I.p fer ne eonnattra ni lu sexe ni l'iïge
lintli., .ict. I, se, ni.
Cettf figure est si naturelle ot si heureusement employée, qu'à peine on en sont la liardiesse. Homère cependant est encore plus hardi, lorsqu'il iirète au glaive du iruerrier le désir de percer l'enuoiiii.
FlDil.K K> SKS MICNACES.
Kt Dieu trouvé fidèle eu toutes ses menaces.
Atli , act. I, se. I.
Association de mots d'autant plus heureuse que l'on est accoutumé à ontendre fidiUi^ uses promessps,
l'iXK V SI-; VKNGKIl.
Tantôt à me venger fixe et déterminée.
liiij., act. TII, se. V.
On n'est pas fixe à une ehose. Fixe exprime ce qui ne varie pas; il a plus de force que déterminé, avec lequel il forme un pléonasme. — Le vers n'en est pas moins excellent.
Fléchir ux courage infi.kxible.
Mais de faire flécliir un courafïe inflexible.
l'héir., ad. II, se. i.
On ne fait pas fiécliir une chose inflexiljle. Le mot n'est bon que parce qu'il exprime un vœu, un désir, une gloire qui peuvent se réaliser quoique en apparence irréalisables. Les tragédies de Racine oIVrent plusieurs exemples de cette merveilleuse alliance de mots, et entre autres le fameux ver.s :
Pour réparer des ans l'irréparable outrage.
Forcer a vouloir.
Et puisqu'il m'a forcée enfin à le vouloir.
Andr., act. V, se. i.
Forcer h vouloir, c'est dompter une volonté, c'est plus que forcer à faire. L'expression est aussi neuve que belle.
FlIH 1 .\ SILKXCI-:.
Il rentre ; chacun fuit son silence farouche
liiit., act. V, se. viii.
Avec deux mots qu'il unit pour la première fois, le poëte fait un tableau.
FlRELR DES ADIEUX.
Mais j'attesie les dieux.
Témoins de la fureur de mes derniers adieux.
Andi-., aet. II, se. ii.
474 DltniOXNAlRE CRITIMUE.
Que de choses dans une seule expression, la fureur des adieux ! Tout Oreste est là.
Flrelr tranquille.
Ma tranquille furtMir n'a plus qu'à se venger.
Unj., art. TV, se. v.
Le mol est d'autant plus ln^au que celle qui le prouoiice est plus agitée, et qu'elle se croit de bonne foi plus tranquille. File est tranquille, dit La Harpe, parce qu'elle est sûre de son malheur.
Gknrr pour Inrlnrer.
Et le puis-je, madame y ah! que vou?: me g^nez!
An'li., act, I , se. i\'.
Voilà uu mot qui a perdu toute sa force en perdant sa signification primitive. On disait autrefois appliquer à la gêne pour appliquer à la question. Pris au figuré, le mot était plein de vigueur. Corneille a dit dans Rodogune :
Puis-je vivre et traîner une gêne éternelle!
.\ujourd'hui le mot ne signifie plus (\u incommoder, et le vers de Hacine est du très-petit nombre de ceux qui dans ses œuvres ont perdu de leur énergie.
GÊNER pour embarrasser, pour inquiéter.
Bnlannictis le f^rne, .Ylhine, et rna<iiii' jour, etn.
Iliil., ad I, se. 1.
Nous venons de voir liacine employer ce mot dans le sens de f/éne, géhenne, torture. Ici le mot se prend dans une acception moins violente, il ne veut plus dire (\n" embarrasser.
Gi^;.ME.
Mon génie étonné tremble devant le .sien.
Ilril., act. II, se. II.
Le mot génie, dans le sens qu'on lui attribue ici n'était pa> de notre langue avant Racine.
Gl.\ive qli m.vkciie.
(Juel est ce glaive, enfin, qui marche devant eur?
.^lll., act. IV, se. I.
La poésie seule peut hasarder une pareille image : un glaive
DICTIONNAÎIiK C. lUTIQUIÏ. 47o
i]iu marche! Louis Racine justifie cette liardiesse eii disant que le glaive étant porté en cérémonie, on peut dire que le glaive marche. L'expression est à la fois poétique et juste.
GlOIIIE l.NKNOliXUI.K.
Ma gloirt- inexorable à toute heure me suit.
Bér., act. V, se. xi,
L'ne gloire inexorable pour une gloire qui ne permet pas de transiger avec elle. La concision de cette expression est bien remarquable.
Graciëix.
Que c'est une eliuse cliarmaiile De voir cet étaug gracieux.
Le f'aysarje de P. /(., ode IV.
Le mot jrac»eî<.r était encore nouveau. Vaugelasluiavaitrefusé, comme on disait alors, le droit de bourgeoisie. Le public en a mieux jugé que le grammairien.
H H.vrNE.
Prends soin d'elle ; ma haine a i)esoi(i de sa vie.
B(tj., :^cl. IV, se. V.
Une liaine qui a besoin d'une vie, quelle hardiesse d'expression !
Haink, ln effort de l'.^mour.
Ht croit que notre haine est un e.trort d'amour.
Aiidt:, act. H, se. ii.
Ce sont de telles expressions qui faisaient dire aux contemporains de lîuciae qu'il s'était créé un langage qui n'appartenait qu'à lui.
Haïr a coeur ouvert.
Il hait à cœur ouvert ou eesse de hair.
Ilril., act. y, se. 1.
Racine a dit : haïr à cœur ouvert, comme on disait parler à cœur ouvert. Déjà nous avons eu occasion de remarquer que la plupart des nouveautés de Racine sont inspirées par des locutions usitées. C'est ainsi, et presque pai' les mêmes moyens, qu'Euripide fixait en Grèce la langue de la tragédie.
Hei.i.iînismks.
Dq combien de malheurs pour vous persécutée, Vous ai-je, pour un mot, sacrifié mes pleurs !
Vous refirettpz un pi^re
tîér., act. n, se. IV.
Cela veut dire: ;\V> pouvei-rous pas me sacrijicr les pleurs que vous versez pour mire père, à moi, qui, sur un seul mot de vous, tarissais les larmes que m'arrachaient tant de persécutions . souffertes pour vous ? Les deux vers de Hacine sont deux vers grecs, et nous venons de les traduire. 11 est bon de fixer l'attention sur ces formes antiques dont le génie créateur d'un grand poëte n'a pu doter notre langue ; il est bon aussi de les étudier grainmaticalemeut , et c'est ce que nous faisons dans l'article qui suit.
Songez de queUe ardeur dans Éphèse adorée, Aux filles de cent rois je vous ai préférée!
Milhr.f act. IV, so. iv.
Geoffroy a cru voir une ellipse. C'est une erreur. Cette phrase, que nous ne classons |)arrni les héllénismes, ainsi que la précédente, que parce qu'elle est très-fréquente en grec, est logique et complète: elle appartient à la grammaire générale. Voici sa construction logique : Sonqez que j'ai préféré aux /illes de cent rois, voL's AD0Rf;K dans lipliiUe, d'une très-grande ardeur. Ici l'adjectif très-grande se joint à la conjonction qi'e pour faire l'adjectif conjonctif quelle (quanta.) .
.Songez lie fjru'llc (grande) nvdeuy dans Éphèse adorée. Aux filles de cent rois je vous ai préférée.
On le voit, que et grande se contractent dans le mot quelle de manière à former la phrase du poëte. Cette contraction se retrouve même assez souvent, dans nos locutions les plus vulgaires. Ainsi nous disons: Songez a quels périls j'ai écliappé pour songez que j'ai échappé à île très-grands périls. Dans cette phrase quels équivaut à que et à très-grand. Si les critiques les plus pointilleux n'ontpasattaquéces deux passages, si tousleslecteurslesentendent sans difficulté, si enfin Racine n'a pas hésité à reproduire deux fois cette forme heureuse et vive, ne devons-nous pas reconnaître que le génie de notre poé.<ie ne refuse pas absolument de l'admettre? Kn cela la langue française parait avoir un avantage sur les langues allemande et anglai.se, langues d'ailleurs si souples et si hardies, mais dans lesquelles ces vers de Racine sont intraduisibles faute de participes déclinables.
niCTIOXNAIRE CRITIQUE. 477
Heureuses prémices pour heureux commenvemenls .
Toujours la (vraonif a d'heureuses prémices.
Hrit , act. 1, se. i.
Un tyran peut avoir eu d'iieureux commencements, la tyrauuio jamais. Ce n'est donc pas pre'mices que d'Ollivet aurait dU blâmer. Prémices pour coinmencemenls est une expression très-élégante.
llO.NXÈTE F.\USS.\IRE.
Ne connotlrois-tu pas quelque honni>te faussaire?
Lts Plaid., ad. I, se. v.
Comique ou tra!;i(iuo, on reconnaît Ilaciiie à ses alliances de mots presque incompatibles. Ilnnnrle faussaire ne rappelle-t-il pas ic saiiilemeiit homicides » d'Athalie ?
Honneur .^DULif'.nE.
Elle a répudié sou époux et sou père.
Pour rendre à d'autres dieui un honneur adultère.
£.s(/'., act. I, se. iv.
Expression heureuse empruntée à ri5criture où l'idolâtrie des Israélites est toujours désignée par le mot fornicatio. (Voyez le mot liéputlier.)
Ho.vNEi'R coJiB.vrru.
Madame, et pour sauver votre honneur eoDiliatlu.
Pliùdr., aet. 111, se. m.
Mot impropre, pour tiUaiiuë, menacé, en danger.
HuMiiii: i)i: iM.Eiiis.
Lu euL-ur gros de soupirs qu'il n'a point éeoutés; L'œil humide de pleurs par l'ingrat rebutés.
Pliédr., act. 111, se. m.
Le cwiir r/rns est une phrase familière ((ue le poète relove par, les Soupirs qu'on n'a point écoules. L'wil humide de pleurs, c'est l'expression latine : humenles yenœ.
I>CLÉMi:>CE BES DIEliX.
Tandis que pour fiéchir l'inclémence des dieux.
Ipli. . aet. I, se. ii.
C'est Y inclemenlia divum des Latins. Le mot inclémence n'était pas absolument nouveau ; Corneille s'en était servi dans Clilandre, et on le trouve dans le dictionnaire de Nicot. Ce()endant on repro-
chait à Racine de l'avoir employé, preuve quil n'appartenait pas encore à la langue des grammairiens.
Idée pour vision.
A deux fois, en dormant, revu la même idée.
Alli., act. II, se. V.
Du temps de Racine, le mot /rfee (image) signifiait aussi «esiow.
Le dictionnaire de Richelet lui donne encore cette signification, que le dictionnaire de 1' .académie ne lui a pas conservée.
Impatient pour le bouillant Achille.
Et ne craignez-vous point Timpatient Achille.
Ipli., acL I, se. I.
Racine a pris le mot i/njialient dans le sens des Latins.
ImPL ISSANT A TRAHIR.
Je crois qu'à mon exemple impuissant à tratiir.
/îrit., act. V, se. i.
Impuissanl à trahir est ici pour incapable de , trop vertueux pour. Dans ce sens l'expression était nouvelle: elle fut mal accueillie par les grammairiens. Le père Bonheurs reprochait à MM. de Port-Royal d'avoir rais dans la traduction de ilmitulion, impuissant à vous taire. 11 y avait pourtant là moins de hardiesse que dans le vers de Racine. Cette acception rappelle le impotens sui des Latins.