La satire X et l'ode sur la prise de Namur
l'Académio une nit'daille de très-mauvais goût, et, avant que de la laisser lire, il a commencé par faire son éloge. Il s'est mis en colère sur ce qu'on y trouveroit à redire, déclarant pourtant que, quelques critiques qu'on y pîlt faire, il sauroit bien ce qu'il devoit penser là-dessus, et qu'il n'en resteroitpas moins convaincu qu'elle étoit parfaitement bonne. Il a, en effet, tenu parole, et tout le monde l'ayant généralement désapprouvée, il a querellé tout le monde, il a rougi et s'est emporté; mais il s'est en allé satisfait de lui-même. Je n'ai point l'esprit fait de cette sorte, et si des gens un peu sensés s'opiniatroient de dessein formé à blâmer la meilleure chose que j'aie écrite, je leur résisterois d'aliord avec assez de chaleur; mais je sens bien que peu de temps après je conclurois contre moi, et que je me dégoiUerois de mon ouvrage. Ne vous étonnez donc point si je ne vous envoie point encore par cet ordinaire les vers que vous me demiuidez, puisque je n'oserois presque me les présenter à moimême sur le papier. Je vous dirai pourtant que j'ai en quelque sorte achevé VOde sur Namur, à quelques vers près, où je n'ai point encore attrapé l'expression que je cherche. Je vous l'envoi.'rai un de ces jours; mais c'est à la charge que vous la tiendrez secrète, et que vous n'en lirez rien à personne que je ne l'aie entièrement corrigée sur vos avis.
Il n'est bruit ici que des grandes choses que le roi va faire; et, à vous dire le vrai, jamais un commencement de campagne n'eut un meilleur air. J'ai bien vu parler et j'ai bien lu dans les livres de grandes félicités; mais au prix de la fortune du roi, à mon sens, tout est malheur. Ce qui m'embarrasse, c'est qu'ayant épuisé pour Namur toutes les hyperboles et toutes les hardiesses de ma langue, où trouverai-je des expressions pour le louer, s'il vient à faire quelque chose de plus grand que la prise de cette ville? Je sais bien ce ipie je ferai : je garderai le silence. ' C'est le meilleur parti que je puisse prendre.
Spectatus salis, et donatus jaiii rude...'
1. Dans la copie corrigée, Boileau ajoute: « Et vous laisserai parier, n