LE COMTE DE GARAMAIN
SATYRE II
Comte, de qui Tesprit pénétré Tunivers,
Soigneux de ma fortune et facile à mes vers.
Cher soucy de la muse et sa gloire future,
Dont Taimable genie et la douce nature Fait voir, inaccessible aux efforts medisans.
Que vertu n’est pas morte en tous les courtisans.
Bien que foible et debile et que, mal reconnue.
Son habit décousu la montre à demy nue ;
Qu’elle ait séché la chair, le corps amenuisé 2,
Et serve à contre-cœur le vice auctorisé,
Le vice qui, pompeux, tout mérité repousse.
Et va comme un banquier en carrosse et en housse.
1. Le comte de Caramain (édit. 1608) ou de Garamain (édit. 1613) est Adrien de Montluc, comte de Cramail, petit-fils du fameux maréchal. Né en 1568, il mourut en 1646, après avoir joué un certain rôle et s’être mêlé aux intrigues du cardinal de Retz. Homme d’esprit et ami des lettres et des lettrés, il a laissé plusieurs ouvrages, dont l’un, les Jeux de Vineonnu^ est encore recherché.