Le 1" juillet
directeur, pi'étendoit ([uo c'étoil à lui ù faire faire, pour l'acadéuiicien qui venoit de iiiùurir, uu service suivant la coutume. Mais Corneille étoit mort pendant la nuit; et racadéniicien qui étoit encore directeur la veille ' prétendit que, comme il n'étoit sorti de place que le lendemain matin, il étoit encore dans ses fonctions au moment de la mort de Corneille, et que par conséquent c"étoit i lui à faire faire le service. Cette dispute n'avoit pour motif qu'une généreuse émulation : tous deu.\ vouloieut avoir riionneur de rendre les devoirs funèbres à un mort si illustre. Cette contestation, glorieuse |iour les deux parties, fut décidée par IWcadémie en faveur de l'ancien directeur : ce qui donnu lieu à ce mot fameux que Benserade dit à mon père : « Nul autre que vous ne pouvoit prétendre à enterrer Corneille; cependant vous n'avez pu y parvenir. »
La place de Corneille à l'Académie fut remplie par Thomas Corneille son frère, qui fut reçu avec M. Bergeret. Mon père, qui présidoit à cette réception en qualité de directeur, répondit à leurs remerciements par un discours qui fut très-applaudi ; et il le prononça avec tant de grâce, qu'il répara entièrement le discours de sa réception. La matière de celui-ci lui avoit plu davantage. L'admiration sincère qu'il avoit pour Corneille le lui avoit inspiré. Bayle, en rapportant que Sophocle, lorsqu'il apprit la mort d'Euripide, parut sur le théâtre en habit de deuil, et ordonna à ses acteurs d'ùter leurs couronnes, ajoute : « Ce que fit alors Sophocle étoit une preuve très-équivoque de son regret, parce que deu.x grands hommes qui aspirent à la même gloire, qui veulent s'e.xclure l'un l'autre du premier rang, s'entr'estiment intérieurement plus qu'ils ne voudroient, mais ne s'entr'aiment pas. L'un d'eux vient-il à mourir, le survivant courra lui jeter de l'eau bénite, et en fera l'éloge de bon cœur ; il est délivré des épines de la concurrence. » Par cette même raison, Corneille avoit fait dire à Cornélie, sur la douleur de César à la mort de Pompée :
O soupirs! ô regrets! oh, qu'il est dou\ do plaiiuire Le sort d'un ennemi quand il n'est plus à craindre ! *