ESTANT AMBASSADEUR POUR SA MAJESTÉ A ROME
SATYRE VI
iBethune, si la charge où ta vertu s’amuse 3 permet escouter les chansons que la Muse essus les bords du Tibre et du mont Palatin {e fait dire en françois au rivage latin,
U, comme au grand Hercule ^ à la poitrine large, bstre Atlas de son faix sur ton dos se descharge, b commet de Testât Tentier gouvernement, pcoute ce discours tissu bijarrement, ù je ne prétends point escrire ton histoire.
ne veux que mes vers s’honorent en la gloire e tes nobles ayeulx, dont les faits relevez ans les cœurs des Flamens sont encore gravez,
1. Cette satire, imitée du Mauro, poète italien, a été vraisemblalement composée à Rome. Philippe de Béthune, baron de Cha- 4st, conserva l’ambassade de Rome de 1601 à 1605, et Regnier lisait partie de sa suite. De Béthune-Charost mourut en 1649, ^é de quatre-vingt-quatre ans. Son frère était Maximilien de pthune, marquis de Rosni, qui fut fait duc et pair en 1606 sous , nom de duc de Sully.
'2. Var. ; où, comme un grand.
SATYRE VI
Qui tiennent à grandeur de ce que tes ancestres,
En armes glorieux, furent jadis leurs maistres.
N’y moins, comme ton frère, aydé de ta vertu.
Par force et par conseil en France a combatu Ces avares oyseaux ^ dont les griffes gourmandes Du bon roy des François ravissoient les viandes;
Suject trop haut pour moy, qui doy sans m’esgarer Au champ de sa valeur la veoir et l’admirer.
Aussi selon le corps on doit tailler la robe :
Je ne veux qu’à mes vers vostre^ honneur se dérobe,
N’y qu’en tissant le fil de vos faits plus qu’humains, Dedans ce labirinthe il m’eschape des mains.
On doit selon la force entreprendre la peine,
Et se donner le ton suivant qu’on a d’haleine.
Non comme un fol chanter de tort et de travers.
Laissant doncq’ aux sçavans à vous peindre en leurs vers Haut eslevez en l’air sur une aisle dorée.
Dignes imitateurs des enfans de Borée,
Tandis qu’à mon pouvoir mes forces mesurant.
Sans prendre ni Phœbus ni la Muse à garant.
Je suivray le caprice en ces païs estranges.
Et sans paraphraser tes faits et tes louanges.
Ou me fantasier le cerveau de soucy
Sur ce qu’on dit de France ou ce qu’on voit icy,
Je me deschargeray d’un faix que je desdaigne.
Suffisant de crever un genet de Sardaigne 3,
Qui pourroit, défaillant en sa morne vigueur,
1. Ces avares oyseaux : les enrichis par la malversation dans le maniement du produit des fermes et autres deniers royaux.