LE MARQUIS DE GOEÜVRES
SATYRE III
Marquis, que doy-je faire en ceste incertitude?
Dois-je, las de courir, me remettre à Testude,
Lire Homère, Aristote, et, disciple nouveau.
Glaner ce que les Grecs ont de riche et de beau.
Reste de ces moissons que Ronsard et Desportes 2 Ont remporté du champ sur leurs espaules fortes.
Qu’ils ont comme leur propre en leur grange entassé, Esgallant leurs honneurs aux honneurs du passé ?
Ou si, continuant à courtiser mon maistre,
Je me doy jusqu’au bout d’esperance repaistre.
Courtisan morfondu, frenetique et resveur.
Portrait de la disgrâce et de la défaveur;
1. Cette satyre s’adresse à François-Annibal d’Estrées, marquis de Cœuvres, qui fut, comme le cardinal de Joyeuse, ambassadeur à Rome, et qui s’est fait connaître par beaucoup d’autres missions de ce genre. Il était frère de Gabrielle d’Estrées ; mais son plus beau titre à nos yeux est d’avoir encouragé les lettres par sa passion pour les beaux livres. Bibliophile éminent dans un temps qui en a compté de si dignes, il laissa une collection, aujourd’hui disséminée, qui est restée fameuse.