‹ Œuvres complètes de RégnierChapitre 109 sur 134 · HYMNE · texte numérisé non relu

HYMNE

PAR LE COMMANDEMENT DU ROY LOUIS XIII, POUR SA MUSIQUE DE LA MESSE DE MINUIT

Pour le salut de Tunivers Aujourd’huy les deux sont ouverts,

E*t par une conduite immense La grâce descend dessus nous.

Dieu change en pitié son courroux.

Et sa justice en sa clemence.

Le vray Fils de Dieu tout-puissant.

Au fils de rhomme s’unissant En une charité profonde,

Encor qu’il ne soit qu’un enfant.

Victorieux et triomphant.

De fers affranchit tout le monde.

. Cinq pièces ajoutées aux œuvres de Regnier dans l’édition évirienne de 1652. Il est douteux qu’elles soient de lui.

POÉSIES SPIRITUELLES

Dessous sa divine vertu Le péché languit abbatu,

Et de ses mains à vaincre expertes Etouffant le serpent trompeur,

Il nous assure en nostre peur Et nous donne gain de nos pertes.

Ses oracles sont accomplis,

Et ce que par tant de replis D’âge promirent les prophètes Aujourd’huy se finit en luy,

Qui vient consoler nostre ennuy En ses promesses si parfaites.

Grand Roy, qui daignas en naissant Sauver le monde périssant,

Gomme pere, et non comme juge.

De grâces comblant nostre Roy,

Fay qu’il soit des meschans l’effroy, Et des bons l’assuré refuge.

Qu’ainsi qu’en esté le soleil.

Il dissipe, aux rays de son œil.

Toute vapeur et tout nuage;

Et qu’au feu de ses actions Se dissipant les factions,

Il n’ayt rien qui lui fasse ombrage.

FIN

POESIES SPIRITUELLES

SONNET

O Dieu, si mes pechez irritent ta fureur,

Contrit, morne et dolent, j’espere en ta clemence.

Si mon deuil ne suffit à purger mon offense.

Que ta grâce y supplée et serve à mon erreur.

Mes esprits éperdus frissonnent de terreur.

Et, ne voyant salut que par la penitence.

Mon cœur, comme mes yeux, s’ouvre à la repentance, Et me hay tellement que je m’en fais horreur.

Je pleure le présent, le passé je regrette;

Je crains à l’avenir la faute que j’ay faite ;

Dans mes rebellions je lis ton jugement.

Seigneur, dont la bonté nos injures surpasse. Gomme de pere à fils uses-en doucement.

Si j’avais moins failly, moindre serait ta grâce.

SONNET

Quand dévot vers le ciel j’ose lever les yeux.

Mon cœur ravy s’emeut, et, confus, s’émerveille. Gomment, dis-je à part moy, cette œuvre nompareille Est-elle perceptible à l’esprit curieux?

Get astre, ame du monde, œil unique des deux,

Qui travaille en repos et jamais ne sommeille,

Pere immense du jour, dont la clarté vermeille I Produit, nourrit, recrée, et maintient ces bas lieux.

POÉSIES SPIRITUELLES

Comment feblouis-tu d’une flamme mortelle,

Qui du soleil vivant n’est pas une estincelle,

Et qui n’est devant luy sinon qu’obscurité?

Mais si de voir plus outre aux mortels est loisible Croy bien, tu comprendras mesme l’infinité.

Et les yeux de la foi te la rendront visible.

SONNET

Cependant qu’en la croix, plein d’amour infinie. Dieu pour nostre salut tant de maux supporta Que par son juste sang nostre ame il racheta Des prisons où la mort la tenait asservie.

Altéré du désir de nous rendre la vie :

J’ay soif, dit-il aux Juifs. Quelqu’un lors aporta Du vinaigre et du fiel et le luy présenta;

Ce que voyant sa mere en la sorte s’écrie :

Quoy, n’est-ce pas assez de donner le trépas A celuy qui nourrit les hommes icy bas.

Sans frauder son désir d’un si piteux breuvage ?

Venez, tirez mon sang de ces rouges canaux.

Ou bien prenez ces pleurs qui noyent mon visage : Vous serez moins cruels, et j’auray moins de maux.

POÉSIES SPIRITUELLES

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