DIT RAPHAEL D’URBIN
voit, d’un côté, S. Jean l’évangéliste et S. Paul; de l’autre, la Madeleine tenant un vase de parfums, et S. Augustin en habits pontificaux. Cette peinture est mise au rang des chefs-d’oeuvre de Raphaël. Si les carnations sont un peu rouges, si les contours ont quelque dureté, que de beautés rachètent ces défauts! Les principales consistent dans la noblesse des caractères, la correction du dessin, la fermeté et la simplicité de l'exécution.
On cite encore, parmi les meilleurs ouvrages de Raphaël, le petit tableau de la Vision d’Ezechiel; un S. Jean dans le désert, et une Sainte Famille, qu'il envoya à Florence. Il peignit aussi plusieurs personnages illustres, entre autres le pape Léon X et les cardinaux de Médicis et de Rossi, représentés tous trois dans le même tableau. Léon récompensa magnifiquement ce travail.
La réputation de Raphaël s’accroissait de plus en plus. Albert Durer lui envoya d’Allemagne plusieurs dessins el gravures de sa main, et les lui offrait comme un hommage rendu à sa haute célébrité. Raphaël sentit alors de quel avantage serait pour lui Part de multiplier ainsi ses productions, et, désirant les répandre dans les pays les plus éloignés, il engagea Marc-Antoine, son élève, à s'appliquer à la gravure. Celui-ci, guidé par un si grand maitre, ne tarda pas à obtenir un tel succès, que Raphaël lui fit graver plusieurs de ses ouvrages les plus capitaux, entre autres le Massacre des innocents, un Neptune, le Martyre de sainte Cécile, etc.
Il peignit ensuite le fameux tableau connu sous le nom de Spasimo di Sicilia. Ce chef-d'œuvre, dont on trouve une excellente description dans les OEuvres de Mengs, était destiné aux religieux du Mont des Oliviers, près Palerme, et manqua d’être ravi à l'admiration de la postérité : le vaisseau qui le portait périt avec l'équipage et toute sa cargaison. On assure que la caisse qui contenait le tableau fut le seul objet sauvé du naufrage, et qu'elle fut jetée par les vents sur le rivage de Gênes. Les religieux obtinrent, par l'entremise du pape, que ce morceau précieux leur fût rendu. Il a passé depuis dans la collection du roi d'Espagne.
Pendant les neuf années que Raphaël s’occupa de la peinture des salles du Vatican, il fut chargé d’orner le palais pontifical. Alors il composa les tableaux qui devaient décorer les Loges. On a donné ce nom à une longue galerie qui conduit aux salles du Vatican. Elle est partagée en treize voûtes, dans chacune desquelles Raphaël a fait peindre par ses élèves, et sur ses dessins, quatre tableaux de moyenne grandeur, dont les sujets sont tirés de l'Ancien et du Nouveau Testament. Il en a peint lui-même quelques-uns, mais Jules Romain a présidé à tout l’ouvrage. Les murailles sont ornées de stucs et d’arabesques, dont Jean da Udine eut la direction. Ces travaux, pleins de gout et d’imagination, ont depuis beaucoup souffert. Les arabesques surtout, plus exposées à l'humidité que les tableaux des voûtes, sont presque entièrement effacées. Les autres peintures se
sont mieux conservées (1).
(1) Ce n’est pas le temps seul qui a endommagé ces ouvrages. Lorsque les troupes espagnoles, commandées par le connétable de Bourbon, s’emparérent de Rome, en 1527, les soldats allumerent du feu dans cette galerie, etne contribuèrent pas peu à la dégrader.
Quelque temps après, Raphaël entreprit de peindre, pour Augustin Chigi, au palais nommé /a Farnésine, Vhistoire de Psyche. Ses diverses aventures sont représentées sur les murs, et deux grands tableaux sont à la voute; mais il n'a pas dessiné les figures de ces derniers en raccourci, seion la méthode adoptée pour ces sortes d'ouvrages. Il les a traités comme deux morceaux de tapisseries qu'on aurait attachés au plafond. De cette manière, il a conservé à sa composition le développement et la grâce des formes. Ces deux grandes pièces représentent Psyché admise au nombre des divinités, et ses noces célébrées dans |’Olympe. Cette suite de peintures offre de grandes beautés; mais on regrette que Raphaël, qui en abandonna l'exécution à ses élèves, ne lait point assez surveillée. Le coloris surtout en est extrêmement négligé.
Dans une chambre voisine se trouve le fameux tableau de Galatée sur les eaux, entièrement peint de la main de Raphaël. Les figures sont de proportion demi-nature, et l’exécution en est bien supérieure à celle de l’histoire de Psyche. Au reste, ces peintures de la Farnésine ont été retouchées au pastel par Carle Maratte, et cet essai n’a pas réussi.
Le roi Francois 1", protecteur zélé des beaux-arts, fut un des princes qui employerent le pinceau de Raphaël. Parmi les morceaux que l'artiste lui envoya, on remarque une sainte Marguerite avec le dragon. S'il n'est pas douteux que la composition ne soit de Raphaël, du moins on présume qu’elle a été peinte par Jules Romain. Ce tableau a été longtemps placé à la chapelle de Fontainebleau.
Mais on admire, comme étant entièrement de la main de Raphaël, et comme deux de
t pour Francois I”. Lun re-
ses plus beaux ouvrages, deux autres tableaux qu'il pe présente S. Michel terrassant le démon, l’autre une Sainte Famille; toutes ces figures sont
de grandeur naturelle. Lorsque le peintre envoya le S. Michel au roi de France, il en fut
si magnifiquement récompensé, que pour lui témoigner sa reconnaissance, il en peignit pour lui uu second, celui de la Sainte Famille, ouvrage qui surpasse autant toutes les compositions connues du même sujet, que Raphaël est lui-même au-dessus des autres peintres.
I] serait trop long d’entrer dans le détail de tous les tableaux d’un artiste qui en a produit un si grand nombre (1). Cependant on ne peut se dispenser de citer les fameux cartons qui sont maintenant en Angleterre, au château d’Hamptoncourt. Raphaël les peiguit pour être exéculés en tapisseries , à Bruxelles, sous la conduite de Van-Orlay et de Michel Coxis, peintres flamands, ses élèves. Ces cartons étaient au nombre de douze; mais le temps en a détruit cinq.
Nous touchons au terme prématuré de la brillante carrière de Raphaël. Dans la force de l’âge et du talent, il devait espérer d’enrichir encore la peinture d’un grand nombre de chefs-d'œuvre; mais une maladie imprévue, comme on le verra bientôt, interrompil
le cours d’une si glorieuse destinée.
(1) Cette liste est d'autant moins nécessaire au lecteur, que les planches y suppléent d'une manière préférabli
aux descriptions les plus exactes,