I. Voy. tome VII, p
"i. Britannicus, acte V, se. i.
dicateur qu'on nomme Le Tourneux? On dit que tout le inonde y court : est-il si habile? — Sire, reprit Boileau, Votre Majesté sait qu'on court toujours à la nouveauté : c'est un prédicateur qui prêche l'Évangile. » Le roi lui demanda d'en dire sérieusement son sentiment. 11 répondit : « Quand il monte en chaire, il fait si peur par sa laideur, qu'on voudroit l'en voir sortir; et quand il a commencé à parler , on craint qu'il n'en sorte. » On disoit devant lui, à la cour, que le roi faisoit chercher M. Arnauld pour le faire arrêter : « Le roi, dit-il, est trop heureux pour le trouver. » Une autre fois on lui disoit que le roi alloit traiter fort durement les religieuses de Port-Royal ; il répondit : « Et comment fera-t-il pour les traiter plus durement qu'elles se traitent ellesmêmes? »
a Vous avez, lui disoit un jour mon père, un privilège que je n'ai point : vous dites des clioses que je ne dis jamais. Vous avez plus d'une fois loué dans vos vers des personnes dont les miens ne disent ri'n. Tout le monde devine aisément votre rime à Vosi racisme. ' C'est vous qu'on doit accuser, et cependant c'est moi qu'on accuse. Quelle en jieut être la raison? — Elle est toute naturelle, répondit Boileau : vous allez à la messe tous les jours, et moi je n'y vais que les fêtes et les dimanches. » C'étoit ainsi que ses meilleurs amis le plaisantoient sur ses inquiétudes mal fondées, qui augmentèrent cependant par le chagrin de ne plus voir M"" de Mainteuon. à laquelle il étoit sincèrement attaché.
Elle avoit aussi une grande envie de lui parler; mais comme il ne lui étoit plus permis de le recevoir chez elle, l'ayant aperçu un jour dans le jardin de Versailles, elle s'écarta dans une allée pour qu'il pût l'y joindre. Sitôt qu'il fut près d'elle, elle lui dit : « Que craignez-vous? C'est moi qui suis cause de votre malheur, il est de mon intérêt et de mon honneur de réparer ce que j'ai fait. Votre fortune devient la mienne. Laissez passer ce nuage : je ramènerai le beau temps. — Non, non, madame, lui répondit-il, vous ne le ramènerez jamais pour moi. — Kt pourquoi, repritelle, avez-vous une pareille pensée? Doutez-vous de mon cœur, ou de mon crédit? » Il lui répondit : « Je sais, madame, quel est
I. Satire, XI, vers l'iij-iiO. Elle n'a été imprimée qu'en HOl.
nii JF.AN RACINE. 42!
votre crédit, ot je sais (|ui'lles Ijontés vous avez |)oiir moi ; mais j"ai une tante qui m'aime d'une faeon bleu différente. Cette sainte fdie demande tous lt>s jours à Dieu pour moi dos disgrâces, des liumiliations, des sujets de iiénitenee; et elle a plus de crédit que vous. » Dans le moment qu'il parloit, on entendit le bruit d'une calèche : « C'est le roi qui se promène, s'écria M"" de Maintenon, cacliez-vous. » H se sauva dans un bosquet.
11 fit trop de réflexions sur le changement de son état à la cour; et, quoique pénétré de joie, comme chrétien de ce que Dieu lui envoyoit des humiliations, l'iioniuieest homme, et dans un cœur trop sensible, le chagrin a bientôt porté son coup mortel. Sa santé s'altéra tous les jours, et il s'aperçut que le petit abcès qu'il avoit près du foie étoit refermé : ' il craignit des suites fâcheuses, et auroit pris sur-le-champ le parti de se retirer pour toujours de la cour, sans la considération de sa famille, qui, n'étant pas riche, avoit très-grand besoin de lui. Dau'^ le bas âge où j'étois, j'en avoisphis besoin qu'un autre. Il projetoit de s'occuper dans sa retraite de mon éducation : et quel précepteur j'aurois eu ! Mais il pensoit en même temps qu'il me deviendroit inutile dans la suite, s'il cessoit de cultiver les protecteurs qu'il avoit â la cour : c'étoit cette seule raison qui depuis un an l'y faisoit rester. 11 y retourna encore plusieurs fois, et il avoit toujours l'honneur d'approcher de Sa Majesté. M.iis on verra, dans se 5 dernières lettres, le peu d'empressement qu'il avoit de se montrer à la cour, parce qu'il n'y paraissoit plus avec cet air de contentement qu'il avoit toujours eu. Il ne savoit pas l'affecter; et, pour déguiser son visage, il n'avoit point cet art qu'il avoit lui-même recommandé aux courtisans dans Eslher :
Quiconque ne sait pas dovorei' un alTront,
?ii de fausses couleurs se déguiser le front.
Loin de l'aspect dos rois qu'il s'écarte, qu'il fuie :
11 est dos contre-temps qu'il faut qu'un sage essuie. 2
1. « Il s'écria, dit M. de Valincour, qu'il éloit un homme mort, descendit dans sa chambre et se mit au lit. » 11 eut raison de s'effrayer; mais, quand on n'a encore ni Kèvre ni aucun mal, on ne se met point au lit, on n'y reste pas. Tout cet endroit do la lettre de M. de Valincour montre qu'il était fort distrait quand il l'écrivit. (L. U.)