I.MI'IMÎME.M PALI
Aciiille aura pour elle impunément pâli.
J/j/(.,act. IV, se. I.
Quelle énergie le nom d\lchille donne à cette expression 1 Faire pùlir Achille, et le faire pâlir impunément, chose impossible ! Le vers dit tout cela.
Impcm.
Que Piiamace impuni, les Romains triomphants.
N'éprouvent pas bientôt
MiOtr., act. V, se. V.
Impuni, appliqué aux personnes, manquait à notre langue et à notre poésie. C'est à l'exemple donné par Racine que nous devons de pouvoir dire: im scélérat impuni, comme on disait avant lui: Mît crjwe impuni.
liXDlCXE.
Si vous daignez, seigneur, rappeler la mémoire Des vertus d'Octavie inUitjiies de ce prix.
Biil., act. III, se. .
KICTIONNAlKi: CIUTIOUK. 479
Indigne, pris cii bomu' |);irt, l'st un latiiiisnio. lIor;iL-e dit en purluiit de deux frères étroitement unis :
Vivitis indigni fratormmi riimprrt-' fœdus,
VOUS Ctes indignes de ronipn; l'union fraternelle. Ce qui veut dire : vous ave: troi> de revins pour cesser de vous aimer.
iM.Lii.Mii.i;, iir.Mi-inK.
D'un ini-urable amour remùtles impuissants.
Pliédr., act. I, se. iit.
Ces deu.\ mots ni' sont pas toujours très-nobles dans notre langue: ici ils sont très-élégants et très |)oéii(|ues. Mais pour se faire une idée juste de l'art avec lequel l'aiitiMir les a employés, il faut lire la tirade entière.
Ingh.vtk a.
Unt rendu Bérénice ingrate à vos bontés.
//(■>., act. 1, se. III.
D'Olivet criiiiiua cette locution pleine d'élégance; maison lui prouva (|ue Vaugelas avait écrit inf/rat à la forlune; et le grammairien fut forcé de se soumettre au grammairien.
IxjLHL pris dans le sens de, lurl fait on reçu.
Il suflit, comme vous je rcssons vos injures.
Jirit., act. 1, se. m.
C'est Vinjnria des f.atins, qui n'a pas d'autre acception que celle (.Vinjaslite, de violenee, du mot jus, juris. Dans notre langue, il signifie encore paroles offensantes. Racine s'en est aussi servi en ce sens dans Ipliigénie :
SouIVrirai-je a la tois ta gloire et tes injures?
INNOCE.NC.K g 11 l'KSE.
Mon iiinocenee, ciilin, commence à me peser.
.indr., act. 111, se. i.
Lu crime pèse sur la conscience; mais faire peser l'innocence comme le crime, cela est terrible. Une expression pareille ne peut être arrachée qu'au désespoir, et les grands poètes seuls devinent ces clioses-là.
I^NOCBM ji,\i.(;nÉ sv iîf.nommkk.
Thrast'r.'is au stïnat, Cûrlulou dans l'arraf-o, Sont encore innocents, malgré leur renommée.
lîrit., aet. I, se. il.
La gloire jiorte toujours ombrage à la tyrannie : telle est la l)ensée que Racine nous suggère sans en dire un mot. Ces formes rappellent la manière de Tacite.
480 DICTIONNAIRK CRITIQUE.
Inondait les poktiques.
Le peuple siiint en foule inondait les porti'iues.
Ath., act. I, se. I.
Le mot iiwiulait fut critiqué, et cependant son a|)i)lication était à la fois juste et poélique. Dans toutes les langues, dit La Harpe, le mouvement d'une grande multitude a été assimilé ii celui des flots de la mer. On dit : lei /luis d'un /teiiplr, une midliliulc qui s'écoule; et, par analogie, Racine a pu dire qu'une foule inondait les portiques.
IiNQLiKTÉE pour témoigner trop d'inquiétude.
La Grèce en ma f iveur est Irop intiuiétée.
Ai-dr., aft. I, se. Il
Manière heureuse de donner de la concision ù la langue. Racine s'était déjà servi, mais moins lieureusement, de cette expression dans Alexandre:
N'en doutez pas, seigneur, mon ame imjuicU-e D'une crainte si juste est sans cesse agitée.
Alex., act. n, se. 1,
L"abbé tl'Olivet, avec toute la rigidité du grannuairieu, aurait \oulu ((ue Racine eut écrit : mon ('une i.nquiète, parce que le participe inquiétée ne présente pas le même sens que l'adjectif inquiète; mais le sens n'est pas si différent que ces deux mots ne puissent paraître synonymes en certaines occasions.
Inquiétude d'un désespoir.
Et l'on craint si la nuit jniiite à la solitude. Vient de son désespoir aigrir l'inquiétude.
lirit., act. V, se. viii.
La phrase est si claire, qu'on ne remarque pas cette alliance de mots aussi heureuse que pittoresque : l'inquiétude d'un désespoir.
l.NTEIltlO(.ER DE.
Et qui de son destin, qu'elle ne connoit pas, "Vient, dit-elle, en Aulide interroger Calclias.
Iplt-, act. 1, se. IV.
Iniorroijer de est un tour latin. Racine a préféré de à sur.
l.NTERItl PTION.
Mes soldats, les rangs, le désordre, les cris, l'horreur, etc. Mithi-., act. 11, se. m.
Tous ces nominatifs devraient logiquement être suivis d'un verbe; mais le poëte laisse là sa longue phrase, et complète son idée par cette vive exclamation :
Que pouvoil la valeur dans ce trouble funeste?
Cette suspension, ou réticence, est du plus bel olloi. On peut en voir un second (>xeinple d;ins la description que fait Bérénice de l'apothéose de Vcspasien. Racine est le créateur de cette forni;;, qui exprime si bien le mouvement de l'Ame par le mouvement du discours. (Voyez A'k/7 enftammée.)
l.NSLr.TEIl.
Vous cruye/. qu'un .imant vienne vous iiisulier.
Atulr.^ act. II, se. i.
Ce mot était nouveau, mais excellent, suivant le témoignage dt! Vaugelas, qui remarque en même temps que le père CoelVcteau avait en un moment l'envie de s'en servir, mais qu'il ne l'avait osé, de peur de blesser la grammaire, ou plutôt les grammairiens. Ce mot vient d'insullai'e ou d'insilire, et Racine l'a employé dans le même sens que les Latins. On peut en voir des exemples dans Virgile et dans Cicéron.
iNSTiuinE pour apprendre.
.le puis l'instruire au moins comliien sa conlitlenco... Util., act. II. se. II.
On ne dirait pas en pro.se : je /) «is l'instruire co?Hbic)i,mms je puis lui apprendre combien. 1,'autorité de Racine a donné au mot instruire cette nouvelle acception.
hSTRLlT D.\>S SON DEVOIH.
A)i ! lûulo sa coniiuite Marque dans son devoir une ame trop instruite,
firit.f act. I, se. i.
On est instruit dans une science, et on est instruit de son devoir. 11 y aurait donc ici une incorrection si Racine, en employant cette locution, ne voulait faire entendre que les devoirs des souverains sont eux-mêmes une science profonde. Ainsi comprise, l'expression devient excellente.
.Ietf.r i.N oEii. pour jeter un regard.
O.soil jeter un œil profane, incestueux.
PItêdf., act. V, se. VII.
Expression imitée de TÉcritire: injecU oculos in Joseph. vin. 31
Jeunesse embarquée dans un amour.
Et dans uu fol amour ma jeunesse embarquée.
Plièdr., act- I, se. i
C'est une de ces tournures familières que Racine a l'art de faire entrer dans le style noble, et qui donnent de la vérité à son style. Celle-ci est une des moins heureuses.
La 5I0RT I.NFAILLIBLE.
Qui m'offre ou son liymen ou la mort infaillible.
Jidj., act. II, se. V.
11 y a ici une faute. On ne peut dire: elle m'offre la mort infaillible, parce que la murt, prise dans un sens absolu, est toujours infaillible. Pour que la phrase fût correcte, il eût fallu dire : elle m'offre U7ie mort infaillible , c'est-à-dire un genre de mort auquel on ne peut échapper.
Laisser peu de place au courage.
D'une nuit qui laissoit peu de place au courage.
Mithy., act. II, se. m.
Expression neuve et hardie, pour dire: empêcher le courage d'agir, le rendre inulilc.
LussER a la merci.
Me laisse à la merci d'une foule inconnue.
ïîéi\, act. I, se. u .
Vieille expression, rajeunie dans ce vers, et que re.xeniple de Racine nous a conservée.
Livrer le reste de ses jours a l'univers.
Et que le choix des dieux, contraire à mes amours, Livroit à l'univers le reste de mes jours.
/?c/*., act. II, se. II.
Quelle admirable expression, et comme elle relève l'esclavage des rois! Les rois sont esclaves, il est vrai; leur naissance les livre à l'univers.
Livrer sa conduite.
Ceux à qui je voulois qu'on !ivr;'it sa conduite.
/îrit., act. IV, se. II.
Expression de génie. Livrer la conduite d'un jeune homme à de mauvais conseils, c'est ruiner sa réputation et son avenir. On ne pouvait dire plus en moins de mots.
DlCTlONNAlUli CRITIQUE. 483
Lorsque au lieu d'oii.
Ils regrettoient le temps à leur valeur si doux, Lorsque assurés de vaincre, ils comi>atloienl sous vous, fia;., act. I, se. i.
Lorsque au liou dV«'( est une des locutions créées par Racine pour séparer la prose de lu poésie : c'est une ellipse. Le temps, qui leur était si doux, lorsque ; cette forme est pleine d'élégance.
Main qii s'épaisouk.
Et lorsque avec mon coeur ma main peut s'épanche)-.
lier., act. ni, se. i.
La main ne s'épanche pas comme le cœur, elle épanche. Louis Racine justifie celte locution en disant: Cette expression hardie présente l'image d'un prince qui ouvre sa main et son cœur pour son ami. L'idée est belle, mais l'expression n'est pas justifiée.
Maliieir qli se répand slr qlelql'lm.
Quelqu'un (îo mes m.Tllieurs se répandroit sur eux.
/ptiifj-, act. II se. I.
Idée et tournure antique. Racine est plein de ces traits qui ajoutent à l'illusion dramatique par la vérité locale du langage.
.Maliieir du sang troïen pour te sang Iroyen malheureux.
Vous voit du sang troyen relever le malheur.
.{ndr., act. I, se. ir.
Cette forme, plus latine que française, niamiue peut-être un peu de clarté. 11 ne s'agit pas de relever le malheur des Troyens, mais de relever les Troyens malheureu.x.
Malheur qui passe l'espérance.
Grâce aux dieux, mon malheur passe mon espérance. .Iii(ii'. acl. V, se. v.
Cette expression rappelle le sperare dolorcm de Virgile [Enéide, liv. IV, V. /H9). Mais ce qui n'est dans Virgile qu'une hardiesse grammaticale est ici l'expression la plus amère et la plus profonde d'une ànie désespérée. Racine a quekiuefois le talent de Tacite : il peint avec un mot.
Une malheureuse pour une infortunée.
Hélas! que de raisons contre une mallieureuse !
Boj , act. III, se. m.
Voilà un de ces mots dont le sens a changé en passant dans le langage familier, .aujourd'hui on ne pourrait plus dire d'une femme infortunée que c'est une malheureuse; mais on dirait bien encore : cette femme est malheureuse. Ainsi le mot n'a changé de sens que comme substantif.
Marcher son ég.vl.
Je ceignis la tiare et marchai son égal.
Atli., act. lll, se. 111.
Cette belle expression, qui rend celle de Virgile, iiiceilo regiiia, fut reçue avec admiration.
Méditer l.a. déf.4ite.
Et qui sait si l'ingrate, en sa longue retraite. N'a point de rempcreiir médité la défaite?
Biii., act. 11 r, se. V.
Une femme qui médite la défaite d'un homme comme un général médite la défaite d'une armée. Le mot défaite est beau parce que cet homme est un empereur.
Mkndier l.\ mort.
J'ai mendié la mort chez des peuples cruels.
Aiidr., act. II, se. ii.
On pouvait dire: J'ai cherché, j'ai demandé; mais Racine dit mieux, il parle comme Oreste lui-même.
Mer fermée.
Tandis qu'à nos vaisseaux la mer toujours fermée.
Jpli., act. 1, se. II.
La mer fermée ;i des vaisseaux pour le chemin de la mer fermé. L'expression est belle à cause des idées qu'elle fait naître: une mer est fermée par le calme, par les vents, par la tempête, voilà la poésie.
Mer Qii FDiT.
Au seul son de sa voix, la m.r fuit, le ciel tremble.
A"s//i., act. I, se. ni.
La mer fuit est une image emprumtée du psaume c.xiii vers. 3 : Mare vidtt cl fut/il.
Mériter qu'on craigne.
Ils croiront, en effet, mériter qu'on les craigne.
Brit., act. IV, se. iv.
ICn prose on eut dit : Les Romains croiront qu'ils peuvent se faire craindre. Le poëte dit mieux : le mot mériter^ dans la
nic.TinwAiRr: critique. 485
bouche (le Narcisse, a qiiehine chose d'ironique et de méprisant qui marque l'avilissement des peuples ■ ils ne niériient pas même qu'on les craigne!
MisfcRK. — .Uhcver sa misère pour aclipver sa misérable vie.
Hécuhc pris d'Uljsse acheva sa misère.
An^ir., act. 1. se. ii.
Façon de parler hardie et poétique. Misère, dit Geoffroy , est un ferme noble; il ne signifie pas seulement paiivre/é, infamie, mais malheur, infortune.
Mrttri: des pleirs oans i m; itxL.wcE.
Que ï{ome avec ses Idis meUe dans la lialanro Tant de pleurs, tant d'amour, tant de persévérance.
lier., act. IV, se. IV.
Il est inutile de le remarquer, ce ne sont pas des pleurs que le poi'ti" met dans la balance, c'est twi de pleurs, tk^t d'amour. Ainsi Racine, avec un seul mot, donne de la vérité et de la grâce aux images les plus singulières en apparence.
MiMSTRE VIOLENTE.
D'un lier usurpateur ministre violente.
r'ii-jcs cnu., act. II, se. m.
La Harpe pensait qu'en poésie minisire pouvait avoir un féminin. En effet, ce mot vient du latin minisler, ou minislra. Cette double étymologie, jointe à l'autorité du grand poëte, aurait dil faire accepter ce mot dont la désinence se prête d'ailleurs si facilement aux deux genres.
Moissons de gloire.
Songez, seigneur, songez à ces moissons de gloire Qu'a vos vaillantes mains présente la victoire.
/;)/!., .act. V. se. ii.
On dit : un champ de gloire, les palmes de la gloire; ces expressions reçues ju'stifient par l'analogie celui qui le premier a trouvé l'expression neuve et poétique : moissons de gloire.
MoNSTIîKS VULG.MRES.
Ces monstres, etc