‹ Œuvres complètes de RégnierChapitre 36 sur 134 · Var. : me · texte numérisé non relu

Var. : me

SATYRE VII

Toutes fois, estant femme, elle aura ses delices,

Relevera sa grâce avecq’ des artifices

Qui dans Testât d’Amourla sçauront^ maintenir,

Et par quelques attraits les amants retenir.

Si quelqu'une est difforme, elle aura bonne grâce, Et par Tart de Tesprit embellira sa face :

Captivant les amants de mœurs ou de discours.

Elle aura du crédit en Tempire d'Amours.

En cela Ton cognoist que la nature est sage.

Qui 2, voyant les deffaux du fœminin ouvrage.

Qu'il seroit sans respect des hommes mesprisé, L'anima d'un esprit et vif et desguisé ;

D'une simple innocence elle adoucit sa face.

Elle lui mist au sein la ruse et la falace;

Dans sa bouche, la foy qu'on donne à ses discours. Dont ce sexe trahit les cieux et les amours ;

Et selon, plus ou moins, qu'elle estoit belle ou laide, Sage, elle sceut si bien user d'un bon remède. Divisant de Tesprit la grâce et la beauté.

Qu'elle les sépara d'un et d'autre costé.

De peur qu'en les joignant, quelqu'une eust l'avantage Avecq' un bel esprit d'avoir un beau visage.

La belle du depuis ne le recherche point.

Et Tesprit rarement à la beauté se joint.

Or afin que la laide, autrement inutile.

Dessous le joug d'amour rendit l'homme servile.

Elle ombragea Tesprit d'un morne aveuglement, Avecques le désir troublant le jugement.

De peur que nulle femme, ou fust laide ou fust belle. Ne vescut sans le faire et ne mourust pucelle.

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