mbra(;e pour crainte
Enfin je viens chargé de paroles de paix ; Vivez, solennisez vos fêtes sans ombrage.
Alh., act. III, se. iv.
Omirar/e signifie figui'ément (/r/m/icc, soupçon ; ici \\ est pris pour crainte, ce qui est une acception nouvelle. Du reste, solennisez vos fêtes sans ombrage, pour dire : soyez sans ombrage pendant la solennité de vos fêtes, est une inversion qui nuit un peu à la clarté de la phrase. (Voyez le commentaire de Phèdre, act. II, se. v.)
Ouvrir le discours pour m'en ouvrir à elle.
Mais par où commencer? vingt fois depuis huit jours J'ai voulu devant elle en ouvrir le discours.
Un\. act. II, se. n.
Racine donne ici à ce mot le sens qu'il a dans ouvrir la scène, ouvrir un avis.
Ouvrir le trône.
Je veur m'ouvrir le trône ou jamais n'y paraître.
Frères enn., act. IV, se. m.
Il s'agit ici de conquérir le trône : l'expression ouvrir est faible. Racine étudie sa langue, il ne la fait pas encore.
4S8^N DICTIONNAIRE CIUTIQUE.
Parer yioiir garanti]-.
De ce coup impr(^vu songeons à nous parer.
Alli., act. V, se. II.
Du temps de Racine, on disait avec élégance se parer pour xe f/nrantir; aujourd'liui ce mot s'emploie encore, mais seulement dans le style familier. Il n'est pas inutile de remarquer que nous devons au mot parer, pris dans ce sens, les composés par"-à-vent — par'-à-pluie — par'-à-cliute, etc., etc.
Se rARER d'lne foi.
Sans vous parer pour lui d'une foi qui m'est due.
Mitlir., .act. IV, se. iv.
Manière poétique de dire f:ans affecirr tle lui garder une foi qui m'est due.. Le mot parer renferme ici le mot a/ferler j et il a passé avec ce sens dans notre langue.
Paresse pour Icnlenr.
Ello excuse son père
Le barbare à l'autel se plaint de .sa paresse.
Iph., act. IV, se. IT.
Observez, dit la Harpe, ce que c'est que d'adapter l'expression à la situation et au personnage. Si ce mot paresse n'était pas ici en dénigrement, ou si c'était .\gamemnou qui s'en servît, il ne serait pas supportaljle ; mais c'est Clytemnestre indignée qui attriljue cette pensée à Agamemnon, dès lors le mot paresse est infiniment meilleur que ne serait le mot lenteur.
Parler du coklr.
Tu lui parles du cn-ur, lu la cherches des yeus.
.indv., act. IV, se. v.
Tu lui parles du crpxr. Jamais la jalousie n'a rien inspiré de plus profond. Deux mots unis pour la première fois, parler du cœur, suffisent à Racine pour exprimer ce que la passion a de plus excessif. Il y a des mots qui sont la révélation des pensées de tout le monde : celui-l;\ en est un.
Parler mes dolleirs.
Et comme il faut enfin fais parler mes douleurs.
friirx «m., acl. I, se. vi.
DICTIONNAIIU- CUITIOUH. 489
Racine le fils remarque que cette locution très-belle est cependant réprélu'iisiblc : elle était donc iiouveilo. (Voy. taire parler.)
I'armi suivi d'un singulier.
M'ils parmi ce plaisir quel chagria me itèvore !
Jlrit., net. Il, se. VI.
Et parmi le débris, le rav.-ïge et les morts.
.I//1.. .ici. III, se, m.
La Harpe a corrigé ce dernier vers en écrivant et parmi les débris. Uacine.dans l'édition orlirinalo iVMItalie et dans l'édition complète de ses œuvres (1G97), la di^-nière qu'il ait donnée, emploie le mot ilrhrix au sinirulier : c'était en effet la langue de l'époque. Corneille a dit :
Parmi co graod amour que j'avois pour Sévère, J'attendois un époux de la main do mou père.
Pol,, act. I, se. m.
Molière a dit aussi dans \' École des Femmes, act. V. se. vu :
Ce m'i^sl quelque plaisir parmi tant de tristesse.
Richelet, dans son dictionnaire, au mot Parmi, cite l'exeninle suivant : parmi l'embarras des affaires. Ainsi, avant flacine, parmi pouvait être suivi d'un singulier. Aujourd'hui il doit toujours être suivi d'un |>luriel ou d'un nom collectif. On dit très-bien parmi le peuple, parmi les soldalSj peut-être même pourrait-on dire encore parmi le débris, parce que débris est presqu'un mot collectif. Le débris d'une ville, c'est-à-dire le brisement des maisons et des palais d'une ville.
Partager les dif.ix.
Mais quoique seul pour elle, Aehille furieux Épouvantoit l'armée et partageoit les dieux.
/pit., act. V, se. VI.
Latinisme [lour suspendre la dérision. C'est la grandeur d'Achille qui tient les dieux en suspens. Idée magnifique exprimée par ce seul mot, partageait.
Pas parjures.
Que tous mes pas vers vous soient autant de parjures.
Andr., act. 11, se. il.
Cela est hardi, mais cela est clair et poétique. Perfide pour quelqd'dn.
. . . Pour moi, pour TOUS-m(me, également perfide.
Jloj., act. IV, se. vi.
Perfide pour quelqu'un n'a pas été adopté par l'usage, quoique
cette tournure soit plus vive que perfide envers quelqu'un, seulp locution conforme à l'usage.
PÉRILS pour retraites.
La guerre, les périls sont vos soûles retraites.
Milhi:, ait. III, se. i.
Des périls qui sont des retraites. Cela est d'une grande beauté, mais il faut remarquer que toutes ces beautés rassortent naturellement du caractère de Mithridate, et de la situation oi'i les Romains l'ont placé. Le secret de Racine est de dire ce que devaient dire ses personnages. Les plus belles expressions sont toujours des pensées qui peignent un caractère.
Périls sincères.
Croiront-ils mes périls et vos larmes sincères?
Iloj., act. II, se. I.
Racine, dit La Harpe, aie premier donné l'exemple de réunir deux mots par la même épitliète, lorsqu'il se trouve dans le dernier un rapport exact, et dans l'autre une analogie d'idée suflisante. C'est ici le cas : les périls sont réels quand les larmes sont sincères. Ainsi l'un fait ici supposer l'autre, et la sincérité des larmes fait sous-entendre la réalité des périls.
Persécuter sur.
Oui, les Grecs sur le fils persécutent le père.
Andi-., act. I, se. II.
L'abbé d'Olivet dit que cette locution est barbare; elle est cependant entrée dans la langue, parce qu'elle dit poétiquement ce qu'il était si facile de dire d'une manière vulgaire :
Oui, les Grecs dans le fih persécutent le père.
Peuple injurieux.
Et pourquoi? pour entendre un peuple injurieux.
Bér., act. V, se. v.
La poésie a le privilège de transporter les épithètes des choses aux personnes, et Racine use ici de ce privilège, qui n'est pas toujours d'accord avec les règles sévères delà grammaire.
Peser. — Fardeau.
Ou lassés, ou soumis.
Ma funeste amitié pèse à tous mes amis; Chacun à co fardeau veut dérober sa tête.
.l/i7/ir., act. m, se. i.
C'est Mithridate qui parle. Quel style et quel tableau ! une amitié qui pèse et des amis qui veulent dérober leur tète à ce
niCTlONNAIRE CRITIQUE. 491
fardeau. Voilà une langue toute nouvelle. L'inversion des deux premiers vers est d'une jtrande élégance ; on s'aperçoit à peine que lasses et soumis, qui se rapportent au cas du verbe, sont placés avant le nominatif.
Phrase familière : Je .ne sais ce on m'aurète que je iNE
COIEIE.
Je ne sais qui m'arrête et retient mon courroux Que, par un prompt avis de tout ce qui se passe, Jo no coure des dieux divulguer la menace !
Ijth,, at:l. IV. se. 1-
C'est, dit la Ilarp •. la phrase si commune : Je ne sais qui me tient que je ne fasse telle citose. lîacine est de tous les poètes celui qui, à l'exemple d'Euripide, a fait entrer dans le style noble le plus de ces tournures familières qu'il sait ennoblir pour la poésie, et qui donnent à la sienne tant de vérité. On en trouvera un grand nombre d'exemples dans ce dictionnaire.
PL.II.MJIIB la lUGLElR DES LOIS.
Je révoque des lois dont je plains la rigueur.
Pliédr., act. II, se. ii.
Avant Racine on aurait dit : tlo)U la rigueur a été cause que je vous ai plaint. Ces tours vils sans obscurité sont très-remarquables. Us étaient nouveaux dans la langue.
Plaindre avec sujet pour plaindre avec raison.
Pardonnez, .\comat, je plains avec sujet Des cœurs, etc.
llnj., act. II, se. 111.
On dit bien : j'ai sujet de me plaindre, mais je me plains avec sujet est une phrase qui manque d'élégance. Aussi n'estelle pas entrée dans la langue.
Pleurs qui rappelle.m des pas.
Quand mes pleurs vers Roxane ont rappelé ses pas.
Baj., act. III, se. m.
Charmanle expression qui dit poétiquement ce que le poète veut dire.
Se plonger daxs des soins.
Ah ! dans quels soins, ma lame, allez-vous vous plonger ! Uaj., act. I, se. iv.
On est plongé dans le chagrin, et par analogie on peut être plongé dans des soins. La Harpe trouve soins faible. Cependant il
492 dii;tionxaire critique.
est à remurquci' que Ruciiie emploie partout ce mot dans le sens poétique du latin cimi>. (Voyez Soin.)
Poisons fidèles.
Des poisons que lui-même a cru les plus fidèles.
Milhr., act. V, se. iv.
Il n'y a point d'épitliète plus neuve et plus hardie, dit La Harpe, et elle est si bien placée qu'elle ne parait ni neuve ni hardie. C'est la perfection de l'art. Remarquez bien que le caractère du personnage et la passion qui le tourmente fournissent toujours au poëte ses plus belles expressions.
Des portes qui obéissent.
Que ces portes, seigneur, n'obéissent qu'à moi.
iV/i., iict. n, se. I.
Des portes qui n'obéissent qu'à un seul homme, e.xpression qui peint d'une manière poétique les mœurs de l'Orient. Poser le fer.
Cui, nous jurons
De ne i)oser le 1er entre nos mains remis,
Qu'après l'avoir vengé
Ath., art. IV, se. m.
C'est le poncrc arma des Latins.
POURSUIVRF, UN COURROUX.
Poursuivez, s'il le faut, un courroux légitime.
naj,, act. V, se. IV.
On suit son courroux parce qu'on selaisseentrainer, on poursuit la vengeance parce qu'on veut l'obtenir. Cependant, comme on Ait, poursuivre, son cliemiti, -poursuivre son discours, il semble que Racine ait pu employer ce vers dans le sens de continuer.
Pri':parer un visage.
Au moins si j'avois pu préparer son visage.
Boj., acl. I, se. iv.
Pour l'avertir (le composer son visage, de se tenir en garde contre le danger qui le tnenuce. Expression hardie et heureu.se.
Présence pour aspect des lieux.
Hé! depuis quand, seigneur, craignez-vous la présence De ces paisibles lieux si chers à votre enfance?
Pliédr., act. I, se. l.
Figure heureuse par laquelle les lieux sont mis ii la place des
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objets dont ils nous rappellent le souvenir. On dit bien en présence du ciel, en présence des autels. Racine a donc pu dire, par analogie, la présence des lieux.
Prétendre.
Se vit exclu d'un rang v.ainement prétondu
lîrit., act. III, se. in.
Ce vers offre un exemple d'une des plus singulières bizarreries de notre langue. On dit bien prétendre un rang, mais le mot prétendre change d'acception en devenant participe ou adjectif. Un rang prétendu, c'est un rang supposé. C'est donc une cliose fort remarquable que Raciniî ait pu rendre à cet adjectif la signification du verbe, en y ajoutant l'adverbe vainement.
Prince déi'lokmii.k. — I'kke uih'i.or.AULK.
Vous voyez devant vous un prince déplor.il)le.
Plièdr., act. II, se. ii.
Déplorable pour malheureux. Avant Racine ce mot ne se disait que des choses. Depuis Racine il s'est dit des personnes, surtout en poésie. C'est le /Îe6t7îs d'Horace. (Voy Déplorable Oresle.)
Proie de Diel.
Grand Dieu, voici ton heure, on t'amène ta proie.
Ath., act. V, se. ni.
Lne femme impie, une reine, voilà la proie du Dieu des Juifs. Cette expression, aussi terrible que poétique, est justifiée par les livres saints, qui en renferment une multitude de semblables.
Promis Ai\ valtolrs.