Var. : Ne touche de rien moins de l’immortalité
SATYRE II
Il faut rire de tout : aussi bien ne peut-on Changer Chose en Virgile, ou bien l’autre en Platon.
Quel plaisir penses-tu que dans l’ame je sente Quand l’un de ceste trouppe en audace insolente Vient à Vanves à pied pour grimper au coupeau ^
Du Parnasse françois et boire de son eau ;
Que froidement reçeu, on l’escoute à grand peine ;
Que la muse en groignant lui deffend sa fontaine,
Et, se bouchant l’oreille au récit de ses vers.
Tourne les yeux à gauche et les lit de travers ;
Et, pour fruit de sa peine aux grands vens dispersée. Tous ses papiers servir à la chaise percée ?
Mais comme eux je suis poète, et sans discrétion Je deviens importun avec présomption.
Il faut que la raison retienne le caprice.
Et que mon vers ne soit qu’ainsi qu’un exercice Qui par le jugement doit estre limité Selon que le requiert ou l’âge ou la santé.
Je ne sçay quel démon m’a fait devenir poète :
Je n’ay, comme ce Grec 2, des dieux grand interprète, Dormy sur Helicon, où ces doctes mignons Naissent en une nuict comme les champignons.
Si ce n’est que ces jours, allant à l’adventure,
Resvant comme un oyson allant à la pasture,
1. Ce vers et les suivants paraissent désigner une maison de campagne que Desportes possédait à Vanves. Il ne semble pas, comme on l’a prétendu, que le comte de Cramail ait jamais eu une propriété dans ce village. Lebœuf (édit. 1757, ix, 437) n’a rien relevé à cet égard. On sait que ce côté des environs de Paris était alors à la mode et que les maisons de plaisance y étaient belles et très ornées. Les poètes remontaient volontiers les bords de la rivière de Bièvre en récitant leurs vers, et c’est sans doute non loin de ce célèbre ruisseau que s’élevait l’asile protecteur de Desportes.