Var. : de
SATYRE VII
Au seul trait de ses yeux, si puissants sur les âmes,
Les cœurs les plus glacez sont tous bruslans de fiâmes. Et fust-il de métail, ou de bronze ou de roc.
Il n’est moine si sainct qui n’en quittast le froc.
Ainsi, moy seulement souz l’amour je ne plie,
Mais de tous les mortels la nature accomplie Fleschit sous cest empire, et n’est homme ici bas Qui soit exempt d’amour non plus que du trespas.
Ce n’est donc chose estrange (estant si naturelle)
Que ceste passion me trouble la cervelle,
M’empoisonne l’esprit, et me charme si fort,
Que j’aymeray, je croy, encore après ma mort.
Marquis, voylà le vent dont ma nef est portée A la triste mercy de la vague indomtée,
Sans cordes, sans timon, sans estoile ny jour,
Reste ingrat et piteux de l’orage d’Amour,
Qui, content de mon mal et joyeux de ma perte.
Se rit de voir des fiots ma poitrine couverte,
St comme sans espoir fiote ma passion.
Digne, non de risée, ains de compassion.
Cependant, incertain du cours de la tempeste.
Je nage sur les fiots, et, relevant la teste.
Je semble despiter, naufrage audacieux.
L’infortune, les vents, la marine et les deux, M’esgayant en mon mal comme un mélancolique Qui repute à vertu son humeur frenetique.
Discourt de son caprice, en caquete tout haut.
Aussi comme à vertu j’estime ce deffaut.
Et quand tout par mal-heur jureroit mon dommage.
Je mourray fort content, mourant en ce voyage.
FIN