‹ Œuvres complètes de RacineChapitre 189 sur 249 · Henriette-.\nne d'.\ngleterrc. (L. R · texte numérisé non relu

Henriette-.\nne d'.\ngleterrc. (L. R

S. En ltJ70. Imprimées en 1Û71. C'est par l'entremise du marquis de

34i MÉMOIRES SUR LA VIE

L'abbé de Aillars voulut faire briller son esprit aux dépens de Tune et de l'autre pièce : ses plaisanteries furent trouvées très-fades, et ses critiques parurent outrées à Subligny lui-même, qui, prenant alors la défense du même poëte dont il avoit critiqué \' Andromaque , fit voir que l'écrivain ingénieux du Peuple élémentaire n'entendoit pas les matières poétiques. Tout sert aux auteurs sages. L'abbé de Villars avoit vivement relevé cette exclamation : Dieux! échappée à Bérénice. L'auteur, eu reconnoissant sa faute, en corrigea deux autres de la même nature, dont son critique ne s'étoit pas aperçu. Bérénice disoit à la fin du premier acte :

Riime entière, en ce même moment, Fait des vœux pour Titus, et par des sacrifice;, De son règne naissant consacre les prémices. Je prétends quelque part à des souhaits si doux : Pliénice, allons nous joindre aux vœux qu"on fait pour nous.

Et dans l'acte suivant Bérénice disoit à Titus :

Pourquoi des immortels attester la puissance?

Dans la seconde édition, l'auteur changea ces expressions, qu'il avoit mises dans la bouche de Bérénice sans faire attention <iu'elle étoit Juive.

Sa tragédie, quoique honorée du suffrage du grand Condé par l'heureuse application qu'il avoit faite de ces deux vers :

Depuis trois ans entiers chaque jour je la vois, Et crois toujours la voir pour la première fois,

fut très-peu respectée sur le théâtre Italien. ' Il assista à cette parodie bouffonne, et y parut rire comme les autres ; mais il

Dangeau que cette princesse avait détermine Corneille à traiter le même sujet; mais elle ne put jouir du plaisir de voir la lutte des deux rivaux ; la cour pleurait encore sa mort prématurée, lorsque les deux pièces furent représentées pour la première fois.

1. La parodie de Bérénice ne parut que le 1 1 octobre 1C83. Voy. tome III, p. 384-380. Notez le témoignage de l'Artiquiniana attribué à Cotolendi (1G04;: « Dans une comédie italienne. Arlequin fait le personnage de Tiius, et il récite les vers que M. Racine lui fait dire dans sa Bérénice, Arlequin tourne

avouoit à ses amis qu'il n'avoit ri qu'cxtri-ii-iircment. La riiiio indécente qu'Arlequin nieltoit à la suite de la reine Bérénice le chagrinoit au point de lui faire oublier le concours du public à sa pièce, les larmes des spectateurs, et les éloges de la cour. C'étoit dans de pareils moments qu'il se dégoûtoit du métier de poëte, et qu'il faisoit résolution d'y renoncer : il reconnoissoit la foiblesse de l'honinie. et la vanité de notre amour-propre, que si peu de chose liumilii'. 11 fut encore fra]ipé d'un mot de Chapelle, qui fit plus d'impression sur lui que toutes les critiques de l'abbé de Villars, qu'il avoit su mépriser. Ses meilleurs amis vantoient l'art avec lequel il avoit traité un sujet si simple, en ajoutant que le sujet n'avoit pas été bien choisi. Il ne l'avoit pas choisi; la princesse que j'ai nommée lui avoit fait promettre qu'il le traiteroit ; et comme courtisan, il s'étoit engagé. « Si je m'y étois trouvé, di.soit Boileau, je l'aurois bien empêché de donner sa parole. » Chapelle, sans louer ni critiquer, gardoit le silence. Mon père enfin le pressa vivement de se déclarer : « Avouez-moi en ami, lui dit-il, votre sentiment. Que pensez-vous de Bérénice? — Ce que j'en pense? répondit Chapelle : Marion pleure, Marion crie, Marion veut qu'on la marie. » Ce mot, qui fut bientôt répandu, a été depuis attribué mal à propos à d'autres.

La parodie bouffonne faite sur le théâtre Italien, les railleries de Saint-Évremont, et le mot de Chapelle, ne consoloient pas Corneille, qui voyait la Bérénice, rivale de la sienne, raillée et suivie, tandis que la sienne étoit entièrement abandonnée.

Il avoit depuis longtemps de véritables inquiétudes, et n'en avoit point fait mystère à son ami Saint-Évremont, lorsque, le

ces vers, non pas poai- les censurer, mais en les appliquant à un sujet comique. Quand les Italiens jouèrent cette comiidie, M..., qui a fait quelques tragédies avec succès, se mit en très-mauvaise humeur contre eux : Il Quel abu<, disoit-il, de souffrir que des bateleurs rendent ridicules les Il sentiments héroïques que les auteurs s'attaclienl à mettre dans les tra- (I gédies! Si on tourne en plaisanterie ces sentiments, où est-ce que le roi •1 trouvera des ministres pour son conseil et des généraux pour ses armées? « Il faut être bien poëte, me dit Arlequin, pour avoir une telle imagination, et pour croire que les lumières des ministres et que le courage des généraux darmées ne se prend que dan.^ les pièces de tliéilre. M. Racine no prit pas la chose si fort à cœur; il vint à la comédie, il y Ht, et s'en retourna sans le moindre ressentiment. »

remerciant des éloges qu'il avoit reçus de lui dans sa Disserlaiion sur l'Alexandre, il lui avoit écrit : « Vous m'honorez de votre estime dans un temps où il semble qu'il y ait un parti fait pour ne m'en laisser aucune. C'est un merveilleux avantage pour moi, qui ne peux douter que la postérité ne s'en rapporte à vous. Aussi je vous avoue que je pense avoir quelque droit de traiter de ridicules ces vains trophées qu'on établit sur les anciens héros refondus à notre mode. »

Cette critique injuste a ébloui quelques personnes, surtout depuis qu'un écrivain célèbre l'a renouvelée, i « Pourquoi, dit-il, ces héros ne nous font-ils pas rire'? c'est que nous ne sommes pas savants; nous ignorons les mœurs des Grecs et des Romains. Il faudroit, pour en rire, des gens éclairés. La chose est assez risible; mais il manque des rieurs. » Quand le parterre seroit rempli de gens instruits des mœurs grecques et romaines, les rieurs manqueroient encore, puisque ceux qui ont formé leur goût dans les lettres grecques et romaines connoissent encore mieux que les autres le mérite de ces tragédies, qui paroissent risibles à M. de Fontenelle. Le souvenir d'une ancienne épigramme peut-il rester si longtemps sur le cœur?

Corneille étoit excusable, quand il cherchoit quelques prétextes pour se consoler. 11 avoit des chagrins, et ces chagrins lui avoient fait prendre en mauvaise part une plaisanterie de la comédie des Plaideurs, où ce vers du Cid,

Ses rides sur son front ont gravé ses exploits,

est appliqué à un vieux sergent. « Ne tient-il donc, disoit-il, qu'à un jeune homme de venir ainsi tourner en ridicule les vers des gens? » L'offense n'étoit pas grave, mais il n'étoit pas de bonne humeur.

Segrais rapporte- qu'étant auprès de lui à la représentation de Bajazel, ipii fut joué en 1672, Corneille lui lit observer que tous les personnages de cette pièce avoient, sous des habits turcs, des sentiments françois. « Je ne le dis qu'à vous, ajouta-t-il : d'autres croiroient que la jalousie me fait parler. » Eh! pour-

1. M. de roiuenellc, dans son tltstoire du Tliéâlre. yL. lî.)

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