Machiavel
2. Cette description du passage de l’âge d’or à l’âge de fer est
imitee du Roman de la rose. °
SATYRE VI
Formast sur une éguille un long procès verbal,
Et, se jettant d’aguet dessus vostre personne.
Qu’un barisel vous mist dedans la tour de Nonne \
Mais si tost que le fils le pere dechassa.
Tout sans dessus dessous icy se renversa.
Les soucis, les ennuis, nous brouillèrent la teste. L’on ne pria les saincts qu’au fort de la tempeste. L’on trompa son prochain ; la mesdisance eut lieu. Et l’hipocrite fist barbe de paille à Dieu.
L’homme trahit safoy, d’où vindrent les notaires Pour attacher au joug les humeurs volontaires.
La faim et la cherté se mirent sur le rang;
La fièvre, les charbons, le maigre flux de sang. Commencèrent d’esclorre, et tout ce que l’autonne Par le vent de midy nous apporte et nous donne. Les soldats puis après, ennemis de la paix.
Qui de l’avoir d’autruy ne se saoulent jamais. Troublèrent la campagne, et, saccageant nos villes, Par force en nos maisons violèrent nos filles,
D’où nasquit le bourdeau, qui, s’eslevant debout,
A l’instant, comme un Dieu, s’estendit tout par tout. Et rendit. Dieu mercy ces fièvres amoureuses.
Tant de galants pelez et de femmes galeuses.
Que les perruques sont, et les drogues encor,
(Tant on en a besoin) aussi chères que l’or.
Encore tous ces maux ne seroient que fleurettes. Sans ce maudit honneur, ce conteur de sornettes.
Ce fier serpent qui couve un venin sous des fleurs. Qui noyé jour et nuict nos esprits en nos pleurs. Car, pour ces autres maux, c’estoient legeres peines