‹ Œuvres complètes de RacineChapitre 220 sur 249 · Conseiller au iiarleuieut · texte numérisé non relu

Conseiller au iiarleuieut

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Il iiioiuMit d'uni' liydropisic di' iioilrine, le 13 mars 1711, e laissa par son testament presque tout son bien aux pauvres.

La compagnie qui suivit son convoi, et dans laquelle j'étois, fut fort nombri'use, ce (|ui étonna une femme du peuple, à qui j'entendis dire : « Il avoit bien des amis; on assure cependant qu'il disoit du mal de (ont li' niondi'. »

Il fut enterre dans la chapelle basse de la Sainte-Chapelle,' immédiatement an-dessous de la place qui, dans la chapelle haute, est devenue fameuse par le lu»rin (pi'il a chanté.

Cette même année nous olîtinmes, après la destruction de l'ort-Royal, la permission de faire exhumer le corps de mon père, (|ui fut apporté à Paris le 2 décembre 1711, dans l'église de Saint-Étienne-du-Mont, notre paroisse alors, et placé derrière le maître -autel, en face de la chapelle de la Vierge, auprès do la tombe de M. Pascal. L'épitaphe latine (|ui avoit été placée dans le cimetière de Port-Royal, ne subsistant plus,'- je la" vais rapporter avec celle en françois, telle que Hoilean l'avoit faite; celle (pie ses commentateurs ont mise dans ses Œuvres n'est point la vérit;ible; ce ipTon reconnoîtra aisément jiar la différence du style.^»

llic jacet vil' nobilis Joannes Racim;, Francia; thesauris jinefectus, régis a secretis at(pie a cubiculo, nec non unus e quadraginta (iallicana; .Vcademiic viris; qui, postquam profana tragœdiarum argumi>iita diù cnni ingcnti hominum admiratione

1. Et non pas Saint-Jean-le-Uond, sa paroisse, comme il est dit dans le Supplément au Néciologe de Port-Royal. (L. R.j

'2. La pierre sur laquelle était gi-avée l'épitaphe. et (pie l'on croyait perdue, a été retrouvée dans l'église de Magny-Lcssart, en 1808, et transportée à Palis, à Saint-Étienne-du-Mont. le '2! avril 1818. Elle est placée vis-à-vis de celle de Pascal, dans la chapelle de la Vierge, au fond de l'église. (A. M.) Souvent déplacées depuis lors, les deu\ pierres tombales de Racine et de Pascal sont aujourd'hui de cliaciue côté de la chapelle du Sacé-Cœur.

3. J'avais jusqu'ici cru Boileau auteur de l'épitaphe latine et française et je l'avais dit dans la preniiérc édition. J'ai été depuis mieux instruit. Boileau la fit en français telle que je la donne ici, et M. Dodart la mit en latin. (.Vo(e île Louis Ilacine dans l'exemplaire corrigé.)

tractasset, musas tandem suas uni Deo consecravit, omneniqun iiigenii vim in eo laudando contulit, qui soins lande dignus est. Cura enm vita; negotiorumque rationes mnltis nobilibus aula" tenerent addictnm, tamcn in frequenti liominuin commercio oninia pietatis ac religionis officia coluit. A christiano rege Ludovico Magno selectus una cum familiari ipsius araico fuerat, qui res, eo régnante, praeclare ac mirabiliter gestas perscriberct. Unie intentus operi, repente in graveni œque ac diutnrnum morbnm iniplicitus est, tandemque ab liac sede miseriarum in melius domicilium translatus, anno aetatis suie LX. Qui mortem longo adliuc intervallo remotam valde horruerat, ejusdem pra-sentis aspectum placida fronte sustinuit; ol)iitque spe multo niagis, et pia in Deum fiducia erectns, ([uam fractus metu. Ea jactura onmes illins aniicos, quorum nonnulli inter regni priniores eminebant, acerbissimo dolore perculit. Manavit etiani ad ipsum l'egem tanti viri dcsiderium. Fecit niodestia ejus singularis, et pra'cipua in liane Portus-Begii domuni benevolentia, ut in ea sepeliri voluerit, i(leo(|UP testaniento cavitut corjius suuni. juxta pioruiu boininuni qui liic sunt corpora, liumaretur. Tu vero. qnicumquo es (|uem in liane donium pietas adducit, tua' ipse mortalitatis ad liuuc aspectum recordare, et clarissiniani tanti viri menioriani ju-ecibus potius quain eloiiiis ju-osequere.

Ici repose le corps de messireJeanRACiNE,trésorier(li'l'raiice, secrétaire du roi, gentiliioninie ordinaire de sa chambre, et l'un des quarante de rAcadéinie françoise; qui, après avoir longtemps charmé la France par ses excellentes poésies profanes, consacra ses muses à Dieu, et les employa uni(|uenientà louer le seul objet digne de louange. Les raisons indispensables qui l'attaclioient à la cour l'empêchèrent de quitter le monde; mais elles ne l'empêchèrent pas de s'acquitter, au milieu du monde, de tous les devoirs de la piété et de la religion. 11 fut choisi avec un de ses amis par le roi Louis le Grand, |)onr l'assenililer en un corps d'histoire les merveilles de son règne, et il ctoit occupé à ce grand ouvrage, lorsque tout à coup il fut attaqué d'une longue

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et cruelle maladie, (iiii à la fin IViilcva de ce séjour de misères, en sa soixantième année. Bien (|u'il eut extrèniemetit redouté la mort lorsqu'elle étoit encor*^ loin de, lui, il la vit de près sans s'étonner, et mourut beaucoup plus rempli d'espérance ipie de crainte, dans une entière résignation ;i la volonté de Dieu. Sa perte toucha sensiblement ses amis, entre lesquels il pouvoit compter les iiremières personnes du royaume, et il fut regretté du roi même. Son humilité et l'aflection particulière qu'il eut toujours pour cette maison de Port-Royal des Champs, lui firent souhaiter d'être enterré sans aucune pompe dans ce cimetière avec les humbles serviteurs de Dieu qui y reposent, et auprès desquels il a été mis, selon qu'il l'avoit ordonné par son testament. O toi, qui que tu sois, que la piété attire en ce saint lieu, plains dans un si excellent homme la triste destinée de tous les mortels; et quelque grande idée que puisse te donner de lui sa réputation, souviens-toi que ce sont dos prières, et non pas de vains éloges qu'il te demande.'

L'autographe de l'épitaphe française et une co|)ie par l'alibé lîoileau, corrigée de la main de son frère, ont été conservés dans les papii>rs de Brossette. Voici ce texte autogi'aplie avec les variantes de la copie :

EIMTAI'HK.

« Ici repose le cc)r|js de Messire Jean Racine, trésorier de France, secrétaire du Roi, gentilhomme ordinaire de sa maison, et l'un des quarante de l'Académie françoise, qui, après avoir longtemps charmé la France' par ses excellentes poésies pro-

i. Ici se termine le texte des Mémoires de Louis Racine sur la vie et les ouvrages de son père.

2. Dans la copie de l'abbé Boileaii. « charmé la France « est raturé; Boileau y a substitué do sa main : « brille aux yeux des hommes, n

fanes, consacra ses muses ;i Dieu, et les employa uniquement i louer le seul objet digne de louange.* Les raisons indispensables qui Tattachoient à la pour l'empêchèrent de quitter le monde; mais elles ne l'empèclièrent pas de s'acquitter exactement au milieu du monde de tous les devoirs de la piété et de la religion. Il fut choisi avec un de ses amis par le roi Louis le Grand pour rassembler en un corps d'iiistoire les merveilles de son règne, et il étoit occupé à ce grand ouvrage, lorsque tout à coup il fut attaqué d'une longue et cruelle maladie, qui à la fin l'enleva de ce séjour de misères, dans- sa cinquante-neuvième' année. Bien qu'il eilt extrêmement redouté la mort, lorsqu'elle étoit encore loin de lui, il la vit de près sans s'étonner, et mourut beaucoup plus rempli d'espérance que de crainte, dans une entière résignation à la volonté de Dieu. Sa perte affligea sensiblement ses amis, entre lesquels il pouvoit compter les plus considérables personnes du royaume, et il fut regretté du Roi même. Son humilité et l'affection particulière qu'il eut toujours pour cette maison,' où il avoit reçu dans sa jeunesse les premières instructions du christianisme, lui firent souhaiter d'être enterré sans pompe aucune dans le ''' cimetière, avec les humbles serviteurs de Dieu qui y reposent etauprès'desquels il a été mis, selon qu'il l'avoit ordonné par son testament.

0 toi, qui que tu sois, (|ue la piété attire en ce saint lieu, plains dans un si excellent homme la courte "^ destinée de tous les mortels, et quelque grande idée que te puisse donner de lui sa réputation, souviens-toi que ce sont des prières, et non pas de vains éloges qu'il te demande. »

1. Dans la môme copie, Boileau a nfl'acé : « consaci-a .ses muses l'i Dieu, etc., » jusqu'à « digne de louange, » et mis à la place : « renonça i cette vaine gloire, et employa uniquement ses vers h célébrer les louanges de Dieu, n

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