‹ Œuvres complètes de RacineChapitre 232 sur 249 · I.a nation entière est promise .lux vautours · texte numérisé non relu

I.a nation entière est promise .lux vautours

l^atlt., act. H, se. i.

Admirable expression que Racine ne doit pas à l'Écriture. Prononcer le trépas, pour prononcer l'arrêt du trépas.

Ce bénir mon trépas quand ils Tont prononcé.

/taj-, acl. I, se. I

Prononcé est plus poétique, plus aflirmatif qu'ordonné; il semble qu'un arrêt prononcé est comme une chose faite; il n'y a plus de recours, tandis qu'un trépas ordonné peut être suspendu.

Prospère

Ont vu bénir le cours de leurs destins prospères.

Estli.. act. III, se. IX.

Vieux mot que Racine nous a conservé.

494 DICTIONNAIRE CKITinUE.

QiE pour ce que.

Attend que deviendra le destin de la reine.

/?(■)■., act. H. se. II.

Malherbe a dit : // n'a jamais éprouvé que peut un visage d'Alcide. Vaugelas remarque qu'on ne disait plus guère de son temps que c'est pour ce que c'esl. Cependant ïlionias Corneille, )ilus de vingt ans après la représentation de Bérénice, écrivait que cette expression était encore employée par de bons auteurs. Elle aurait dû rester française, car elle est bien suivant le génie de la langue, comme le prouve cette phrase vulgaire : Je ne sais que dire, pour : Je ne sais ce que je dois dire.

Olel DEvixs-jE, yionr dans quel étal me mil le récit.

Quel devins-je au récit du crime de ma mère !

Milhr., act. I, se. i.

Ce latinisme était sans doule en usage du temps de Racine, car aucun critique contemporain ne l'a relevé, et Racine luimême l'a employé une seconde et troisième fois dans Ipidgénic, act. I", se. i", et dans Uerénice, act. T', se. iv. Ici quel ne veut pas dire que, il est pris dans le sens du qualis eral de Virgile, et du qualis perco de Tacite. Ce mot n'est plus employédans ce sens qu'avec le verbe être. On dit encore : Quel fut mon étonnemeni, quel était mon ennui, etc. Corneille a dit dans l/éraclius, et l'on dirait peut-être encore aujourd'hui:

Voilà qxulle je suis et iyi(e//c je veux être.

(jLl pour quelqu'un.

Voici qui VOUS dira les volontés des cieus.

.Uh., act, IV, se. I.

Voici celui qui, ou quelqu'un qui vous dira. Phrase familière: on dit vulgairement : (Jti trop embrasse mal clreinl ; Qti vivra verra, pour celui qui, etc. Cette forme a de la rapidité, et Racine, en l'employant dans ses vers, montre quel parti un grand poëtc peut tirer des expressions les plus communes.

Quitter, pour cec?er^ abandonner.

.T'aurois même regret qu'il me quillâl l'empire.

Frères enn., act, IV, se.

Ce mot se disait autrefois pour abandonner, céder. C'est de là

UlCTlONNAiat; GlUTinUE. 493

que nous vient l'expros'^ion donner quiUani-e, tenir quitte. On ilit encore aujourd'hui, Idans le sens de Racine : Je vous quitte la place, pour: Je vous code la place. Voltaire a dit: // n'a quitté la place qu'à six cents hommes, c'est-à-dire il n'a cédé la place qu'à six cents hoin/nes.

(ji'v JOINDRE, pour 17/(6 d'y joindre.

Mais c'est pousser trop loin ses droits injurieux Qu'y joindre le tourment que je souiïre en ces lieux.

/;;/(., act. III, se. iv.

Plusieurs grammairiens ont condamné la suppression de la préposition de devant l'infinitif joindre. Mais la poésie admet cette licence. Boileau en offre un exemple dans sa satire X, et Voltaire dans la scène viii do l'acti; IV do Brutus. Une cliose plus utile à noter i]ue ces chicanes graiiiniaticalcs, c'est cette locution si énergique : joindre un tourment à des droits injurieux. Vous voulez signaler une faute dans Racine, examinez bien, car à côté de cette faute vous trouverez à coup sur une beauté non encore aperçue.

Uacaissër des attraits.

Oétestant ses rigueurs, rabaissant ses aUt-aits.

.itidr., act 1, se. l.

On rabaisse l'orgueil, disait Subliguy, on ne rabaisse pas des attraits. Cette critique peut donner une idée de l'état de la langue avant Racine.

Racheté ul tosibeau.

A Taspect de ce roi racheté du tombeau.

:ttli., act. V, se. I.

Racheté, plus beau que retiré ou rappelé. Se ra.ncf.r a i.'hyme.n.

Fais-lui valoir l'hymon où je me suis rangée.

.indr., act. IV, se. i.

Cette expression est belle, dit Louis Racine, parce qu'elle fait sentir qu'.\ndroinaque n'a consenti à cet hymen que malgré elle, Elle n'y a pas volé, elle s'y est rangée.

Se ra.noer a vos pieds.

Que bientôt à vos pieds il alloit se ranger.

Andr., act. IV, se. ii.

4d6 DICTIONNAIRE CRITIQUE.

On se range aux ordres, on se range à son devoir, mais on ne vient pas seranger aux pieds de quelqu'un : il y a quelque chose d'apprêté dans le sens de ce mot qui ne convient pas à la situation d'Oreste. Ces fautes sont rares dans Racine, voilà pourquoi on les remarque.

Rangep. les coEins dl i-Ar.Ti Dn ses larmes.

Et ranger tous les cœurs du parti de ses larmes.

Srit., act. IV, se. v.

Agrippine, la mère de l'empereur, n'ayant plus d'autre parti que celui que lui donne ses larmes ! quelle heureuse et touchante expression !

Ravale.

Quoi! tu ne vois donc pas jusqu'où Ton me ravale?

Uril., act III, se. iv.

Ravale, qui est encore dans Phèdre, est un de ces vieux mots très-expressifs que Racine a conservés à notre langue, et qui produisent un grand oITei lorsqu'ils sont employés par une main habile.

Se Ravir d'ix liki, pour se dérober, s'échapper.

Vous savez de ces lieux comme elle s'est ravie.

Bril., ilCt. V, se. VIII.

On ravit quelque chose, on ne se ravit pas soi-même, le mot ravir signifie enlever de force.

Rebrousser.

Et força le Jounlain de rebrojsser son cours.

AtJi., act. V, se. 1.

Ce mot n'existait pas sous Henri IV; on le cherche en vain dans Nicot, et sans doute il n'était pas bien ancien, puisque Louis Racine se crut obligé de soutenir qu'il était de très-bon français.

Recueillir des pleurs.

De recueillir des pleurs qui ne sont pas pour moi.

lier., act. m, se. ii.

Cette expression si pittoresque était alors nouvelle, elle apjnirtient encore aujourd'hui à la langue poétique.

Reculer des pleurs.

J'ai reculé vos pleurs autant que je l'ai pu.

Boj., a-t. II, se. V.

On recule un jugemenl, on recule ses pai/eiiieiUs, mais on ne

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recule pas des pleurs. L'idée de l'auteur est : reculer l'événement qui fera couler vos pleurs. L'ellipse n'est pas heureuse.

Refriser.

Et comme on voit l'onde en repos Souvent refriser do ses flots L,i surface inconslanto.

Paysage de P.-H., odo 11.

C'est un vjpiix mot que Racine emploie ici à la manière de Ronsard, qui, dans une de ses poésies, fait fri^^cr la perruque des prés.

RKC. VRDI! : [.ES DIEUX m'OM RER ARDt^.

Les dieux, .iprès six ans, enfin m'ont rcgtirdé.

PUédr,, act. III, se. v.

Expression empruntée ;\ la Tiihlc, pour dire: onl eu pitié de moi, m'ont regardé favorablement.

Regards errants a l'aventure.

Et ces sombres regards errants ii l'aventuro.

Brit.^ aci. n, se. n.

L'analogie réclame en faveur de cotte expression ; on peut dire des regards errants à l'aventure, comme on dit promener ses regards.

Rix.ARDE, pour concerne.

Est-ce Obed, est-ce Amnon, que cet honneur regarde? -Il/i., act. I, se. II.

On dit hipu : retie affaire voici^ regarde, ce soin vous regarde; mais peut-on dire : cet honneur vous regarde ? Oui, quand cet honneur est comme ici une ciiarge importante à remplir.

Rel^.gué dans ma colr.

M'avM-vous, sans pitié, relégué dans ma cour?

/îril., act. II, se. m.

C'est Néron qui parle. On lui a longtemps caché la présence d'un objet qu'il aime, c'était le reléguer dans sa cour; l'idée ne pouvait être exprimée avec plus de concision et de bonheur.

Reliques d'un débris, pour les restes d'un débris.

C'nargeanl do mon débris les reliques plus chères.

/laj., act. m, se. II.

Ici Racine parle la langue de son temps. On voit dansVaugelas que c'est très-bien parler que de dire les reliques d'un naufrage, les reliques d'une armée. Dans ces exemples Vaugelas fait

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reliques synonyme de restes; il eilt donc ayiprouvé les reliques d'un débris. Cependant on peut remarquer que le mot dçbris est employé ici au singulier, et qu'il n'exprime pas le fragment d'une chose, mais la chose brisée loul entière ; il y a donc impropriété de terme.

Remp.\rts cachés sous leurs ruines.

Enfin, après un siège aussi cruel que lent. Il dompta les mutins, reste pâle et sanglant Des flammes, de la faim, des fureurs intestines, Et laissa leurs remparts cachés sous leurs ruines.

Bérén., act. 1, se. iv.

A quoi se rapportent leurs ruines? est-ce à remparts ou à mutins? Louis Racine veut que le rempart soit caché sous ses ruines, ce qui est absurde, car dès qu'il y a ruines le rempart n'existe plus, et par conséquent ses ruines ne peuvent le cacher. Le possessif leurs employé deux fois dans le même vers a nécessairement la même relation. — Sous leurs ruines &oii s'entendre, à notre avis, sous les ruines de leur ville, comme leurs remparts, c'est-à-dire les remparts de leur ville.

RE.MPL1R LA MAJESTÉ d'u.X RANG.

Dans un rang

Dont je n'ai pu de loin soutenir la clarté, Et dont une autre enOn remplit la majesté.

lîrit., act. II, se. m.

Rien ne peint mieux la modestie de Junie que ce dernier trait. Ici Racine rachète par de grandes beautés cette phrase un peu hasardée : remplir la majesté, pour posséder toutes les qualités qui rendent digne de l'empire.

Rentrer au trouble.

Et rentre au trouble affreux dont à peine je sors.

Iplt f act, V, se IV,

Rentrer au trouble, pour retomber dans le trouble. L'expression peut fort bien passer, selon nous.

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