Var. : Du tout
SATYRE IV
Mais pour moy, mon amy, je suis fort mal payé D^avoir suivy cet art. Si j’eusse estudié^,
Jeune, laborieux, sur un banc, à Tescolle,
Galien, Hipocrate, ou Jason ou Bartolle,
Une cornette au col, debout dans un parquet,
A tort et à travers je vendrois mon caquet :
Ou bien, tastant le poulx, le ventre et la poictrine, J’aurois un beau teston pour juger d’une urine.
Et, me prenant au nez, loucher dans un bassin Des ragousts qu’un malade offre à son médecin,
En dire mon advis, former une ordonnance D’un réchape s’il peut, puis d’une reverence Contre-faire l’honneste, et quand viendroit au point. Dire, en serrant la main, « Dame ! il n’en falloit points Il est vray que le ciel, qui me regarda naistre,
S’est de mon jugement tousjours rendu le maistre;
Et bien que, jeune enfant, mon pere me tansast.
Et de verges souvent mes chansons menassast.
Me disant de despit, et bouffy de colère :
« Badin, quitte ces vers, et que penses-tu faire ?
La muse est inutile; et si ton oncle a sceu S’avancer par cet art, tu t’y verras deceu.
Un mesme astre toujours n’esclaire en ceste terre : Mars tout ardent de feu^ nous menace de guerre;
Tout le monde frémit, et ces grands mouvements Couvent en leurs fureurs de piteux changements.
Pense-tu que le luth et la lyre des poètes S’accorde d’harmonie avecques les trompettes.
Les fiffres, les tambours, le canon et le fer,