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Ge passage rappelle une ballade célèbre de Villon

SATYRES

Et beaucoup de choses, beau sire,

Que je ne veux et n’ose dire.

Après cela, je peinds en l’air,

J’apprends aux asnes à voler.

Du bordel je fais la chronique.

Aux chiens j’apprens la rhétorique ;

Car, enfin, ou Plutarque ment^.

Ou bien ils ont du jugement.

Ce n’est pas tout, je dis sornettes,

Je dégoise des chansonnettes Et vous dis qu’avec grand effort,

La nature pâtit très-fort :

Je suis si plein que je regorge.

Si une fois je tens ma gorge,

Esclatant ainsi qu’un pétard.

On dira : Le 'diable y ait part.

Voilà comme le temps je passe.

Si je suis las, je me délasse.

J’écris, je lis, je mange et boy.

Plus heureux cent fois que le Roy (Je ne dis pas le roy de France),

Si je n’estois court de finance.

Or, pour finir, voila comment Je m’entretiens bisarrement.

Et prenez-moi les plus extremes,

En sagesse ils vivent de mesmes.

N’estant l’humain entendement Qu’une grotesque seulement.

Vuidant les bouteilles cassées.

Je m’embarasse en mes pensées ;

1. Allusion à deux traités sur Tàme des animaux, qui font partie de la collection des Œuvres morales de Plutarque.

SATYRES

Et quand j’y suis bien embrouillé, Je me couvre d’un sac mouillé.

Faute de papier, hona sere.

Qui a de l’argent si le serre.

Votre serviteur à jamais,

Maistre Janin du Pont-Alais^

Bouffon qui vivait au commencement du règne de Fran-

ELEGIE

L’homme s’oppose en vain contre la destinée :

Tel a domté sur mer la tempeste obstinée,

Qui, deceu dans le port, esprouve en un instant Des accidens humains le revers inconstant.

Qui le jette au danger lors que moins il y pense;

Ores à mes dépens j’en fais l’experience *

Moy qui, tremblant encor du naufrage passé,

Du bris de mon navire au rivage amassé Bastissois un autel aux dieux légers des ondes,

Jurant mesme la mer et ses vagues profondes.

Instruit à mes dépens et prudent au danger,

Que je me garderois de croire de leger,

Sçaehant qu’injustement il se plaint de l’orage,

Qui, remontant sur mer, fait un second naufrage ;

Cependant ay-je à peine essuyé mes cheveux Et payé dans le port l’offrande de mes vœux.

Que d’un nouveau désir le courant me transporte,

Etn’ay pour l’arrester la raison assez forte.

Par un destin secret mon cœur s’y voit contraint,

Et par un si. doux nœud si doucement estreint.

Que, me trouvant espris d’une ardeur si parfaite,

1. Ajoutée en 1652 aux œuvres de Regnier. Suivant Brossette, elle fut composée par Regnier pour Henri IV.

ELEGIE

Trop heureux en mon mal, je bénis ma défaite,

Et me sens glorieux, en un si beau tourment.

De voir que ma grandeur serve si dignement.

Changement bien étrange en une amour si belle !

Moy, qui rangeois au joug la terre universelle;

Dont le nom glorieux, aux astres eslevé.

Dans le cœur des mortels par vertu s’est gravé.

Qui fis de ma valeur le hazard tributaire,

A qui rien, fors Tamour, ne put estre contraire.

Qui commande par tout, indomptable en pouvoir.

Qui sçay donner des loix, et non les recevoir.

Je me voy prisonnier aux fers d’un jeune maistre,

Où je languis esclave et fais gloire de l’estre.

Et sont à le servir tous mes vœux obligez ;

Mes palmes, mes lauriers en myrthes sont changez.

Qui, servant de trophée aux beautez que j’adore.

Font en si beau sujet que ma perte m’honore.

Vous qui dés le berceau de bon œil me voyez,

Qui du troisième ciel mes destins envoyez.

Belle et sainte planete, astre de ma naissance.

Mon bonheur plus parfait, mon heureuse influence.

Dont la douceur présidé aux douces passions.

Venus, prenez pitié de mes affections ;

Soyez-moy favorable, et faites à cette heure,

Plustost que découvrir mon amour, que je meure :

Et que ma fin témoigne, en mon tourment secret.

Qu’il ne vescut jamais un amant si discret;

Et qu’amoureux constant, en un si beau martyre Mon trépas seulement mon amour puisse dire.

Ha ! que la passion me fait bien discourir !

Non, non, un mal qui plaist ne fait jamais mourir. Dieux! que puis-je donc faire au mal qui m-e tourmente?

ELEGIE

La patience est foible et Tamour violente ;

Et, me voulant contraindre en si grande rigueur.

Ma plainte se dérobe et m’échape du cœur.

Semblable à cet enfant que la mere en colere Après un châtiment veut forcer à se taire :

Il s’efforce de crainte à ne point soupirer,

A grand peine ose-t-il son haleine tirer :

Mais nonobstant l’effort, dolent en son courage,

Les sanglots, à la fin, débouchent le passage ; S’abandonnant aux cris, ses yeux fondent en pleurs.

Et faut que son respect defere à ses douleurs.

De mesme je m’efforce au tourment qui me tue :

En vain de le cracher mon respect s’évertue :

Mon mal, comme un torrent pour un temps retenu, Renversant tout obstacle, est plus fier devenu.

Or, puisque ma douleur n’a pouvoir de se taire Et qu’il n’est ni desert ni rocher solitaire A qui de mon secret je m’osasse fier,

Et que jusqu’à ce point je me dois oublier Que de dire ma peine en mon cœur si contrainte A vous seule, en pleurant, j’addresse ma complainte; Aussi puisque vostre œil m’a tout seul asservy.

C’est raison que luy seul voye comme je vy ;

Qu’il voye que ma peine est d’autant plus cruelle Que seule en l’univers je vous estime belle ;

Et si de mes discours vous entrez en courroux,

Songez qu’ils sont en moy, mais qu’ils naissent de vous,

Et que ce seroit estre ingrate en vos défaites

Que de fermer les yeux aux playes que vous faites.

Donc, beauté plus qu’humaine, objet de mes plaisirs, Delices de mes yeux et de tous mes désirs,

Qui regnez sur les cœurs d’une contrainte aimable.

ELEGIE

Pardonnez à mon mal, hélas ! trop véritable ;

Et, lisant dans mon cœur que valent vos attraits, Le pouvoir de vos yeux, la force de vos traits,

La preuve de ma foy, Faigreur de mon martyre. Pardonnez à mes cris de Favoir osé dire.

Ne vous offencez point de mes justes clameurs.

Et si, mourant d’amour, je vous dis que je meurs.

STANCES

Si vostre œil tout ardent d’amour et de lumière De mon cœur vostre esclave est la flamme première Que comme un astre saint je revere à genoux,

Pourquoy ne m’aymez-vous ?

Si vous que la beauté rend ores si superbe Devez, comme une fleur qui flestrit dessus Therbe, Esprouver des saisons l’outrage et le courroux,

Pourquoy ne m’aymez-vous ?

Voulez-vous que vostre œil en amour si fertile Vous soit de la nature un présent inutile ?

Si l’Amour comme un dieu se communique à tous, Pourquoy ne m’aymez-vous ?

Attendez-vous qu’un jour un regret vous saisisse?

C’est à trop d’interests imprimer un supplice.

Mais puisque nous vivons en un âge si doux,

Pourquoy ne m’aimez-vous ?

Si vostre grand beauté toutes beautés excelle.

Le ciel pour mon malheur ne vous fist point si belle *

1. Cette pièce a é1?é jointe pour la première fois aux œuvres de Regnier, en 1822, par Viollet-le-Duc, qui l’a tirée du Cabinet satyrique.

STANCES

S’il semble en son dessein avoir pitié de nous,

Pourquoy ne m’aymez-vous?

Si j’ay, pour vous aymer, ma raison offensée, Mortellement blessé d’une flesche insensée.

Sage en ce seul esgard que j’en benys les coups, Pourquoy ne m’aymez-vous?

La douleur, m’estrangeant de toute compagnie.

De mes jours malheureux a la clarté bannie;

Et si dans ce malheur pour vous je me résous,

Pourquoy ne m’aymez-vous ?

Fasse le ciel qu’enfîn vous puissiez recognoistre Que mon mal a de vous son essence et son estre.

Mais, Dieu! puisqu’il est vray, yeux qui m’estes si doux, Pourquoy ne m’aymez-vous?

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