STANCES POUR LA BELLE CLORIS
Cloris, le bien qui m’importune Ne change ma condition :
Le changement de ma fortune Ne finit pas ma passion. ^
1. Pièce tirée du Cabinet satyrique, et jointe pour la première fois aux œuvres de Regnier en 1822, par VioIlet-le-Duc.
STANCES
Mon amour est trop légitimé Pour se rendre à ce changement.
Et vous quitter seroit un crime Digne d'un cruel châtiment.
Vous avez dessus moy, Madame,
Un pouvoir approuvé du temps ;
Car les vœux que j'ay dans mon ame Servent d'exemple aux plus contents.
Quelque force dont on essaye D'assujettir ma volonté.
Je bénirai toujours la playe Que je sens par votre beauté.
Je veux que mon amour fidelle Vous oblige autant à m'aymer Comme la qualité de belle Vous faict ici-bas estimer.
Mon âme à vos fers asservie,
Et par amour et par raison.
Ne peut consentir que ma vie Sorte jamais de sa prison.
N'adorant ainsi que vos chaisnes Je me plais si fort en ce lien,
Qu'il semble que parmy mes peines Mon ame gouste quelque bien.
Vos vœux, oû mon ame se fonde.
Me seront à jamais si chers Que mes vœux seront en ce monde Aussi fermes que des rochers.
STANCES
Ne croyez donc pas que je laisse Vostre prison qui me retient.
Car jamais un effet ne cesse Tant que la cause le maintient.