer par une jeunesse aussi pénible. La simplicité de sa physionomie et de son caractère faisoit dire à son père, en le comparant à ses autres enfants : « Pour Colin, ce sera un bon garçon, qui ne dira mal de personne. »
Après ses premières éludes, il voulut s'appliquer à la jurisprudence; il suivit le barreau, et même plaida une cause dont il se tira fort mal. Comme il étoit près de la commencer, le procureur s'approcha de lui pour lui dire : « N'oubliez pas de demander que la partie soit interrogée sur faits et articles. — Et pourquoi? lui répondit Boileau; la chose n'est-elle pas déjà faite? Si tout n'est pas prêt, il ne faut donc pas me faire plaider. » Le procureur fit un éclat de rire, et dit à ses confrères : « Voilà un jeune avocat qui ira loin; il a de grandes dispositions, n II n'eut pas l'ambition d'aller plus loin : il quitta le palais, et alla en Sorbonne; mais il la quitta bientôt par le même dégoilt. Il crut, comme dit M. de Boze dans son Éloge historique, y trouver encore la chicane sous un autre habit. Prenant le parti de dormir chez un greffier la grasse matinée, il se livra tout entier à son génie, qui l'emportoit vers la poésie; et lorsqu'on lui représenta que, s'il s'attachoit à la satire, il se feroit des ennemis qui auroient toujours les yc'ux sur lui, et ne chercheroicnt qu'à le décrier:
1. (;'tMaiont les registres de la Suiiite-Cliai)elle, et non ceux de Crône, qui avaient été brûlés (B.-S.-P.)
DE JKAN RACINE. 323
« Eli bien! répondit-il, je serai honnête homme, et je ne les craindrai iioint. "
On l'exhorloit à ne point attaquer Chapelain, parce que, lui disoit-on, il est protégé par M. de Montausier, et reçoit quelquefois la visite de JM. Colbert. « Et quand le pape, répondit-il, lui rendroit visite, ses vers en seroient-ils meilleurs? « '
11 prit d'abord Juvénal pour son modèle, persuadé que notre langue étoit phis propre à imiter la force de ce style que l'élégante simplicité (lu siyle d'Horace. Il changea bientôt de sentiment. Sa première satire fut celle-ci : Damon, ce grand auteur, etc. 11 la fit tout entière dans le goilt de Juvénal; et, pour en imiter le ton de déclamation, il la finissoit par la description des embaiTas de Paris. Il s'aperçut que la pièce étoit trop longue, et deveuoit languissante; il en retrancha cette description, dont il fit une satire à part. Son second ouvrage fut la satire qui est aujourd'hui la septième dans le recueil de ses œuvres : Muses, changeons de style, etc. Après celle-ci, il en adressa une à Molière, et fit son Discours au roi. Ensuite il entreprit la satire du Festin et celle sur la \oblesse, travaillant à toutes les deux en même temps, et imitant Juvénal dans l'une et Horace dans l'autre. Ses ennemis débitèrent que, dans la satire sur la Noblesse, il avoit eu dessein de raillei- .M. de Dangeau. Il n'en eut jamais la pensée. Il l'adressoit d'abord à M. de La Rochefoucauld ; mais trouvant que ce nom, qui devoit revenir plusieurs fois, n'avoit pas de grâce en vers, il prit le parti d'adresser l'ouvrage à M. de Dangeau, le seul homme de la cour, avec M. de La Rochefoucauld, qu'il connût alors.
* La satire du Festin eut pour fondement un repas qu'on lui donna à Cliàteau-Tliierry, oi'i il étoit allé se promener avec La Fontaine, qui no fut jias du repas , pendant lequel le lieutenant général de la ville lâcha ces phrases : o Pour moi, j'aime le beau françois... Le Corneille est quelquefois joli. » Ces deu.\ phrases