Ris forcé
SATYRE VIII
Faire la belle main, mordre un bout de ses gants,
Rire hors de propos, monstrer ses belles dents,
Se carrer sur un pied, faire arser son espée.
Et s’adoucir les yeux ainsi qu’une poupée :
Cependant qu’en trois mots je te feray sçavoir Où premier à mon dam ce fascheux me peut voire J’estois chez une dame en qui, si la satyre Permettoit en ces vers que je le peusse dire.
Reluit, environné de la divinité.
Un esprit aussi grand que grande est sa beauté.
Ce fanfaron chez elle eut de moi cognoissance.
Et ne fut de parler jamais en ma puissance,
Luy voyant ce jour là son chappeau de velours,
Rire d’un fascheux conte, et faire un sot discours.
Bien qu’il m’eust à l’abord doucement fait entendre Qu’il estoit mon valet à vendre et à despendre;
Et destournant les yeux : (c Belle, à ce que j’entens. Gomment! vous gouvernez les beaux esprits du temps »! Et faisant le doucet de parole et de geste.
Il se met sur un lict, lui disant : « Je proteste
Que je me meurs d’amour quand je suis prés de vous;
Je vous ayme si fort que j’en suis tout jaloux »,
Puis rechangeant de note, il monstre sa rotonde :
(( Cest ouvrage est-il beau? Que vous semble du monde? L’homme que vous sçavez m’a dit qu’il n’ayme rien. Madame, à vostre avis, ce jourd’huy suis-je bien?
Suis-je pas bien chaussé? ma jambe est-elle belle?
Voyez ce taffetas : la mode est en nouvelle ;
C’est œuvre de la Chine. A propos, on m’a dit Que contre les clainquants le roy fait un edict^ ».
1. Novembre 1606. Ce n’était déjà pas le premier du régné, et les édits de ce genre avaient abondé sous les derniers Valois.
SATYRE VIII
Sur le coude il se met, trois boutons se délacé :
« Madame, baysez moi : n’ay-je pas bonne grâce?
Que vous estes fascheuse ! A la fin on verra,
Rosette le premier qui s’en repentira ».
D’assez d’autres propos il me rompit la teste.
Voila quant et comment je cogneu ceste beste;
Te jurant, mon amy, que je quittay^ ce lieu Sans demander son nom et sans luy dire adieu.
Je n’eus depuis ce jour de luy nouvelle aucune.
Si ce n’est ce matin que, de male fortune.
Je fus en ceste eglise où, comme j’ay conté.
Pour me persécuter Satan l’avoit porté.
Après tous ces propos qu’on se dit d’arrivée.
D’un fardeau si pesant ayant l’ame grevée.
Je chauvy de l’oreille, et demeurant pensif,
L’eschine j’allongeois comme un asne rétif.
Minutant me sauver de ceste tirannie.
Il le juge à respect ; « O! sans ceremonie.
Je vous suply, dit-il, vivons en compagnons »»
Ayant ainsi qu’un pot les mains sur les roignons.
Il me pousse en avant, me présente la porte.
Et, sans respect des saincts, hors l’egli&e il me porte. Aussi froid qu’un jaloux qui voit son corrival.
Sortis, il me demande ; « Estes vous à cheval?
Avez vous point icy quelqu’un de vostre troupe ?
— Je suis tout seul, à pied ». Lui, de m’offrir la croupe. Moy, pour m’en depestrer, luy dire tout exprès :