‹ Œuvres complètes de RacineChapitre 224 sur 249 · CE · texte numérisé non relu

CE

Que de vous présenter, madame, avec ma foi, 'font ràf/r et le maliieur que je traîne avec moi.

Milhr., art. III, se. v.

Présenter tout l'âge qu'il Iralne avec lui. Quelle image, et comme ce mot tout appesantit encore le fardeau du vieillard! Mettez : el l'âge et le malheur, le vers devient plus élégant, mais son effet est détruit.

Aile.

Sous l'aile du Seigneur dans le temple élevé.

Atli., act. I, se. II.

Vaile du Seigneur est une touchante métaphore pour exprimer sa protection toute maternelle, sens qu'indique encore le mot élevé qui termine ce vers.

Ajouter ce comble, pour meure le comble.

Vous pourriez .ijouter ce comble à mon m;Uheur. I/ili., act. V, se. il.

Ajouter un comble, c'est quelque chose de plus que combler la mesure, c'est combler doux fois : l'expression est belle et hardie.

Ajouter des titres aux rois pour ajouter des litres au titre de roi.

Attendez pour partir que César yous renvoie

ii4 DICTIOX-NAIRK CRITIQUE.

Triomphant et chargé des titres souveraias Qu'ajoute encore aux rois l'amitié des Romains.

D^yén., act. I, se. m.

Ellipsp liarilie, et (|ui, iiar sa hardiesse même, dit Cn'ofirroy. ]ieiiit la supériorité du peuple l'omain sur les rois.

.\ltier.s, voyez Rimk.

Arriii\oisiî.

Ce farouche enoemi qu'on ne pouvoit Compter. . Ce ti^re que j.'iniais je n'aliorriai sans crainto, Soumis, apprivoisé, reconnoil un vainqueur.

Phédr.f act. IV, se. vi.

Un ennemi apprivoise . Ce mot est heureux, et il est amené par le mot tigre.

Appboche.

N'étoit qne de son cœur le trop juste reproche Lui fait peut-être, hélas ! éviter cette approche.

/?oj., act. III, se. iir.

Cette phrase signifie : Bajazet évite son approche de moi; or on évite l'approche d'un autre, mais on n'évite pas sa propre approche. Si on veut traduire approche par entrevue, il y aura une autre impropriété d'expression.

ArMX votre VERTt.

Qui, d'un zèle trompeur à vus yeux revêtu. Contre nuire innocence arma votre vertu.

Eslh.f act. UI, se. iv.

.Accusation de perfidie, louanges flatteuses, apologie naïve; il y a tout un plaidoyer dans cette seule expression, armer votre vertu contre notre innocence.

S'.\RMER d'un f»-:ii. l'IKl;.

S'annant d'un œil si tîcr, d'un front si redoutable !

PItédr., act. IV, se. v.

Expression poétique qui fait image. S'nrwer d'un <eil si fier : on voit le farouclie Ilippolyte.

Armer d'i> .mo.me.ni' uk kiglllh.

Kt sans armer mes ^eux d'un moment de rigueur.

A}tdrom., act. II, se. i.

Que de belles expressions dans un seul vers! armer ses yeux, et les armer d'un moment de rigueur. En lisant ce vers, l'audace de cette alliance étrange disparait pour ne laisser voir que la vérité et la poésie. La rigueur d'Hermione pour Pyrrhus ne pouvait être en effet que d'un moment.

niCTlONNAIIU' C. lUTinUE. 445

AlîlHCIIKl! 1. A NAISSANCE.

Qui m'arracha d'un coup ma naissance et ton père.

Ilili., art. Il, se. I.

Arraclici' l:i naissance est là iioiir oler les moi/ens de faire vonnaUre le secrel de sa naUsance. Tout ce qui précède sert à donner de la clarté à ce vers plein de force et de précision. 11 est bon de remarquer aussi, en recourant à la scène même, la beauté prosressive de cette période de six vers.

Assembler pour airanger.

\ pris soin sur mon front (l'.issemblcr mes t-lieveux.

Pltvdf,, act. I, se. MI.

Arrnmjov serait ici un mot failJl(^ Ses cheveux étaient épars, lUK! main étrangère a pris soin de les assembler, ("est bien la lansçue du poète.

Assurer pour rassurer.

t) bonté qui m*a.ssuro autant qu'fllc m'iionore!

tislli., acf. II, se. VII.

Du temps de Uacine, le mot assurer s'employait encore dans le sens qu'il lui donne ici ; il est très-ancien : on le trouve dans la traduction de l'iutarque par Amyot, t. \VI, p. ,'!0. Racine l'a employé une seconde fois dans AUialie. Abiier dit à Josabeth :

Princesse, assurez-vmis, je les prends sous ma j^arde.

.VIA. aot. II, se. VII.

.\ujourd'liui assurer avec un régime direct signifie certifier. Le mot était iniitih!, Racine n'a pu le conserver.

Assurer pour melire en sùrete.

>i mon hymen prochain ne peut vous assurer.

/pfi., act. IV, se. II.

On dit encore aujourd'hui assurer une /ilnre , un paijs, une /irovincc, pour mettre en sûreté. Du temps de Racine, ce mot avait une signification plus étendue. Pascal a dit .• Ou assure la conscieuce en monlraul la fausseté; on n'\ssiuk pas la bourse en moiUraiil l'injuslice.

S'assurer ai \ do\ti';s.

Mais je m'assure encore aux bontés de ton Irêre.

ViiJ-, act. II, se. I.

Locution purement latine que Racine n'a malheureusement pu l'aire passer dans notre langue. Klle donne dans certains cas plus de rapidité à la peiisi'e qiu; s'assurer dans, (|iii est la locution d'usage.

4it) DlCTIOXiXAlRE CRITIQUE.

Astres ennemis.

Des astres ennemis j'en crains moins le courroux,

Ëstli., act. ,1, se. vu.

Cette expression si poétique a de plus le mérite de la convenance dans la bouche d'un prince qui croyait à l'astrologie.

Attache.

D'ailleurs pour cet enfant leur attache est visible.

.l(/i., act. III, se. 11.

Ce mot est plus expressif et plus vigoureux i[\i'aUacliemc>U. L'autorité de Racine doit nous le faire conserver.

Attacher des jours a des périls.

Pour attacher des jours tranquilles, fortuné.s, Aux périls dont tes jours étoient environnés.

£aj., act. IV, se. v.

C'est encore là un de ces tours hardis dont la justesse égale la richesse poétique. Et, en effet, Roxane en se livrant à son amour n'a fait qu'attacher ses jours à des périls.

Att.\cher une h.uxe.

Rome, à ce nom si uoble et si saint autrefois. Attacha pour jamais une haine puissante.

Bf'-rrn.y ad. II, se. ii.

11 est impossiljle de inioux rendre la pcrsistniicc de cette haine pour les rois, qui survécut aux dernières traces de liberté chez les Romains. Ils appelaient les étrangers regeis et (jregeis, rois et troupeaux!

Attendre in espoir pour quelque sujet d'espérer.

Peut-être elle n'attend qu'un espoir incertain.

Baj., act. II, !c. v.

Attendrir la victoire pour allcndrir le vainqueur.

Laisse aux pleurs d'une épouse attendrir sa victoire.

/pli , act. 111, se. IV.

La beauté de cette expression tient ii cette pensée que la victoire est presque toujours cruelle, vœ viclis. Les vainqueurs se laissent difficilement toucher. Racine s'est servi une seconde fois de cette expression, et peut-être d'une manière encore plus toucliante dans ce vers de Mithridate :

Quelle vive douleur attendrit nos adieux !

Auguste.

De votre auguste père accompagnez lospas.

Alli., act. I, se. m.

Ce mot auguste, pris dans le sens propre, pour exprimer

UlCTIONNAIKIi CUlTlnUE. 117

quelque chose de grand ot de rojal, quelque chose qui impose le respect, était nouveau alors. Racine n'est pas le premier qui l'ait employé en ce sens. Toutefois, il est remarquable que Louis Racine a cru nécessaire, sinon de le justifier, au moins de l'expliquer. C'est une chose; singulière que ce titre d'Auffuslus, donné par les Romains îi Octave et à ses successeurs, soit devenu un des plus beaux mots de notre langue.

AU\ XEVELX.

Votre règne aux neveux doit servir de modèle.

Lslli., .ict. il. se. V

Aux neveux pour à nos neveux, tour latin dont Racine ofl're un second exemple dans Brilannicus.

AlSPlCE.

J.ini.Tis riiymen formé sous le /j/ks noir aiispiec.

Millir., act. I, se. ii.

Voilà une singularité ilo la langue. Lorsque le mot auspice est pris au figuré, comme suus vos auspices, il n'a point de singulier: il en a un quand il est, comme ici, au propre pour auguriuin.

.\vA.\r QUE pour awuU de.

Mais avant que jjarlir je me ferai justit^e.

Mithv., ad. III, se. i.

Avunl que ne se met plus devant un infinitif; il faudrait dire aujourd'hui avant de, locution vulgaire, et qui vaut beaucoup moins que la forme abandonnée.

Avenir, adve.mr.

Ou bien quelque malheur qu"il in puisse avenir.

Millir., aet. I, se. I.

Vieux mol qu'il ne faut pas laisser perdre. Racine, en s'en servant, n'a pu le rajeunir ; cependant il est plus noble qu'arriver.

Avertir pour apprendre.

Qu'est-ce qu'on vous éerit"? daignez m'en avertir.

/pli., aet. I, se. i.

La Harpe dit que dai/jiwz m'en instruire était la phrase absolument nécessaire. C'est une erreur; on dit très-bien dans le style familier : S'il vient quelqu'un, vous m'en avertirez, pour vous m'en instruirez, vous m'en donnerez avis. Encore aujourd'hui l'Académie le prend dans ce sens.

AvEB'rii;.

Et u'meriiinez point lu eour do vous quitter. .

tînt., aet, I, se. II.

448 I) un 10. \i\ AIRE CHITIurK.

Le verhe avenir, dit avec raison Louis Kacine, n'avait point encore été employé clans un sens si beau.

Avoin COMPTK A RENDRE.

Do niill'' a lirrs socrot-; j'aurai compic à vous rendre.

lîyil., aci. ni, se. vu.

J'ai coiiiple il vous remire, dit La Harpe, est une construction vicieuse : on dit avoir il rendre compte, la phrase est toute faite, pt l'on ne peut rien y changer. Il nous semble au contraire que l'expression de lîacine dit tout ce que dit la phrase toute faite, l't qu'elle Ir dit plus rapidement, c'est-à-dire mieux. Elle est donc digne d'être française, et l'autorité de iiacine doit la faire adopter.

j'ai nom Eliacin.

Atli., art. II, se. II.

La Harpe a vu dans cette phrase un latinisme : nometi hubere l'elriiM. Cette phrase est-elle bien latine? Ne serait-ce pas plutôt inilii nomen est Peints, traduit par : J'ai nom Pierre, iiiihi est se traduisant presque toujours par /'«î? .Uilii esl librr.yai un livre. .Mais alors la tournure du vers de Racine est un gallicisme, et non un latinisme. .Vu reste, ceux qui ont dit que celte forme naïve était nouvelle à l'époque de Racine se sont trompés : on la trouve dans le dictionnaire de Nicot, au mot Nom.

liAllIlIKUE DES MLRS.

Dos murs (le ce palais ouvrez-lui la barrière.

tinj , acl. l,sc. II.

Partout ailleurs cette expression, la barrière des murs, serait impropre, mais ici elle est juste, parce (pi'il s'agit des murs du séi'ail.

HoiRK I,.\ JOIE.

Semble boire avec lui la joie à pleine coupe.

LaIU., aet. II, se. ix.

lielle expression empruntée de Airgilo, (|ui dit que Didon buvait l'amour à longs traits.

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