I. Eyist. famii. VI, eiiist. \IV, ad l.ijaruim
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récrit ne sortiroit pas de ses mains. Il accepta niallieureusement la proposition, non par une complaisance de courtisan, mais parce qu'il conçut l'espérance d'être utile au public. 11 remit à M'^'^ de Maintenon un Mémoire aussi solidement raisonné que bien écrit. Elle le lisoit, lorsque le roi entrant chez elle le prit, et, après en avoir parcouru quelques lignes, lui demanda avec vivacité qui en étoit l'auteur. Elle répondit qu'elle avoit promis le secret. Elle fit une résistance inutile : le roi expliqua sa volonté en termes si précis qu'il fallut obéir. L'auteur fut nommé.
Le roi, en louant son zèle, parut désapprouver qu'un homme de lettres se mêlât de choses qui ne le regardoient pas. 11 ajouta même, non sans quelque air de mécontentement : « Parce qu'il sait faire parfaitement des vers, croit-il tout savoir? et parce qu'il est grand poëte, veut-il être ministre? » Si le roi eût pu prévoir l'impression que firent ces paroles, il ne les eût point dites. On n'ignore pas combien il étoit bon pour tous ceux qui l'environnoient : il n'eut jamais intention de chagriner personne; mais il ne pouvoit soupçonner que ces paroles tomberoient sur un cœur si sensible.
M°" de Maintenon, qui fit instruire l'auteur du Mémoire dece qui s'étoit passé, lui fit dire en même temps de ne la pas venir voir jusqu'à nouvel ordre. Cette nouvelle le frappa vivement. 11 craignit d'avoir déplu i un prince dont il avoit reçu tant de marques de bonté. 11 ne s'occupa plus que d'idées tristes ; et quelque temps après il fut attaqué d'une fièvre assez violente, que les médecins firent'passer à force de quinquina. Il se croyoit guéri lorsqu'il lui perça, à la région du foie, une espèce d'abcès qui jetoit de temps en temps quelque matière : les médecins lui dirent que ce n'étoit rien. Il y fit moins d'attention, et retourna à Versailles, qui ne lui parut plus le même séjour, parce qu'il n'avoit plus la liberté d'y voir M"'« de Maintenon.
Dans ce même temps, les charges de secrétaires du roi furent taxées; et comme il s'étoit incommodé pour achever le paiement de la sienne, il se trouvoit fort embarrassé d'en payer encore la taxe. Il espéra que le roi l'en dispenseroit; et il avoit lieu de l'espérer, parce que, lorsqu'en 1685 il eut contribué à une somme de cent mille livres que le bureau des finances de Moulins avoit payée en conséquence de la déclaration du 28 avril 1686, il avoit
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obtenu du roi une ordonnance sur le trésor royal pour y aller reprendre sa part, qui montoit environ à quatre mille livres. Pour obtenir la même grâce, il fit un placet; et, n'osant le présenter lui même, il eut recours à des amis puissants, qui voulurent bien le présenter. « Cela ne se peut, » répondii d'abord le roi, qui ajouta un moment après : « S'il se trouve dans la suite quelque occasion de le dédommager, j'en serai fort aise. » Ces dernières paroles dévoient le consoler entièrement. Il ne fit attention qu'aux premières; et, ne doutant plus que l'esprit du roi ne fût changé à. son égard, il n'en pouvoit trouver la raison. Le Mémoire que l'amour du bien public lui avoit inspiré, et qu'il avoit écrit i>ar obéissance, et confié sous la promesse du secret, ne lui paroissoit pas un crime. Ce n'est point à moi à examiner s'il se trompoit ou non ; je ne suis qu'historien. Trop souvent occupé de son malheur, ilchcrclioit toujours en lui-même quel étoit son crime, et, ne pouvant soupeonner le véritable, il s'en fit un dans son imagination. Il se figura qu'on avoit l'endu suspecte sa liaison avec Port-Royal. Pour justifier une liaison si naturelle avec une maison où il avoit été élevé, et où il avoit une tante, il écrivit à M"-" de Maintenon la lettre suivante, que je ne rapporte pas entière parce qu'elle est un peu longue :
A Marly, le i mars IG98.
(I M Al) A mi:,
« J'avois pris le parti de vous écrire au sujet de la taxe qui a si fort dérangé mes petites affaires. Mais n'étant pas content de ma lettre, j'avois dressé uuMémoire, que M. lemaréchal de... s'offrit généreusement de vous remettre entre les mains... Voilà tout naturellement comme je me suis conduit dans cette affaire; mais j'apprends que j'en ai une autre bien plus terrible sur les bras. ..
« Je vous avoui^ que lorsque je l'aisois tant chanter dans Eslher : Rois, chassez la calormue, je ne m'attendois pas que je serois moi-même un jour attaqué par la calomnie... Ayez la bonté de vous souvenir, madame, combien de fois vous avez dit (lue la meilleure qualité que vous trouviez en moi c'étoit une soumission d'enfant pour tout ce que l'Église croit et or-
donne, même dans les plus petites choses. J'ai fait par votre ordre plus de trois mille vers sur des sujets de piété, l'y ai parlé assurément de l'abondance de mon cœur, et j'y ai mis tous les sentiments dont j'étois rempli. Vous est-il jamais revenu qu'on y ait trouvé un seul endroit qui approcliùt de l'erreur?.. .
« Pour la cabale, qui esl-ce qui n'en peut point être accusé, si on en accuse un homme aussi dévoué au roi que je le suis, un homme qui passe sa vie à penser au roi, à s'informer des grandes actions du roi, et à inspirer aux autres les sentiments d'amour et d'admiration qu'il a pour son roi? J'ose dire que les grands seigneurs m'ont bien plus recherché que je ne les rechercliois moi-même; mais, dans quelque compagnie que je me sois trouvé. Dieu m'a fait la grâce de ne rougir jamais ni du roi ni de l'Évangile. 11 y a des témoins encore vivants qui pourroient vous dire avec quel zèle on m'a vu combattre de petits chagrins qui naissent quelquefois dans l'esprit des gens que le roi a le plus comblés de ses grâces. Hé quoi! madame, avec quelle conscience pourrai-je déposer à la posiérité que ce grand prince n'admettoit point les faux rapports contre les personnes qui lui étoient le plus inconnues, s'il faut que je fasse moi-même une si triste expérience du contraire? Mais je sais ce qui a pu donner lieu à cette accusation. J'ai une tante qui est supérieure de l'ort- Royal, et à laquelle je crois avoir des obligations infinies. C'est elle qui m'apprit à connoitre Dieu dans mon enfance, et c'est elle aussi dont Dieu s'est servi pour me retirer de l'égarement et des misères où j'ai été engagé pendant quinze années. . . Elle ni"a demandé, dans quelque occasion, mes services. Pouvois-je, sans être le dernier des hommes, lui refuser mes petits secours? Mais à qui est-ce, madame, que je m'adressai pour la secourir? J'allai trouver le P. de La Chaise, qui parut très-content de ma franchise, et m'assura, en m'embrassant, qu'il seroit toute sa vie mon serviteur et mon ami . . .
« Du reste, je puis vous protester devant Dieu que je ne connois ni ne fréquente aucun homme qui soit suspect de la moindre nouveauté. Je passe ma vie le plus retiré que je puis dans ma famille, et ne suis, pour ainsi dire, dans le monde que lorsque je suis à Marly. Je vous assure, madame, que l'état où je me trouve est très-digne de la compassion que je vous ai toujours vue pour
les nialheuri'ux. Je suis privé de riioiiiu'ur de vous voir. Je n'ose presque plus compter sur votre protection, qui est pourtant la seule que j'aie tikdié de mériter. Je cherchois du moins ma consolation dans mon travail; mais jugez quelle amertume doit jeter sur ce travail la pensée que ce même grand prince, dont je suis continuellement occupé, me regarde peut-être comme un homme plus digne de sa colère que de ses bontés.
« Je suis avec un profond respect, etc. » '
Cette lettre, quoi(iue Ijieii écrite, ne fut point approuvée de tous ses amis. Quelques-uns lui représentèrent qu'il y annonçoit des fraj'eurs qu'il ne devoit point avoir, et qu'il se justifioit lorsqu'il n'étoit pas même soupçonné. Et de ([uoi soupçonner en effet un homme qui marche par des voies si unies?
Il avoit à la vérité essuyé quelques railleries faites innocemment. Comme il étoit bon, et empressé à rendre service, les paysans des environs de Port-Royal (|ui l'y voyoient venir, et entendoient dire qu'il demeuroit à Versailles, alloient, à cause du voisinage, l'y chercher pour lui recommander leurs affaires. Ces bonnes gens le croyoient un homme très-puissant à la cour, et alloient implorer sa protection, les uns pour quelques procès, les autres pour quelque diminution de tailles. S'ils n'en étoient pas toujours secourus, ils en étoiiMU toujours l)ien reçus. Ces fréquentes visites lui attirèrent quelques plaisanteries : M™' de Maintenon en faisoit elle-même; on le verra par un endroit de ses lettres que je rapporte. On y verra aussi ce (pi'elle y dit de sa mort toute chrétienne, et combien elle en fut édifiée. Elle le plaisantoit parce qu'elle connoissoit si droiture, etr qu'elle a toujours dit de lui que dans la religion il étoit un enfant.
Boileau, par cette même raison, le plaisantoit aussi. Xi l'un ni l'autre, comme je l'ai déjà remarqué, n'étoient pas fins courtisans; et tous deux, en fréquentant la cour, pouvoient se dire l'un à l'autre :
Quel séjour ctr.inger, et pom- vous et pour moi ! '
Boileau, qui y portoit sa franchise étonnante, ne retenoit rien de ce qu'il pensoit. Le roi lui disoit un jour : « Quai est un pré-