Var. : que
SATYRE VII
D^où vient que si souvent les hommes offusquez Sont de leurs appétits si lourdement mocquez,
Que d’une laide femme ils ont Famé eschauffée, Dressent à la laideur d’eux mesmes un trophée, Pensant avoir trouvé la febve du gasteau,
Et qu’au serrai! du Turc il n’est rien de si beau.
. Mais comme les beautez, soit des corps ou des âmes, Selon l’object des sens sont diverses aux dames.
Aussi diversement les hommes sont domtez,
Et font divers effets les diverses beautez.
(Estrange providence, et prudente méthode De nature, qui sert un chacun à sa mode!)
Or moy, qui suis tout flame et de nuict et de jour. Qui n’haleine que feu, ne respire qu’amour.
Je me laisse emporter à mes fiâmes communes.
Et cours souz divers vents de diverses fortunes.
Ravy de tous objects, j’ayme si vivement.
Que je n’ay pour l’amour ny choix ny jugement.
De toute eslection mon ame est despourveue.
Et nul object certain ne limite ma veue.
Toute femme m’agrée, et les perfections Du corps ou de l’esprit troublent mes passions.
J’ayme le port de l’une, et de l’autre la taille;
L’autre d’un trait lascif me livre la bataille;
Et l’autre, desdaignant d’un œil severe et doux Ma peine et mon amour, me donne mille coups.
Soit qu’une autre, modeste, à l’impourveu m’avise.
De vergongne et d’amour mon âme est toute éprise :
Je sens d’un sage feu mon esprit enflammer.
Et son honnesteté me contrainct de l’aymer.
Si quelque autre, afPetée en sa douce malice.
Gouverne son œillade avecq’ de l’artifice.
SATYRE VII
J’ayme sa gentillesse, et mon nouveau désir Se la promet sçavante en Tamoureux plaisir.
Que Tautre parle livre et face des'* merveilles : Amour, qui prend par tout, me prend par les oreilles. Et juge par Tesprit, parfaict en ses accords,
Des points plus accomplis que peut avoir le corps.
Si Tautre est, au rebours, des lettres nonchalante,
Je croy qu'au fait d'amour elle sera sçavante.
Et que natur e, habile à couvrir son deffaut,
Luy aura mis au lict tout Tesprit qu'il luy faut.
Ainsi, de toute femme à mes yeux opposée.
Soit parfaite en beauté ou soit mal composée De mœurs ou de façons, quelque chose m'en plaist.
Et ne sçay point comment, ny pourquoi, ny que c'est.
Quelque objet que Tesprit par mes yeux se figure. Mon cœur, tendre à Tamour, en reçoit la pointure; Gomme un miroir en soy toute image reçoit.
Il reçoit en amour quelque object que ce soit.
Autant qu’une plus blanche il ayme une brunette.
Si Tune a plus d'esclat, Tautre est plus sadinette.
Et, plus vive de feu, d’amour et de désir.
Comme elle en reçoit plus, donne plus de plaisir.
Mais sans parler de moy, que toute amour emporte. Voyant une beauté follastrement accorte.
Dont Tabord soit facile et Tœil plein de douceur;
Que, semblable à Venus, on l'estime sa sœur;
Que le Ciel sur son front ait posé sa richesse;
Qu'elle ait le cœur humain, le port d'une déesse , Qu'elle soit le tourment et le plaisir des cœurs ,
Que Flore souz ses pas face naistre des fleurs;