Var. : Odeur
SATYRE I
Par ainsi, tout esprit n^est propre à tout suject :
L’œil foible s’éblouit en un luisant object.
De tout bois, comme on dit. Mercure on ne façonne, Et toute medecine à tout mal n’est pas bonne.
De mesme le laurier et la palme des Roys N’est un arbre où chacun puisse mettre les doigts ; Joint que ta vertu passe, en louange fécondé.
Tous les Roys qui seront et qui furent au monde.
Il se faut reconnoistre, il se faut essayer.
Se sonder, s’exercer, avant que s’employer.
Comme fait un luiteur entrant dedans l’arène.
Qui, se tordant les bras, tout en soy se demène, S’alonge, s’accourcit, ses muscles estendant,
Et, ferme sur ses pieds, s’exerce en attendant Que son ennemy vienne, estimant que la gloire Ja riante en son cœur luy donra la victoire.
Il faut faire de mesme, un œuvre entreprenant; Juger comme au suject l’esprit est convenant,
Et, quand on se sent ferme et d’une aisle assez forte. Laisser aller la plume où la verve l’emporte.
Mais, Sire, c’est un vol bien eslevé pour ceux Qui, foibles d’exercice et d’esprit paresseux. Enorgueillis d’audace en leur barbe première. Chantèrent ta valeur d’une façon grossière. Trahissant tes honneurs avecqu’ la vanité D’attenter par ta gloire à l’immortalité.
Pour moy, plus retenu, la raison m’a faict craindre ; N’osant suivre un suject où l’on ne peut atteindre. J’imite les Romains encore jeunes d’ans,
A qui l’on permettoit d’accuser, impudans.
Les plus vieux de l’estât, de reprendre, et de dire Ce qu’ils pensoient servir pour le bien de l’empire.
SATYRE I
Et comme la jeunesse est vive et sans repos,
Sans peur, sans fiction et libre en ses propos,
Il semble qu'on luy doit permettre davantage;
Aussi que les vertus fleurissent en cet âge.
Qu'on doit laisser meurir sans beaucoup de rigueur. Afin que tout à l'aise elles prennent vigueur.
C'est ce qui m'a contrainct de librement escrire. Et, sans picquer au vif, me mettre à la Satyre,
Où, poussé du caprice ainsi que d'un grand vent.
Je vais haut dedans l'air quelque fois m'eslevant ;
Et quelque fois aussi, quand la fougue me quite.
Du plus haut au plus ba-s mon vers se précipité. Selon que, du subject touché diversement.
Les vers à mon discours s'offrent facilement.
Aussi que la satyre est comme, une prairie.
Qui n'est belle sinon en sa bisarrerie ;
Et, comme un pot pourry * des frères mandians.
Elle forme son goust de cent ingredians.
Or, grand Roy, dont la gloire en la terre espandue Dans un dessein si haut rend ma muse esperdue. Ainsi que l'œil humain le soleil ne peut voir,
L'esclat de tes vertus offusque tout sçavoir ;
Si bien que je ne sçay qui me rend plus coulpable. Ou de dire si peu d'un suject si capable.
Ou la honte que j'ay d'estre si mal apris.
Ou la témérité de l'avoir entrepris.
Mais quoy ! par ta bonté, qui tout autre surpasse. J'espère du pardon, avecque ceste grâce Que tu liras ces vers, où, jeune, je m'esbas Pour esgayer ma force, ainsi qu'en ces combas
Pot-pourry,
provisions
que les
frères mendiants
recueillent
SATYRE I
De fleurets on s'exerce, et dans une barrière Aux pages Ton reveille une adresse guerriere, Follement courageuse, afin qu'en passe-temps Un labeur vertueux anime leur printemps.
Que leur corps se desnoue et se desengourdisse. Pour estre plus adroits à te faire service.- Aussi je fais de mesme en ces caprices fous :
Je sonde ma portée et me taste le pous.
Afin que s'il advient, comme un jour je l'espere. Que Parnasse m'adopte ^ et se dise mon pere. Emporté de ta gloire et de tes faits guerriers.
Je plante mon lierre au pied de tes lauriers.