M"' de Blois, qui fut niarioc au Régont
2. C'est celui de nos poètes qui a été imprimé avec le moins de soin.
dans la suite ce fut Boileau qui, sans lui en parler, examina les épreuves. Le libraire obtint enfin de l'auteur même d'en revoir un exemplaire, et il ne put s'empêcher d'y faire plusieurs corrections ; mais avant que de mourir, il fit brûler cet exemplaire, comme je l'ai dit ailleurs'; et mon frère, qui fut le ministre de ce sacrifice, n'eut pas la liberté d'examiner de quelle nature étoient les corrections; il vit seulement qu'elles étoient plus nombreuses dans le premier volume que dans le second.
Toute sa crainte étoit d'avoir un fils qui eût envie de faire des tragédies. « Je ne vous dissimulerai point, disolt-il à mon frère, que dans la chaleur de la composition on ne soit quelquefois content de soi ; mais, et vous pouvez m'en croire, lorsqu'on jette le lendemain les yeux sur son ouvrage, on est tout étonné de ne plus rien trouver de bon dans ce qu'on admiroit la veille ; et quand on vient à considérer, quelque bien qu'on ait fait, qu'on auroit pu mieux faire et combien on est éloigné de la perfection, on est souvent découragé. Outre cela, quoique les applaudissements que j'ai reçus m'aient beaucoup flatté, la moindre critique, quelque mauvaise qu'elle ait été, m'a toujours causé plus de chagrin que toutes les louanges ne m'ont fait de plaisir. »
Il comptoit au nombre des choses chagrinantes les louanges des ignorants ; et lorsqu'il se mettoit en bonne humeur, il rapportoit le compliment d'un vieux magistrat qui, n'ayant jamais été à la comédie, s'y laissa entraîner par une compagnie, à cause de l'assurance qu'elle lui donna qu'il verroit jouer YAiidromuque de Racine. Il fut très-attentif au spectacle, qui finissoit par les Plaideurs. En sortant il trouva l'auteur, et lui dit : « Je suis, monsieur, très-content de votre Andromaque; c'est une jolie pièce: je suis seulement étonné qu'elle finisse si gaiement. J'avois d'abord eu quelque envie de pleurer, mais la vue des petits chiens m'a fait rire. » Le bonhomme s'étoit imaginé que tout ce qu'il avoit vu représenter sur le théâtre étoit Andro7naque.
Boileau racontoit aussi qu'un de ses parents à qui il avoit fait
Kon-seiilement la dornière édition contient une Vie faite par un homme peu instruit, et des lettres pitoyables sur ses tragédies, mais on a remis dans le texte des vers que l'auteur avoit changés. (L. R.) — Louis Racine parle de l'édition de 1730.