DICTlO.NNAIHt: ClUTIOUE
a réservée pour les femmes; et cependant, suivant la remarque de La Harpe, elle est très-bien placée ici, tant les nuances du langage tiennent aux mteurs. Celles du sérail autorisent cette huidiesse de style.
Ch rrOL'II.LER I.'ORGLILI.ELSlî F0IB1.ESSK D"u\ COEUR.
Ce nom de roi des rois
Cliatoiiil'oit de mon cœur rorgueillcuse Tuiblesse.
Iph., act I, s.-. I
Comme Raciu? sait ennoblir ce mot par Tlieureux contraste du mot orgueilleux! Corneille avait aussi tenté d'ennoblir ce mot : la tête de Pompée présentée à César
Chdtouilto't malgré lui son àme avec surprise.
Chercher des charmes a une douleur.
Que sais-jf? à ma douleur je chercherai des charmes.
Baj., act. II, se. v.
Cherchev des charmes à sa douleur. On dirait en prose des consolations; des charmes est plus heureux et bien plus poétique, liacine a pu être conduit par l'analogie à cette toucliante expression, car on disait très-bien alors charmer la douleur.
CuiE.xs.
De son sang inhumain les chiens désaltérés, Et de son corps hideux les membres déchirés.
Allt., act. 1, se. I.
Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux. Que des chiens dévorants se disputoient entre eus.
/(i., act. II, se. V.
Les chiens désallércs, les chiens décorants. C'est par de nobles épithètes que le poète relève les mots vulgaires. Ces vers sont cités dans toutes les rhétoriques, et c'est précisément ce qui nous force de les rappeler ici. (Voy. Boucs.)
CiEU.x l'ïRMÉs, imitation de la Bible.
CiEux d'airai.n, métaphore créée par Uacine.
Les c^cu.v p.ir lui formés et devenus d'airain.
.illi., act. II, se. I.
Cl-ARTÉ DIX RA.XC.
Tasse subitement de cette nn't profonde
Dans un rang
Dont je n'ai pu de loin soutenir la clarté.
lii'il., act. 11, se. ni.
I,oui> Uacine observe qu'on dit la majesté, la splendeur d'un rang et non pas la clarté; mais il ajoute aussi avec raison que ce
DICTIONNAIRE ClUTIQUE. 4.">3
mot clarté est beau, parce qu'il répond à celle nuil profomle du vers précédent. Ainsi l'image poi''tiiiue fait prévoir et rend en quelque sorte nécessaire l'expression nouvelle.
Coeur de toutes parts ouvert.
Et d'entrer lîans un rtiMir do tualos parts ouvert.
l'Iiùdr., act. II, se. i.
l'uur un cœur banal, un cœur toujours prêt à se laisser prendre.
Cœur nourri de sang.
Co creur nourri de sang et de gnerre affann^ y*
Malgré le faix des ans et du sort r^ui l'opprime. Traîne partout l'amour qui l'attache à -Monime.
Milln:, .ict. Il, se. 111.
Yoilà comme s'annonce l'amour de Mitliridate. Un cœur nourri de sang, a/famé de guerre, et qui traîne partout, malgré le fardeau des ans, l'amour, etc. On ne pouvait mieux exprimer, d'une part le caractère du héros, et de l'autre le malheur de sa passion. Toutes ces expressions sont neuves.
COKl R l'KRCÉ DE l'LEURS.
Je viens le cœur percé de vos pleurs et des siens.
lier., act. "V, se. III.
On dit vulgairement vous me percez le cœur pour exprimer le violent chagrin qu'on nous cause : mais cette figure perd ici de sa force en perdant de sa vérité; des pleurs émeuvent, touchent, attendrissent, mais ne percent pas.
COKUR l'HÉOCCUPÉ.
Perlide, en abusant ce cœur préoccupé, Qui lui-même craignoit de se voir détrompé.
Iltj., act. IV, se. V.
Ce cœur préoccupé, c'est-à-dire vaincu d'avance. Uacine a si bien senti que ce latinisme serait iieu compris, qu'il a cru nécessaire de développer la même pensée dans le vers suivant.
COI.ÈRE QUI ÉTI.XCELLE.
.\insi du Dieu vivant la colère étincelle.
Eith.. aet. II, se. viii.
Expression poétique plus belle que le ignescunt irœ. Commettre a des périls, exposer à, etc.
Mais à d'autres périls je crains do le commettre.
Baj., act. IV, se. i.
Aux alTronts d'un refus craignant de nous commettre.
//j/i.. act. II, se IV.
4b4 DICTIONNAIRE CRITIQUE.
Dans ce sens il est plus latin que français (periculo committere) : exposer quelqu'un à un péril. D'Olivet a critiqué ce vers; mais Racine tenait à cette expression, car il l'a employée plusieurs fois dans la même acception.
Commis pour confié.
Que le sort d'.\ndromaqne est commis à t.i foi.
Antlr,, art. IV, se. i.
Dôfondu jusqu'au bout les jours qu'ils m'ont commis.
Boj , act. IV, se. 1.
L'emploi de ce mot dans le sens de confié est un latinisme lieureux. On le trouve dans Nicot, qui cite cette phrase : Se commellre àla fortune, forlimœ se commillere. Racine n'est donc pas le premier qui l'ait emplojé en ce sens, mais il est le premier qui l'ait fait entrer dans la poésie.
Compte s.v i.iberti':.
Borne
Du règne de Néron compte sa liberté.
Bïit., act. I, se. II.
Ellipse. Compte ses jours de liberté.
COMPAGiNE DU PÉRIL.
Cmipagns du périt qu'il vous falloit chercher.
Phcdr., act. II, se. v.
Par ellipse, pour ta compagne dans le péril. C'est une de ces fines.ses de diction qui donnent un ton poétique aux idées les plus communes.
CoMPARESTiiE pour comparoîlre.
Si je leur donne temps, ils pourront comparestrc.
Plaid., act. I, se. m.
Dans l'édition de Barljin, 1097, Racine écrit cnmpnrestre, et ce mot rime avec fenesire. Tous les éditeurs de Racine, depuis Luneau, ont cru devoir réformer l'orthographe de Racine, et ils ont eu raison. L'ancienne orthographe ne pouvait plus convenir à une langue toute nouvelle: mais peut-être eilt-il été bon de rappeler quelquefois dans des notes les changements qui s'étaient opérés. Nous citerons quelques exemples. Racine écrit: audiance pour audience, — robbe pour robe, — preste pour prête, — teste pour tête, — baailler pour bailler, — gouster pour goilter, — pronte pour prompte, — mestier pour métier, — plaist pour plaît, — hasar pour hasard, — conte pour compte, — void pour voit, — asseurer, — beuvez, — parolle,— contract, — accroistre. (Voyez le mot nimr.)
DICTIONNAIRE CRITKJUE. 455
f.OXCERTF.R pour chiinlcr en chœur.
Ils concertent sur les rameaux.
PaijSttijede /'. /(., odo III.
Otte acception a vieilli, et c'est dommaee. C'est par opposition à ce sens que l'on a dit au figuré déconcerter.
Tu (iis, et ta voix décorcerto I.'nnire éternel dos éléments.
Ode tirée du psaume XVU.
Condamné et \iO\ir à laquelle, etc.
Que cette pompe où je suis condamnée.
Eslh., act. I, se. IV
Être condanin(''e à la inasnificence, à la pompe des frrandeurs; c'est une belle antithèse.
('.0\n VSINF.R DE.
Ne me condamne encor de trop de cruauté.
MiVir., act. IV, se. v.
Latinisme qui ne blesse pas la logique de notre langue; puisqu'on ilit bien accuser de. absoudre de, convaincre de, pourquoi ne dirait-on pas condamner de, c'est-à-dire, condamner comme coupable de...
Condamner s.ws espoir.
Sans espoir de pardon, m'avez-vous condamnée?
Andr., act. 111, se. vu.
D'Olivet blùme m'avez -vous condamnée sans espoir, qui signifie grammaticalement sans conserver d'espoir. Mais le sens indique suffisamment l'ellipse, sans me /«i.?ser d'espoir. On pouvait mettre me vois-je condamnée. Mais que serait devenu ce tiiuchant appel au cœur de Pyrrhus? P.acine avait trop le sens poétique et dramatique pour commettre une pareille faute.
Confondre pour troubler.
Vous (!.'li.urn<'Z les yeux et serablez vous confondre.
Bn\, act. II, se. IV.
Il était d'usage autrefois. Racine représente Titus comme se confondant lui-même, s'abimant dans son trouble et dans sa confusion : c'est dommage que h- mot ait vieilli dans ce sens; un emploi heureux pourrait le rajeunir.
Connaître ou connoître. (Voy. liime.)
Constance des yeux.
Ses 5-eux indifférents ont déjA la constance D'un tyran dans le crime endurci dès l'enfance.
hrii., act. V, se, vir.
4o6 n 1 1: T I O N X AIRE C li I T I (J L" K .
Racine, dit La Harpe, ne doit qu'à lui-mèinn ce coup de pinceau qui est dans la manière de Tacite. Conslancc est là pour ahsenrc de toute liésitation. Nul mot dans la lan,<,'ue ne pouvait le remplacer.
CONSTEP.MÎE DE JIO.N DÉSESPOIR.
D'un lAclie dé,sespoir ma verta consternée.
Biij.. act. II, se. V.
La Harpe remarque qu'on peut être consterné du désespoir de quelqu'un, et non de son propre désespoir. — C'est un latinisme. Consleriiare veut dire abattre; or, on peut être abattu par son propre désespoir. La Harpe a donc jugé cette locution avec trop de rigueur.
CoNTEn.
Hélas! avec plaisir je me faisois conter
Tous les noms des pays que vous allez dompter.
/ph., .-ict. IV, se. IV.
Ce mot naïf est bien placé dans la bouche de la jeune princesse, et il est relevé par le dernier mot du second vers. Quant à l'idée, elle est des plus touchantes. Iphigénie loue les conquêtes futures d'Agamennon, mais en le ramenant au sein de sa famille, dont elle rappelle les entretiens les plus doux. Tout cela ostd'una délicatesse exquise, et mérite d'être remarqué.
COMER.
Et venois vous coiikr ce désordre funeste.
Alli., ,ict. II, se. n.
L'Académie dit que le mot conter est impropre et du st)ie familier. Elle aurait dt'i remarquer, au contraire, combien celte expression était naturelle dans la bouche d'un enfant. Elle donne à son récit toute la naïveté du son âge, et le poëte a dil l'employer à dessein. Cela est si vrai qu'on le trouve encore acte V, scène vi. Mais comme ce n'est jias un enfant qui parle. Racine l'a relevé par la grâce particulière et par la nouveauté du tour.
Cû.NTi': SON EMA\Xi;.
Nos lévites, du haut de leurs sacrés parvis, Ont conté son enfance au glaive dérobée.
,4(A., act. V. se. vi.
On ni' pouvait rmilic d'une manière plus heureuse cette pensée : onl conti; pur (/aul moijen son enfance fat dérobée au glaive. Cette expression naïve réveille en même temps l'idée du miracle, celle de l'innocence et celle des vertus (|u'ûn a droit d'espérer d'un prince, objet des faveurs du ciel.
niCTIONNAlUli CHIIIQUF.. 457
ÇoNTKR Al \ nor.iir.Hs.
Arîjnc aux roclu^rs contant ses injustice*.
/ph., act. I, <:c. 1.
I.'abaiulon, la solitudi>. la doulcuf si> ti'ouviMit exprimés par ces mots : couler aux rochers.
CONTRKDIP.E A QIELQL'UiN.
l.nin (1p hny coulit-fli r.
C'est à vous lie passer du cdlé de l'empire.
llyi{., act. II, se. m.
Latinisme. Conlradicere aliciii. Kii français, contreilire prend le réfrime direct, soit avec les clioses, soit avec les personnes. Il est clair que llaciiie a clioisi le réaime indirect de préférence, et comme plus élégant, puisque l'autre ne le gênait en rien.
('.0N\ AI\i;UK I.Kt lis AMOIKS.
observez ses regards, se% discours, Tout ce qui convaincra leurs perlides amours.
n<tj , act. IV, se. 111.
Métonymie élégante. \'.n iirosc, il faudrait : to}H ce qui convaincra ces perfules antunU , car on ne peut proprement convaincre que les personnes, et non pas les choses. C'est Uacine ()ui a enrichi la langue de ces formes hardies et poétiques.
(JOI LICLItS, l-WKMKi; 1>KS COlLEIllS.
J'inventai des couleurs, j'arm.ni la calomnie.
l^stli., act. II, se. I.
Cette e.vpression n'a p:is fait fortune. Racine n'en est pas l'inventeur, on la trouve plusieurs fois dans Corneille.' Sortie de la langue poétique, elle est tombée dans la langue vulgaire, sans jamais avoir été adoptée par les bons écrivains.
COLBACE COMKLS DES BO.M'ÉS.
De mes lAches bontés mon courage est confus.
AitfU-., act. IV. se. m.
Coiinif/e est pris ici dans le sens du latin aniinuK, qui \put dire fierté. Corneille emploie souvent le mot coiirai/e en ce sens.
Coi r.orr m'olbi.ier.
// fonioit m'ùiOiiitir.
Dans l'oiul)re du secret ce (eu s'alloit éteindre.
Milhr., act. IV, se. iv.
// couruil tnouhlier. Ce dernier vers est rapide. Monime aime trop pour s'appesantir sur cette idée; et (|Up1 charme et quelle
1. Dans la suite du Mtidmi-, act. I, se. m. et dans Pompée, ad. 111, se. it.
pudeur dans le vers qui suit : L'ombre dit secret cl un feu qui x'elciiil dans celte ombre. Ou sent que c'est une femme qui parle ; mais il n'y a que Racine qui fasse ainsi parler les femmes.
CoLRONNKT. SIR TANT n'ÉTATS pouT /"«(>e rc^Her.
11 va sur tant d'Etats couronner Béréniro.
lii-y., act. I, sr. iv,
Cniironncr c'p.it faire régner. La poésie s'empare de celte analojrie, et elle dit couronner sur; le rapport des idées justifie la construction, comme la belle image de couronner décèle le poëte.
Coi'RS DE LA FUREUR.
Toujours de ma fureur interrompre le cours.
,1 iidr., act. I, se. I.
11 y a des beautés accidentelles dans la langue poétique; colleci est du nombre. On ne dit pas le cours de la fureur, parce que la fureur est un état rapide et passager ; l'expression devient excellente, lorsqu'il s'agit d'un homme dont la fureur est l'état habituel ; le mot alors peint tout un caractère.
Racine a souvent employé ce mot, mais pas toujours d'une manière aussi heureuse ; il a dit: le cours de la haine, le cours des inimitiés, etc.
.le sentis que ma h:iino alloit finir .son cours.
.Intlr.. net. 1. se. i Do mes inimitiés le cours est achevé.
Anitr., .Tct. T, se. ii,
COIRS DES l'RODir.ES.
Faut-il, Abner, faut-il vous rappeler le cours Des prodijîes famcui accomplis de nos jours ■'
:llli., act. I, .se. i.
I.e cours des prodiges est nue heureuse expression. i'.wi: vxcE.
Soi^jneur, à vos soupçons donnez moins de cri'ance.
ISrit., act. 111, se. v.
Ce vieux mot doit être conservé: on en a fait croijance, qui n'exprime cependant pas la même idée. On dit lettre de créance et non lettre de croi/ance. Cela veut dire qu'on peut ajouter foi à celui qui la remet. Pascal a dit dans le nit'me sens : perdre créance dans les esprits : perdre croyance exprimerait une autre idée.
Crie, %in sang qui crie.
Respecte?, votre sanjj
Sauvez-moi de Thorreur de l'entendre cric»-.
Phèdr., act. IV, se. iv.
On dit le cri du sang. Phèdre entend le sang crier: dans Alliûlie, le sang de vos rois crie. Ces expressions nouvelles on France sont empruntées de la Bible : Le sang d' Abnl crie de la nature à moi. iGeii., eh. iv.)
Cnis pour adieux.
Qu'il n'ait en expirant que ces cris pour adieux.
Ilnj., aet. IV, se. v.
Belle expression empruntée au Cid de Corneille :
Nous laissent pour aiiieux leurs rris ôpouvantables,
L'Académie critiqua ce vers, et Corneille eut lo i;i'and tort de lui substituer le vers suivant:
Poussent jusrjues aux eious des cris épouvantables.
Racine reprit le bien ipie Corneille avait abandonné.
Cn.OIRF. SUR UN SOtPlR.
El je vous on rroirai sur un simple sonpir.
lîti'., aet. II, se. i\ .
On dit croire sur parole. Cette tournure vulgaire devient poétique par l'emploi du mot soupir.
ClLTIVEIt L\ HAINE.
^■ûus cultivez déj.â leur haine et leur fureur.
.I('i., acl. II, se. VII.
Que cette figure est expressive et juste! L'éducation est la culture de l'esprit et de ràine, des bonnes ou des mauvaises passions, suivant l'instituteur.
David i':ti;im pour la race de David éleinle.
Et de David éteint rallumé lo flambeau.
.1//'., aet. I, se. II,
On ne dirait pas de César éleiiil, en parlant de la race de César. Cette épithète, qui accompagnerait mal tout autre nom , semble faite pour celui de David, la lumière d'Israël, d'où sortit la lumière des nations, .\ussi le poète fait-il de David un flambeau, et c'est précisément là ce qiii rend son épiiliète si belle,
DlÎBRIS.
Et laisser nn débris du moins après ma fuite.
linj., aet. IV, se. vu.
Ce vers grandit, pour ainsi dire, dans la bouche d'Aconiat. 11
460 niirriONNAIRE CRITIQUE.
semble que ce vizir, en fuj'ant, laisse derrière lui une ruine capable d'arrêter les ennemis de Dujazet.
DÉCEVANT pour iroitipi'itr.
Ai je pu résister au charme di'ecvantt etc.
Phédr., act. 11, se. i:.
Ce. mot était tomb»'' en désuétude du temps de Baciiie, (lui Ta pour ainsi dire ressuscité. Il est employé ici avec un rare bonheur, liuisqu'il est un trait de caractère. Même en déclarant son amour, Hippolyte n'ose en avouer les charmes, il voit dans cette passion quelque chose de trompeur, de décevant : on ne pouvait mieux dire.
Dl'XLARIiR.
Je sentis contre moi mon cœur se déclarer.
Iph., act. II, se. I.
Quand nous aimons malgré nous, dit Louis Racine, notre cœur se déclare contre nous.
I)i^;faillir pour s'affaiblir.
J'ai senti défaillir ma force el mes esprits.
Biij., act. V, se- t.
Vieux mot que Racine nous a conservé, et qu'il ne faut pas laisser perdre. Défaillir dit quelque chose de plus que s'a/j'iiililir.
Di%MARCHK pour //les pas.
Qui conduise vers vous ma démarche timide.
Phêdr., act. V, se. i.
Quoique le mot démnrclic n'ait pas tout à fait le sens que lui donne ici Racine, il a pu l'employer par analogie, car on peut dire : conduise mes pas timides.
Dkxiée pour refusée.
Possédant une amour qui me fut déniée.
Mahr., art. 111, se v.
Ce mot a \ieilii, et cependant il est bon, il est indispensable, car il ne signifie pas seulement refuser, mais refuser une chose juste, une citose que l'équité exige. On voit toute sa force dans la bouche de Mithridate parlant à Monime: c'est presque un reproche, .\ucun autre mot de la langue ne peut remplacer celui-ci.
Dé.noier in hy.mk.\.
Kt me fait dénouer Un hymen qui le ciel ne veut point avouer.
lirit., act. II, se. m.
DICTIONNAUUi CUITIHUt:. 461
La Harpe fait observer que, puisque riiymen est un nœud, le dénouer est une expression élùgante sans être hasardée.
DÉPL nABLE Okeste.
Pr6to à suivre partout le tli'plorabte Orcsic.
Andf., act. 1, se. l.
Vous voyez devant vous un prince dcphntOU'.
Phèdr., act II, se. n.
L'usage a consacré CRtte bolle expression, condamnée alors par l'Académie, qui l'approuve aujourd'hui.
DÉPOCiLLE, employé dans le sens de proie.
Tout Tempire n'est plus la dt-ponilh- d'un maître.
lîrit., act. I, se. II.
nacine veut dire une dépouille enlevée par un maître: il y a ellipse; mais le sens de la i)hrase reste obscur. Le moipvoie était mot propre.
riKPOlILLtMi L\E DOLCKLR.
DÉPOIILLER INE HAINE.
Eh bien! dépouille enfin celte douceur contrainte!
Alex., act. IV, se. m.
.\ve7-v0us dépouillé cette haine si vive?
Ath.j act. II, se. V.
DÉPOiiLLEs dans le sens de resta mortels.
i\ ne sép.iràt pas di'x dvpQuillrs si chères.
Audi'., act. III, se. vi.
Pétrarque dit de Laure : Lasciendo in terra la sua bella spoglia. Malherbe s'est servi de celle expression avant Racine, dans le sonnet sur la mort de son fils :
Que mon père ait perdu sa dépouille mortelle.
DÉROBER (me) pour m'enfuir.
Mais n'étant point unis par un lien si doux, Me puis-jc avec honneur dérober avec vous?
PUcdr., act. V, se. i.
Il y a une grande délicatesse dans ce mot me dérober. C'est une femme qui parle ; elle n'ose encore prononcer le mot fuir, elle le prononcera plus loin, mais après l'avoir justifié par la tyrannie dentelle est la victime ; en attendant, elle le prépare par ce mot : me dérober. Se dérober c'est se soustraire ; on dit se dérober aux ennuyeux, c'est presque comme si l'on disait se voler aux ennuyeux. Le mot reste fidèle à son éiymologie : me dérober avec vous, c'est me soustraire avec vous à mes tyrans.
DtsiNiR pour séparer.
Tant d'États, tant de mers qui vont nous désunir.
.ili-x , act. III, se. \i.
^ 462 UU/ilONNAlUli ClUTlnUE.
Grammaticalement le mot désunir n'est pas le mot propre ; mais il exprime de la manière la plus heureuse les craintes de Cléotile, qui tremble qu'une sepuration ne soit une dësanion, et, comme elle dit elle-même, ne l'efface du souvenir d'Alexandre. Ce sentiment est développé dans les vers suivants, comme si Uacine avait songé à justifier son expression.
DkIKO.MI'ER son EJillELIS.
Détrftmpe/. sun errciir, llûcliissez son courage.
Plù'dr., act. I, se. v.
Détrompez son erreur pour délrompcz-le. en signalant son erreur. C'est une synecdoche semblable à allcndrir sa rietoire pour attendrir lui victorieux. D'Olivet dit : Je n'ose reproclier cette hardiesse au poëte.
DiîïKiii pour vaincu.
Montrer au.K nattons Mitliridate ilétruit.
.Milhr., act. III, se. l.
Mithridate vaincu, dit La Harpe, est ù tout le monde, Mithridate détruit est au grand poëte. 11 y a dans cet homme qui s'appelle .Mithridate tout un empire, toute une puissance ! C'est ainsi que ce que l'on croit n'être que de l'élégance est une grande idée. Le poëte a l'ait de cette expression un tableau. Montrer aux nations -Mithridate détruit.
DEV.ixï pour avant.
L'assassiner, le perdre! ah! dccunl qu'il expire!
Aiidr., act. V, se. i.
A répoque de Uacine, le mot devant pour avant était encore d'usage. Aujourd'hui la grammaire a décidé que avanl serait relatil' au temps, et devant aux lieux et aux personnes. Ainsi ou doit dire: avant sa mort, avant qu'il expire, et devant lui, devant sa maison. Les locutions vieillies sont en très-petit nombre dans Uacine, nous avons cru nécessaire de les signaler.
Devant que.
tel devant que mourir la triste Eércnice.
Ijcr., act. IV, se. v.
Un disait alors inditléremment devant que ou avanl ijuc, comme on le voit par une remarque de Vaugelas. Aujourd'hui on dit toujours avant que, et on doit ajouter de lorsqu'il suit un infinitif.
DlCïKl! IN SILENCE.
Sa répouso est dictée» et même son silence.
Btit., act. 1, se. I.
hlCTlONNAlUI' CUlTIOUt;. 463
L'expiession est neuve; il ne s'agit pas d'imposer silence, mais d'indiquer à l'empereur les circonstances où il devra se taire. On lui dicte un silence politique. Cette belle expression est restée dans la haute poésie.
Diligence pris dans le sens d'alleiUion à reprendre.
\\ï\ quittez (l'un censeur la triste diligence.
ItiH., ;iet. I, se. II.
Expression plus lutine que française. Diligence en français signifie promplittidc, activité. En latin il signifie proprement exactitude d'attention et de soins. La diligence d'un censeur est donc prise ici pour l'attention à reprendre. La Harpe pensait que cet exemple pouvait être suivi et donner à notre langue un terme de plus.
DlSCOIlUliS.
Ma faite arrêtera vos discoïdes fatales.
Bril., acf. n, se. vu'.
Le mot discordes au pluriel était alorj une hai'diesse. Ce pluriel donne à la diction plus de grandeur.
UlSl'OSKR U1-. L.V l'KliTK DE QIELOl'IN.
Que le ciel à son gré de nia perte disposa
Fièrcn cnn., act. II, ac. ii.
Geoffroy l'a remarqué avec raison : on dit bien disposer du sort, de la vie, de la fortune, du temps de quelqu'un, mais non pas disposer de sa perte. Déjà Racine essayait da rajeunir de vieilles locutions par le cliangeinent d'un mut; mais ces premiers essais ne furent pas tous heureux.
Disputer l.v lii.oiiii-; .\ qli.
Entre .Senèque et vous disputez-vous la gloire. A qui m'ctTaccra plus tôt de sa mémoire? /.'* U., act. I, se. II.
C'est AgrippJne qui parle: il y a beaucoup d'amertume dans ce mot la gloire, qui est de trop suivant la grammaire, mais qui est indispensable pour exprimer le dépit d'.\grippine. D'ailleurs tout justifie le poëte, et la vivacité, et la clarté de sa phrase. La Harpe trouve ici une ellipse; mais c'est une singulière ellipse que celle où il y a un mot de trop.
Disputer des pleirs.
Par combien de malheurs Ne lui voudrois-je point disputer de tels pleurs !
fph., act. IV, se 1.
454 IMCilOWAlHH CKITinUli.
Disputer des pleurs pour lui disputer l'amour qui peut faire verser de tels pleurs à Achille. Uelle ellipse.
DOLLELR ÉTLDIKK.
S ins pitié, sans douleur, au moins vtiultée.
Amh-., act. V, se. l.
Admii'able expression qui fut critiquée par Subligny, et (|ui a survécu à la critique. L'amour, quand il n'a plus même d'espérance, veut encore qu'on cherche à le tromper. C'est là son dernier recour,-, et c'est ce que Kaciiie dit si bien en ipieiiiues mots.
DoLTELX dans le sens à'hicerlain,. d'in'csolu.
(Jiii, Taxile, mon creur duiileit^r en apparence.
Alex., act. IV, se. m.
Duiileiixest pris ici dans une de ses anciennes acceptions qu'il a perdue. Aujourd'hui douteux signifie ce dont on doute, et non pas celui qui doute. On est incerlaia d'une chose, et une chose est douteuse.
DÉvoRKii SES PLEiT.s pour dissimuler.
Toujours verser dos pleurs qu'il faut que je dévore!
iièr., act. I, se. ii.
On dit dévorer une injure, dcrorer son chagrin dans le sens de dissimuler. L'expression de IVicine est plus belle encore.
ÉcL.UnClK IN IT.ONT.
Eclaircissez ce front uû la Irislessc est peinte.
Eslli., act. III, se. i.
N'éclaircircz-vous point ce front chargé d'ennuis ?
Iph., aci. II, se. M,
On (lit un fi'ont assombri, un front chargé de nuages. Ces phrases ont pu suggérer à Racine cette belle expression, et elles le justifieraient s'il en était besoin.
LCE.VTER E.\ r.F.I'ROCHES.
En reproches honteu.v j'éclate contre vou.s.
.f/fj-., act. IV, se. II.
Kxprcssion én(!rgique et poétique créée par liacine, et tpie Voltaire a cru pouvoir lui emprunter:
Vous ne m'entendrez point, amant faible et jaloux, En reproches honteux éclater contre vous. Zithf.
DICTIO.NNAIRK C KITIOUE. 465
Ffi-roi I)k so.n huas pour l'effroi cause par son bras.
En vnviint tio son br;is v<»lfr partout l'elTroi .
AleX', HCt. IV, se. II.
C'est k'i unu gnmiJo hardiesse poétique. Racine donne à e/froi un régime comme on en donne un à crainte. On dit la crainte de Dieu, et non l'elTroi de Dieu. De plus, le bras est pris pour la personne tout entière; le bras c'est le héros lui-même.
Corneille avait dit dans le Cid, mais beaucoup moins heureusement :
Commander que son brus nourri dans les alarmes;
et quoique l'Académie eilt condamné ce vers, il ne le changea pas. Égarement pris au propre.
Arcis s'est vu troinpor par notre ég.'irement.
//j/i., act. H, se. IV.
Dans ce sens il n'est plus d'usage, mais il s'est conservé dans le sens figuré. I.e poëte est d'autant plus excusable de l'employer ainsi, qu'il n'est point d'antre mol qni puisse répondre au latin errores.
L'.Vcadémie l'admet encore tout en disant qu'il a vieilli.
Ellipses.
Huit ans déjà passés, uno iinpio étransùrc Du sceptre de D.ivid usurpe tous les droits.
Allt., act. 1. se. I.
l'Orme qui rappelle l'ablatif absolu des Latins : huit ans éUaU déjà passés. Suivant les règles anciennes de la grammaire, il eût fallu dire : huit ans sont déjà passés depuis que. L'Académie, qui fait cette observation, ajoute (pie .Malherbe a la gloire d'avoir créé cette façon de parler dans sa prosopopée d'Ostende. Malherbe a donc créé la forme, mais c'est Racine qui l'a faite française.
Dans la confusion que nous venons d'cntendro, Les yeux peuveot-ils pas aisément se méprendre.
Mithr., act. V, se. l.
C'est-à-dire, dans la confusion des faits et récits que nous venons d'entendre. Ce n'est jamais dans une situation tranquille que Racine hasarde de pareilles ellipses. Lorsqu'on lit le vers on l'accuse, lorsqu'on lit la scène il est justifié.
Et loi, fatal tissu
lit périsse le jour et la main meurtrière Qui jadis sur mon front rattacha la première.
.l/iï/ir., act. V, se. I.
Cette construction mérite d'être remarquée. Il y a une ellipse. Qui ne se rapporte qu'à la main. Voici la phrase : Périsse le jour
viii. 30
466 DICTIONXAIRi: CKITIQUE.
où ce bandeau fui allaclic xiir mon froiil. el la main qli me l'atlacha la première!
KMBOlRSEn DES COll'S.
Et ^i J;ms I;i province II so donnjit en tout vingt coups de nciT lio bœuT, Won père pour sa part en emboursoit ilis-neuf.
/.es Plant., act. I, se. v.
La justesse de cette expression si comique tient à ce que le personnage se faisait, pour chaque coup, payer des dommagesintérêts. Ainsi il emboursoil véritablement la valeur des coups. L'Intimé, acte II, scène iv, venant de recevoir un coup de pied, dit
Bon, c'est de l'argent comptant ; J'en avois bien besoin.
EMBR.issEJiENTs pour eiUrevues, entretiens.
Et vos embrassements
Ne se passeront-ils qu'en éclaircissements.
Jliil., act. I, se. II.
Des embrassements qui se passent en éclaircissements^ expression digne de Tacite pour sa profondeur. Ainsi la division de la mère et du fils ne cessait pas même pendant leurs embrassements. Embrassements s'employait très-bien dans le sens ^''entrevue , parce que, du temps de Louis XIV, on s'embrassait en s'abordant. Molière a dit à peu près de mèiiio :
De protcitationi d'oiïrcs et de serirciits Vous chargez la fureur de vos embrassements. Misantlii-,
Emportement.
Je n'ai trouvé rjue pleurs mflés d'emportements.
.\til., act. II, se. v.
Ce mot venait d'entrer dans la langue ; le père Bouliours nous apprend qu'il avait été inventé pour exprimer les mouvements de la guerre civile pendant la Fronde, mais il ne peut en nommer l'auteur. 11 faudrait chercher ce mot dans les Mémoires de .Montresor. du cardinal do lietz. etc.
KmI'RESSER (s') rOlR L'.iMITlÉ.
Pour votre aoiilié seule Aiex.-indre s'empresse.
-l/fj'., act. I, se. I.
C'est une ellipse que la poésie peut se |)ermetlrc. Ou dirait fcu't bien en prose: s'empresser pour obtenir l'amitié de i|uelqu'uii; pourquoi le poète ne dirait-il pas : s'empresser pour l'amitié ?
UlCTlONNAlKli CKITIOLE. 467
K> Argos pour à Aryos.
.récrivis en Ar^-us, jiour h.\ler cg voyage.
IjiIk, ai't. I, se. I.
Outre rav;iiUage d'ùvitei" l'hiatus, les amateurs de l'anliquitii se plaisent à trouver dans cette locution une réminiscence de riiellénisme i-i Âsy.i ((ni Argos). (^cci pourrait presque justifier ce litre tant blâmé; IplnV'énie en Aidide, au lieu de à AiUis ; en ell'et, c'est le grec £■< AiiAiSt (en Aulis).
K.NCll.\l.\lj DE.
Quui ! toujours cnchaiDo de inu gloire passée,
/Irit., act, I\', se. m.
En prose il faudrait dire enchainc par; mais l'ablatif a plus de grâce toutes les fois qu'il n'est pas contraire au génie de la langue.
F.NKKEl.VUKE L.NE THOMESSE.
Si quoique traasgresseui' enfreint ceUe promesse.
Alh., .-ict. IV, se. III.
Association d'idées, et non pas seulement de mots. Ua dit riifrcini/re une loi: llacine par analogie dit: enfreindre une promesse, parce qu'une promesse doit être sacrée comme une loi.
E.\.\iis.
Va, je Veux être seul on rélat où je suis, Si toutefois on peut l'être avec tant d'enuuis.
Frères cnn.f act. III, se. i.
Racine emploie souvent ce mot dans le sens poétique du latin Uedia, pour cluujrins, soucis,doulei(rs proloni/ees. LWcsidémie sanctionne cette acception, qui, cependant, vieillit. La Harpe a tort de trouver ce mot froid. Il est peu usité dans ce sens, voilà tout.
E.\S,\JiGLANTER L.\ GLOIRE.
Ce n'est pas que ce bras, disputant la victoire, N'en ait aux ennemis eus-in^'Ianté la {,'loire.
Alex., act. III, se. II,
Pour vendre cher la victoire; c'est un latinisme lieureu.x : crnentaiii Itoslibus viclorinm efficere. On peut signaler cette belle expression comme un des premiers ett'orts de liacine pour enricliir la langue.
E.\SEVELIR JIOS COLPS.
Nous a fait dans la fuule ensevelir nos coups.
Alex., act. III, se. vi.
Mot admirable dans la bouche d'Ale.\andre quand il ne combat que la foule vulgaire des soldats.
468 DICriONXAIKE CKITIOUE.
Entendre des regards.
J'entendrai des regards que vous croirez muets.
littl., aCt. n, SL'. Ml.
Les regards parlent. Racine a donc pu dire entendre des regards : l'analogie fait dispariiitre en quelque sorte la hardiesse de l'expression.
Entendre s.\ fortine.
Vous avez entcmdu sa fortune.
Atli., act. Il, se. vil.
Josabeth adresse ces mots à Atlialie après l'interrogatoire du jeuneprince.il était in)|)Ossiljle de dire avec i>lus de piécision et en même temps plus poétiquement, vous acez entendu le rùcil du tout ce qui lui est arrivé.
E.NTENDRE UNE JOIE.
Ne l'cntendez-vous pas, cette cruelle joie?
Bvr., act. V, se. \.
I.ajoie est bruyante, donc elle peut se faire entendre. Ce sont ces hardiesses qui font la poésie.
Entrailles.
Lt vous qui lui devez des entrailles de père.
.[th., ,icl. II, se. V.
Ce mot est une des singularités de notre langue. Vulgaire, presque trivial au propre, il est resté noble dans le sens figuré
ENTRETiliiV UE SES l'LLLRS.
Nous n'avons d'entretien que ceiui de ses pleurs.
.\ii'îv., ai't. in, se. m.
C'est-à-dire d'autre sujet d'entretien que celui de ses pleurs. D'Olivet a critiqué cette ellipse. Les grammairiens ne comprennent pas que la règle aride doit fléchir devant une aussi touchante poésie.
Él'ANCIIEr, (s' E.V FILS.
}l s\ij)ancliuU ai fils qui vient on liberté Dans le sein de sa mère oublier sa fierté.
Uni., act. V, se. m.
Voilà une expression qui peint à la fois l'abandon du fils, l'illusion, la joie et l'orgueil de la mère. Racine seul trouve de ces mois qui expriment des passions, et (|u'on croirait ne pouvoir être inspirés que par elles.
Dir.TIO.XN.VTRI- CRITIQUE. 469
Envier ixe indicne conquête.
,\Uons, n'onvions plus son indif^no conquête.
Andy., act. II, se. ii.
H(>iireusp concision : dans ce ppii de mots Ifipot-te dit: cessons d'envier nu de désirer lacon(|iuHe d'un ingrat, que son ingratitude ivnd indigne de moi.
K.NViER dans le sens de priver.
Soit que son cœur, jaloiu iruno .lusti^ro fierté, EnvjAt a nos yeux sa naissante hoauté.
llrit., act. n, se. II.
C'est un latinisme. On dit ini roi envie à son peuple le bniilieur de le voir, pour faire entendre ipril ne le laisse pas jouir de ce Ifonlieur. Un des bergers de Virgile s'exprime ainsi : Bacchus envie aux collines l'ombrage de la vigne.
Liber panipineas invidit collihus nmhras.
KPOfSE EN E.Sl'iJnVNCE.
Quoi ! déjà de Tilus épouse on espérance.
Hèr., act. I, se. i.
Épn\ise en espérance: expression heureuse et neuve, dit Voltaire, dont Racine a enrichi la lanirue, et rpie par conséquent on critiqua d'abord.
KSPOIR CHAR.MA.XT.
Un espoir si charmant me seroit-il permis?
/înrfc, act. I, se. IV.
D'Olivet dit qu'es';)'»'/- ne doit s'employer qu'en parlant des choses (|ui sont à venir. C'est bien : mais la certitude d'être cherché n'est pas encore chose présente pour Pyrrhus, puisqu'il demande: Me chercliiez-voiis .madame? Il peut espérer qu'elle répondra oui. Racine a donc bien employé le mot.
Et foible, pour bienqu''élanl foible.
Qui <)evant les bourreaux s'éloit jetée en vain, Et, foiltle, U' tenoit renversé sur son sein
AUt., act. I, se. II.
Le sens seul de lu phrase nous apprend que foible se rapporte à nourrice p.t non à Joas. C'est une de ces tournures hardies et toutes familières aux Latins que Racine a essayé de rendre françaises. Mais le génie de notre langue, sans y résister tout à fait, ne permet pas toujours de l'employer avec autant de clarté que le fait ici Racine.
Et pour auiisi.
HBMOÏl.
Madame, cet arrêt ne vous regarde pa:, etc.
ANTIGONB.
Et ce n'est pas pour moi que je crains leur Teugeance, etc. Frères enn., act. II, se. n.
Racine donne ici au mot el le sens du mot aussi. En latin et employé pour eliani, est très-usité. Yoln el ipse, moi aussi je le veux. Racine IVmploie'aussi dans le sens d'itnqite. Cette espèce de latinisme n'était pas heureux; il n'a été compris ni des commentateurs ni des imprimeurs. M. Didot va jusqu'à proposer de changer et en eh !
Expirer la mémoire d'ine actio.n.
D'une action si noire Qup ne peut avec elle expirer la mémoire!
Pltidr., act. V, se. vu.
Thésée répond à ce qu'il vient d'entendre :
Elle expire, soigneur!
et il répète le même mot en l'appliquant à la mémoire de l'action qu'il déplore. Tout cela est logique, et la langue ne souffre pas à cause du rapprochement.
Exi'ijQrER (s') A orEi.Qi'r>' pour lui expliquer sa volonté.
Me prêter votre voix pour m'exphquer à lui.
Baj., act. I, se. m.
On dit communément s'expliquer avec quelqu'un, pour avoir une explication; mais s'expliquer à quelqu'un, c'est lui faire connaître ses sentiments, c'est lui ouvrir son cœur, et dans la bouche de Roxane, c'est lui donner le choix de l'épouser ou de mourir. C'est ainsi que Racine fait un trait de caractère d'une simple expre.ssion.
ExTREI'RE.NDRE l.\E CARRIÈRE.
Vous n'entreprenez point une injuste carrière.
Baj., act. II, se I.
Entreprendre une carrière, c'est entreprendre de laiiarcourir. La phrase serait bonne ; mais une carrière ne peut être ni juste ni injuste, et c'est l'emploi de cette épithète qui rend le vers de Racine répréhensible. — Critique contestable.
nir.TlONXAIRK ClUTIQUE. 471
Fmi.i.ir.
No m'ont acquit lo droit di^ faillir rommo lui.
/'/»■■((/•-, act. I, s.-. I.
ViPiix mot f|uo Racinn nous a conservé et qu'aucun autre mot n'aurait pu remplacer. Encore aujourd'hui, si ce mot manriuait, il serait impossible de refaire le vers d'Hippolyte.
Fmrf. i.'amolr.
Ah, lAi-he! fois l'tDtMur, et renonce à l'enipiro î
tlrr., ad. IV, SI', iv.
Ceci n"esi point une expression nouvelle; mais ce qui est nouveau, c'est d'avoir fait d'une expression presque triviale une expression digne d'entrer dans le style soutenu.
rMiii-; ï uni-; nus ri.iii us.
fali-iia-s, iiui Talten'ï en cps lieu.x.
Fera taire nos pleurs, fera parler les dieux.
I/'it., act. I, se. I.
Manière poétique dédire: il noiis forcera de pleurer on secret, ou même de cesser de pleurer.
FmRE parler des DOtl.ELRS.
Et comme il faut enfin fais pnrlrr mes danletin:.
Frères enn.f act. I, se. vi.
C'est là une des b 'Iles expressions inventées par le poëte : malheureusement elle est un peu gâtée par ces mots vulgaires; cnmmc il faut.
Faire parler les teux dains des coeurs.
Venez dans tous les cœurs faire parler vos yeux.
Andr., act. Il, se. ii.
Expression neuve, liardie et pleine de vérité, les yeux ont leur langage et c'est aux cœurs qu'ils parlent.
Faihk t ne attaoue ue la haine.
Faisons île noire liaine une commune att^ique
Andr., act. II, se. ii.
Expression plus vive et plus poélieuei|ue ne le serait : unissons notre haine dans une commune attaque, ou, attaquons-le tous deux avec la m^'ine baine.
472 niCTIONNAlRli CIUTIQUE.
Faix, un cwur qui s'a/fermil sous vu faix.
Surtout j'admire en vous ce cœur infatigable Qui semble s'affermir sous le faix qui l'accable.
.tjilln-., ait. m, se. 1.
Ce qui frappe ici, c'est surtout la justesse de l'image. Un lourd fardeau écrase ce qui est faible, et donne plus de stabilité à ce qui est fort.
F\Tl(;i!ER UNE MER IMMOBILE.
Fatigua vainement une mer imnuibile.
Iph., act. I, se. I.
Virgile a dit iwclein dii'mque fulit/ntil ; mais ici Racine ajoute quelque chose à son modèle : la mer inutilement fatiguée reste immobile.
Fausse douceur affectée.
11 affecte pour vous une fausse douceur.
Ath., act. I, se. 1.
L'Académie a condamné /«(«se rfo(<cp(«' joint avec affccU'e. F!n effet, on dit bien affecter une grande douceur, mais une douceur affectée est toujours fausse. — Critique contestable.
Favkius dk i.\ ouerhe.
La guerre a ses faveurs ainsi que ses disgrâces.
.Millir., act. III, se. i.
Les faveurs de la guerre, cela ne s'était jamais dit, et cela est admirable surtout dans la bouche de Mithridate.
Favorable.
Jt;hu n'a point un cceur farou lir. inexorable; De David à ses yeux le nom est favorable.
Mil., ;ict. III, se. VI.
C'est-à-dire en faveur. Cette hardiesse n'a pas été imitée. Feindre a quelqu'un que...
11 lui feint fju'eïi un lieu que vous seul connoissez, Vous cachez des trésors par David amassés.
.itii., act. I, se. I.
Latinisme doul)lemi'nt liardi. lllimenlilus est Ihesaurumesse... Cette locution est une de celles que Racine empruntait aux anciens pour substituer des constructions rapides à nos constructions languissantes.
dictionxairf: critique. 473
FkH OlI CONNAÎT.